Afrique de l’Ouest : la CEDEAO accélère ECOQMARK et valide un cadre de certification des métiers du solaire
Réuni à Abidjan du 15 au 17 octobre, le Comité d’évaluation de la conformité de la CEDEAO a franchi deux étapes : une présélection d’organismes susceptibles de délivrer le label régional ECOQMARK et la validation d’un dispositif de certification des professionnels du solaire photovoltaïque hors réseau. Des décisions techniques aux conséquences potentiellement importantes pour les industriels et les installateurs, mais dont le déploiement reste à suivre.

Les délégués de la CEDEAO et les experts du secteur de l’énergie réunis à Abidjan, marquant un tournant historique pour l’harmonisation des compétences dans le solaire photovoltaïque en Afrique de l’Ouest.
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La qualité des produits et la qualification des techniciens ne font pas toujours les gros titres de l’actualité économique africaine. Elles peuvent pourtant déterminer l’accès à un marché, la confiance des consommateurs et la viabilité d’un investissement. C’est dans cette perspective que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a réuni, du 15 au 17 octobre 2026 à Abidjan, son Comité d’évaluation de la conformité, ECOCONF. Dans un communiqué publié le 21 octobre, l’organisation indique que cette douzième réunion a fait progresser deux chantiers distincts : la marque régionale de certification de qualité ECOQMARK et la reconnaissance des compétences dans le solaire photovoltaïque hors réseau.
La réunion s’inscrit dans la politique régionale de la qualité ECOQUAL. Elle a bénéficié de l’appui du programme de compétitivité commerciale et d’accès aux marchés, financé par l’Union européenne et mis en œuvre conjointement par l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel et le Centre du commerce international. L’enjeu est de rapprocher des systèmes nationaux qui ne fonctionnent pas toujours selon les mêmes procédures et de donner aux entreprises des repères plus lisibles.
ECOQMARK : une liste provisoire, pas encore une certification généralisée
Le comité a examiné des demandes d’accréditation présentées par des organismes nationaux de certification. À l’issue de cette revue, une liste provisoire d’organismes remplissant les critères d’éligibilité pour délivrer ECOQMARK a été établie, pour certaines catégories de produits. Il ne s’agit donc ni d’une certification automatique de toutes les entreprises ouest-africaines, ni de l’annonce d’un label déjà généralisé sur l’ensemble du marché régional.
Cette nuance est essentielle pour les fabricants, importateurs et distributeurs. Avant qu’un label ne devienne un argument commercial crédible, il faut préciser les produits concernés, les règles de contrôle, la compétence des organismes habilités et les modalités de surveillance. Les opérateurs devront également connaître le coût et les délais de certification. Sans ces informations, les entreprises ne peuvent pas encore mesurer précisément l’effet du nouveau dispositif sur leurs procédures ou sur leurs prix.
La CEDEAO souhaite faire d’ECOQMARK un signe de confiance pour les produits fabriqués en Afrique de l’Ouest. À terme, une reconnaissance régionale mieux organisée pourrait limiter certaines vérifications redondantes et faciliter l’accès à des débouchés au-delà des frontières nationales. Ce bénéfice reste toutefois conditionné à une mise en œuvre homogène et à l’acceptation effective du label par les acteurs économiques.
Le solaire hors réseau entre dans le champ de la reconnaissance des compétences
La seconde décision concerne les métiers de l’énergie. ECOCONF a examiné et approuvé un programme régional de certification des compétences des concepteurs, installateurs et inspecteurs de systèmes photovoltaïques hors réseau, présenté par le Centre pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique de la CEDEAO, le CEREEC. Une publication technique du réseau international des centres régionaux d’énergie durable, datée du 19 octobre, précise que le cadre validé comprend notamment des analyses des tâches professionnelles et des lignes directrices de certification.
Le développement du solaire décentralisé ne dépend pas uniquement du prix des panneaux et des batteries. Un système mal dimensionné ou mal installé peut entraîner des pannes, augmenter les dépenses de maintenance et fragiliser la confiance des clients. La reconnaissance des compétences peut donc devenir un élément de sécurisation des investissements, notamment pour les petites entreprises, les collectivités et les projets d’électrification rurale.
Le CEREEC dispose déjà d’une plateforme régionale de certification des compétences énergétiques. Des appels à formation ont notamment été publiés en 2026 pour des développeurs de mini-réseaux au Bénin, au Cap-Vert et en Sierra Leone. La décision d’Abidjan s’inscrit ainsi dans un processus existant plutôt que dans la création ex nihilo d’une profession ou d’un organisme.
Un marché régional qui dépendra de l’exécution
Les participants ont également abordé les normes volontaires de durabilité et leur rôle dans l’accès aux marchés internationaux. Pour les entreprises exportatrices, ces exigences peuvent s’ajouter aux critères techniques de sécurité et de performance. Elles deviennent un facteur de compétitivité, mais aussi un coût de mise en conformité que les petites structures auront davantage de difficultés à absorber sans accompagnement.
Le comité a recommandé de renforcer les capacités des organismes nationaux, de promouvoir ECOQMARK et de développer une culture de la qualité. La prochaine étape sera donc opérationnelle : publication des organismes habilités, définition des catégories couvertes, calendrier des premières certifications et articulation avec les dispositifs nationaux. Dans le solaire, il faudra suivre le nombre de professionnels effectivement évalués et certifiés, et non seulement le nombre de référentiels approuvés.
Pour la CEDEAO, le chantier touche à deux ambitions complémentaires : industrialiser davantage la région et rendre les échanges intracommunautaires plus fluides. Le progrès enregistré à Abidjan est réel sur le plan institutionnel. Sa portée économique se mesurera lorsque les producteurs pourront faire reconnaître leurs produits plus facilement et lorsque les clients pourront identifier, sur le terrain, des techniciens dont les compétences ont été vérifiées.
