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Afrique : la BAD et UK Export Finance ouvrent un cadre de cofinancement pour les grands projets

Signé le 21 octobre à Conakry et annoncé le 23, un protocole d’accord entre la Banque africaine de développement et l’agence britannique de crédit à l’exportation doit faciliter la préparation de financements communs. Le texte ne chiffre toutefois ni enveloppe nouvelle ni projets déjà financés.

Par la Rédaction
Publié le 29 octobre 2026
Lecture : 5 min
Afrique : la BAD et UK Export Finance ouvrent un cadre de cofinancement pour les grands projets

Abdul Kamara, vice-président par intérim du Groupe de la Banque africaine de développement, et Tim Reid, directeur général d’UK Export Finance, lors de la signature du protocole d’accord à Conakry, le 21 octobre 2026.

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Un accord signé en Guinée, sans montant annoncé

La coopération financière entre l’Afrique et le Royaume-Uni se dote d’un nouveau dispositif institutionnel. Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et UK Export Finance (UKEF), l’agence publique britannique de crédit à l’exportation, ont signé le 21 octobre 2026, à Conakry, un protocole d’accord destiné à faciliter le cofinancement d’investissements sur le continent. La BAD a rendu l’information publique le vendredi 23 octobre. La signature est intervenue pendant la cinquième édition du forum commercial et d’investissement entre le Royaume-Uni et l’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre.

Abdul Kamara, vice-président par intérim de la BAD, et Tim Reid, directeur général d’UKEF, ont signé ce premier accord-cadre entre leurs deux institutions. Sa portée est d’abord opérationnelle : identifier des projets, étudier leur faisabilité, examiner les risques et déterminer les instruments que chacun pourrait mobiliser. Aucune somme globale n’est associée au protocole dans le communiqué officiel. Il serait donc inexact d’en faire un prêt nouvellement approuvé, un fonds déjà constitué ou une liste de contrats immédiatement exécutoires.

L’initiative concerne aussi bien les opérations souveraines, portées ou garanties par les États, que les projets non souverains, auxquels participent des entreprises privées ou des structures de projet. La distinction est importante : les conditions de crédit, les garanties demandées et les risques assumés ne sont pas les mêmes selon le porteur de l’investissement. Le nouveau cadre ne préjuge pas de la décision finale des comités de crédit de chaque institution.

Associer crédit de développement et soutien aux exportations

Le rapprochement repose sur la complémentarité de deux métiers financiers. La BAD finance le développement économique et social de ses pays membres, notamment par des prêts, des garanties et des instruments destinés au secteur privé. UKEF intervient pour faciliter des exportations britanniques, en utilisant des mécanismes de financement, de garantie et d’assurance. Leur combinaison peut rendre certains montages plus attractifs pour les banques commerciales, sans supprimer les exigences de viabilité des projets.

Dans une opération type, une agence de crédit à l’exportation peut contribuer à sécuriser la part d’équipements ou de services fournie par des entreprises de son pays, tandis qu’une banque de développement participe à l’évaluation économique, environnementale et financière du projet. Les modalités exactes devront être définies dossier par dossier. Rien dans le communiqué du 23 octobre n’indique qu’une répartition fixe des risques ou qu’un volume minimal de commandes britanniques ait déjà été arrêté pour l’ensemble des opérations.

Pour les promoteurs africains, le bénéfice potentiel est l’accès à plusieurs sources de capitaux au lieu d’une négociation isolée avec un seul prêteur. Cela peut faciliter le financement de projets coûteux, longs à amortir et exposés aux fluctuations des taux ou des monnaies. Mais le recours à un crédit export ne doit pas masquer les questions essentielles : prix des équipements, contenu local, dette en devises, maintenance et capacité de remboursement.

Énergie, santé, numérique et minerais dans le périmètre

Les infrastructures énergétiques illustrent l’un des secteurs dans lesquels la BAD et UK Export Finance pourraient rechercher des possibilités de cofinancement.

Les partenaires citent un champ d’intervention étendu : énergie, infrastructures, eau et assainissement, santé, infrastructures numériques, minerais critiques, résilience des chaînes d’approvisionnement, agriculture et financement du commerce. Cette diversité permet de couvrir aussi bien une ligne de transport d’électricité qu’un équipement hospitalier ou un investissement logistique. Elle ne signifie pas que chacun de ces secteurs dispose désormais d’un financement réservé.

Le choix des projets sera déterminant. Les infrastructures régionales peuvent créer des effets économiques au-delà des frontières nationales, mais leur réalisation dépend de procédures complexes : études techniques, acquisitions foncières, contrats d’achat, tarifs, autorisations et coordination entre administrations. Un cadre de coopération entre prêteurs ne remplace ni ces préparatifs ni l’obligation de rendre publics les principaux engagements lorsqu’un État s’endette.

L’accord est également susceptible d’intéresser les entreprises britanniques souhaitant répondre à des appels d’offres africains. Pour les économies hôtes, l’enjeu sera d’obtenir des projets compétitifs et durables plutôt que de mesurer le succès du partenariat au seul montant des exportations associées. Les politiques d’achat, les exigences de concurrence et la place réservée aux sous-traitants locaux seront donc à suivre.

La prochaine étape sera celle des projets identifiés

La signature à Conakry s’inscrit dans un contexte de recherche de financements plus diversifiés pour les infrastructures africaines. La BAD présente le protocole comme un outil de mobilisation de capitaux additionnels, mais les résultats resteront impossibles à mesurer tant qu’aucun portefeuille de projets, calendrier d’instruction ou premier cofinancement n’aura été annoncé. Les annonces de capacités financières faites dans le cadre du même forum ne doivent pas être automatiquement additionnées à ce protocole, au risque de compter plusieurs fois les mêmes instruments.

La première mesure concrète de son efficacité sera la publication de projets effectivement instruits en commun, puis la conclusion de conventions financières précisant les montants, les maturités, les bénéficiaires et les garanties. Viendront ensuite les décaissements et, plus tard, les réalisations physiques. À ce stade, le fait confirmé est un accord de coopération institutionnelle : il ouvre une possibilité de financement, pas encore une nouvelle infrastructure sur le terrain.