Afrique : 86 % des dirigeants interrogés signalent une hausse des revenus, mais l’IA et les risques freinent les ambitions
La troisième édition du KPMG Africa CEO Outlook, rendue publique jeudi 22 octobre 2026, décrit des dirigeants confiants dans la croissance de leur entreprise, mais plus prudents sur leurs bénéfices futurs. Le fossé entre leurs ambitions en intelligence artificielle et leur capacité à déployer ces technologies est particulièrement marqué.

Face à la hausse des revenus, les dirigeants africains abordent l’intégration de l’IA avec une prudence stratégique face aux nouveaux risques.
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Des ventes en hausse, sans garantie sur les bénéfices
Les chefs d’entreprise africains interrogés par KPMG affichent un optimisme qui résiste aux tensions économiques. Selon le rapport Africa CEO Outlook 2026 publié le 22 octobre, 86 % déclarent que le chiffre d’affaires de leur organisation a augmenté au cours du dernier exercice. Mais seuls 58 % anticipent une progression annuelle de leurs bénéfices d’au moins 2,5 % sur les trois prochaines années, contre 68 % de leurs homologues dans l’échantillon mondial. La différence est importante : vendre davantage ne signifie pas nécessairement préserver les marges, notamment lorsque l’énergie, le financement et les importations coûtent plus cher.
Le contraste se retrouve dans les indicateurs de confiance. Parmi les répondants africains, 79 % se disent confiants dans les perspectives de leur propre organisation, 72 % dans celles de leur économie nationale et 66 % dans celles de l’économie mondiale. Ce dernier niveau est voisin des 65 % relevés à l’échelle mondiale. Ces pourcentages décrivent les réponses à une enquête auprès de dirigeants ; ils ne constituent ni des statistiques officielles sur la croissance du PIB ni une mesure de la performance de toutes les entreprises du continent.
L’intelligence artificielle, priorité affichée mais déploiement difficile
Le résultat le plus frappant concerne l’intelligence artificielle. Près de trois dirigeants africains sur quatre, soit 72 %, la classent parmi leurs grandes priorités d’investissement. Pourtant, 14 % seulement jugent leur organisation à la hauteur du rythme des évolutions technologiques, ou en avance sur celui-ci. La proportion correspondante atteint 66 % dans l’échantillon mondial : un écart de 52 points de pourcentage qui mesure moins un désintérêt pour l’IA qu’une difficulté à transformer l’intention en capacité opérationnelle.
Plusieurs obstacles peuvent expliquer cette distance : qualité et disponibilité des données, systèmes informatiques anciens, coûts d’intégration, formation des équipes, protection des informations et gouvernance des usages. KPMG souligne aussi un horizon de rentabilité plus long. Seuls 48 % des dirigeants africains attendent un retour sur investissement de l’IA dans un délai d’un à trois ans, contre 71 % au niveau mondial. À l’inverse, 42 % prévoient plus de trois ans, contre 12 % de l’échantillon global. Il s’agit d’anticipations déclarées, et non de rendements déjà observés.
La conséquence pour les entreprises est concrète : acheter des outils ne suffit pas. L’intérêt économique dépend de leur intégration dans les processus de production, de vente, de relation client ou de contrôle interne. Sans données fiables et personnels formés, l’IA peut rester un poste de dépenses plutôt qu’un levier de productivité.
Cybersécurité et approvisionnement deviennent des risques majeurs
Les vulnérabilités numériques ne se limitent pas à l’intelligence artificielle. La cybersécurité et la protection des données figurent, avec la résilience des chaînes d’approvisionnement, au premier rang des risques signalés par les dirigeants africains : chacun de ces deux thèmes est cité par 31 % des répondants. L’intégration de l’IA dans les métiers et les opérations suit avec 27 %. Les perturbations logistiques, les tensions géopolitiques et la volatilité énergétique peuvent simultanément allonger les délais et peser sur les coûts.
Les intentions d’investissement reflètent cette hiérarchie. Quelque 45 % déclarent renforcer les dépenses consacrées à la cybersécurité et à la résilience numérique ; 36 % privilégient la conformité réglementaire et les obligations de reporting, et 31 % l’intégration de l’IA. Ces réponses illustrent un déplacement des priorités : protéger les opérations et sécuriser les échanges devient une condition pour soutenir la croissance, pas seulement une fonction défensive.
Pour les groupes présents dans plusieurs pays, le sujet prend une dimension supplémentaire. Les exigences de conformité, les systèmes de paiement, les infrastructures énergétiques et la fiabilité du transport ne sont pas identiques d’un marché à l’autre. Les entreprises doivent donc adapter leurs investissements sans multiplier inutilement les coûts de coordination.
L’emploi devrait progresser, mais les compétences manquent
L’enquête ne présente pas l’IA comme synonyme automatique de suppressions massives de postes. Au contraire, 84 % des dirigeants africains interrogés prévoient une augmentation de leurs effectifs dans les trois prochaines années, contre 89 % dans l’échantillon mondial. Parallèlement, 86 % souhaitent retenir et requalifier leurs collaborateurs à fort potentiel, 82 % repensent les fonctions et les parcours pour favoriser la collaboration entre humains et systèmes d’IA, et 74 % recrutent des profils technologiques.
Cette perspective doit être interprétée avec prudence : les intentions d’embauche ne sont pas des créations d’emplois réalisées. Elles révèlent néanmoins que les entreprises associent transformation numérique et réorganisation du travail. Le principal verrou pourrait être humain. KPMG rapporte que 59 % des dirigeants identifient des lacunes de compétences, 58 % des besoins de formation à l’IA et 52 % des difficultés à attirer ou conserver les talents. L’enseignement supérieur, la formation continue et les programmes internes d’apprentissage apparaissent ainsi comme des enjeux économiques directs.
Durabilité : davantage de préparation, une intégration encore inégale
Les exigences de durabilité progressent elles aussi. La part des dirigeants estimant leur organisation capable de répondre aux nouvelles obligations de reporting passe de 55 % l’an dernier à 65 % en 2026. Mais 48 % seulement déclarent intégrer plus profondément la durabilité dans leur stratégie centrale, contre 63 % au niveau mondial. Le décalage entre conformité documentaire et transformation des décisions d’investissement demeure donc sensible.
La question énergétique est particulièrement tangible. Parmi les répondants africains, 41 % placent l’optimisation de la consommation d’énergie parmi leurs priorités, 40 % envisagent de diversifier leur approvisionnement vers des sources renouvelables ou moins carbonées, et 15 % prévoient des capacités propres de production ou de stockage. Ces choix répondent à des préoccupations climatiques, mais aussi à la nécessité de stabiliser les coûts et de réduire les interruptions d’activité.
Le véritable test sera l’exécution
Pris ensemble, les résultats du KPMG Africa CEO Outlook 2026 dessinent un paradoxe : les dirigeants voient des possibilités de croissance, mais doivent investir davantage pour en capter les bénéfices. Les progrès attendus dépendent de décisions souvent moins spectaculaires qu’une levée de fonds ou une annonce technologique : sécuriser les systèmes, renforcer les compétences, moderniser les données, diversifier les fournisseurs et mesurer les gains réels.
Le cabinet insiste sur le passage de l’ambition à l’exécution. Pour la rédaction comme pour les investisseurs, plusieurs indicateurs mériteront d’être suivis : croissance effective des bénéfices, évolution des recrutements, investissements numériques mis en production et amélioration mesurable de la résilience des entreprises. L’enquête donne une photographie des perceptions de dirigeants à un moment donné ; elle ne permet pas, à elle seule, de prédire l’évolution de toutes les économies africaines.
