Afrique du Sud : Élections municipales, l’ANC joue son avenir politique face à des populations en colère
L’avenir politique du Congrès national africain (ANC) se joue une nouvelle fois dans les urnes. Ce mercredi 4 novembre, plus de 29 millions d’électeurs sud-africains sont invités à participer aux élections municipales afin de désigner les responsables chargés de gérer leurs collectivités. Dans un environnement marqué par la précarité économique, le chômage persistant et les difficultés d’accès aux services de base, le parti historique au pouvoir depuis la fin de l’apartheid aborde ce rendez-vous électoral dans une position particulièrement délicate.

Les militants de l’ANC lors du dernier grand meeting du parti avant les élections générales, au stade FNB, à Johannesburg, le 25 mai 2024 / AFP
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La qualité de vie des populations au centre du scrutin
Pour de nombreux Sud-Africains, ces élections représentent avant tout une occasion d’exprimer leur mécontentement face à la dégradation de leurs conditions de vie. Dans plusieurs régions du pays, les coupures d’électricité, les difficultés d’approvisionnement en eau et le mauvais état des infrastructures alimentent la frustration des habitants.
À ces problèmes s’ajoutent un taux de chômage supérieur à 30 % et des disparités sociales qui continuent de fragiliser une grande partie de la population. Dans le quartier d’Athlone, au Cap, Gloria Malan, qui s’est rendue aux urnes en fauteuil roulant, attend des autorités locales des réponses concrètes aux difficultés quotidiennes. Elle regrette notamment que les engagements pris pendant les campagnes électorales débouchent rarement sur des changements visibles.
À Johannesburg, plusieurs jeunes partagent ce sentiment de lassitude face à des problèmes qui perdurent depuis plusieurs années. Une situation qui, selon l’analyste politique Kingsley Makhubela, pourrait peser lourd dans les choix des électeurs. Les citoyens semblent désormais davantage préoccupés par les résultats concrets de la gestion municipale que par les discours politiques.
Un parti historique fragilisé par la défiance électorale

Au-delà des enjeux locaux, le scrutin constitue une nouvelle épreuve pour l’ANC, longtemps considéré comme incontournable dans la vie politique sud-africaine. Le mouvement, porté historiquement par Nelson Mandela, voit progressivement son influence électorale diminuer.
Les résultats des dernières consultations témoignent de cette perte de confiance. Aux municipales de 2021, le parti avait recueilli 45,5 % des suffrages. Trois ans plus tard, lors des élections générales de mai 2024, son score était descendu à 40 %, l’empêchant pour la première fois depuis 1994 de conserver la majorité absolue au Parlement.
Les projections de plusieurs instituts de sondage laissent entrevoir une nouvelle baisse, avec un soutien susceptible de se rapprocher des 30 %. Face à cette situation, le président Cyril Ramaphosa s’est personnellement engagé dans la campagne. Conscient des critiques adressées à son camp, il a lui-même reconnu que certaines transformations attendues par les citoyens auraient dû être engagées avec davantage de rapidité et d’efficacité.
Les résultats de ce scrutin auront également une portée stratégique pour l’avenir du parti. Ils pourraient notamment influencer les rapports de force internes avant le congrès de décembre 2027, au cours duquel l’ANC devra choisir celui ou celle qui prendra sa direction.
Une recomposition politique qui favorise les alliances
La perte d’influence du parti au pouvoir ouvre également la voie à une recomposition du paysage politique. Toutefois, les formations concurrentes ne semblent pas en mesure de s’imposer seules dans toutes les grandes municipalités. La multiplication des forces politiques rend ainsi les accords de gouvernement locaux de plus en plus incontournables.
À Johannesburg, Helen Zille, représentante de l’Alliance démocratique (DA), nourrit l’ambition de prendre la tête de la municipalité. À Pretoria, les équilibres électoraux pourraient également conduire à la mise en place d’une administration reposant sur plusieurs partis.
La situation apparaît différente au Cap, où la DA part avec l’avantage de conserver son ancrage politique. À Durban, le parti MKP, associé à l’ancien chef de l’État Jacob Zuma, dispose d’une influence importante.
Cette dernière ville reste néanmoins confrontée à des tensions sociales préoccupantes, notamment autour de la présence des populations étrangères. Le lynchage d’un ressortissant étranger à la fin du mois d’octobre a ravivé les inquiétudes. Pour prévenir de nouveaux débordements, les autorités ont mobilisé 550 militaires dans la province du KwaZulu-Natal.
À travers ces élections, l’Afrique du Sud ne choisit donc pas uniquement ses futurs responsables municipaux. Elle donne également une indication sur l’évolution de son paysage politique et sur la capacité de l’ANC à reconquérir une population de plus en plus exigeante. Pour le parti au pouvoir, le principal défi sera désormais de transformer les attentes des citoyens en résultats tangibles, sous peine de voir son déclin électoral se poursuivre.
Thom Biaka
