Après les Eurobonds, l’Afrique cherche de nouveaux prêteurs
Panda bonds, Samurai bonds, sukuk et obligations de la diaspora commencent à apparaître dans les stratégies souveraines africaines. Le Kenya offre en 2026 un cas d’école de cette diversification.

Les Eurobonds, longtemps privilégiés par les États africains, cèdent la place à de nouvelles stratégies de financement.
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Pendant plus d’une décennie, l’Eurobond a symbolisé l’accès des États africains aux marchés internationaux. Il permettait de lever rapidement des montants importants auprès d’investisseurs globaux, souvent en dollars. La remontée des taux, les dépréciations monétaires et l’augmentation du service de la dette ont cependant rappelé le coût de cette dépendance. En 2026, plusieurs gouvernements cherchent donc à élargir leur boîte à outils plutôt qu’à abandonner complètement les Eurobonds.
Le Kenya est l’exemple le plus visible. Un document du ministère des Finances cité par Reuters en août prévoit une première émission sur le marché obligataire chinois, avec un panda bond d’environ 300 millions de dollars. Nairobi envisage également plus de 500 millions de dollars sur le marché japonais, une émission Eurobond d’environ 815 millions de dollars, ainsi que d’autres instruments comme les sukuk et les obligations de la diaspora. Le pays travaille en parallèle sur un échange dette contre sécurité alimentaire pouvant atteindre un milliard de dollars avec la U.S. International Development Finance Corporation.

Cette stratégie répond à une logique simple : ne pas dépendre d’une seule base d’investisseurs. Les marchés chinois et japonais peuvent offrir des fenêtres d’émission différentes de celles de Londres ou New York. Les sukuk donnent accès aux investisseurs de la finance islamique. Les diaspora bonds cherchent à mobiliser une épargne qui entretient déjà des liens économiques avec le pays d’origine. Les opérations de conversion de dette, enfin, peuvent réduire ou réorienter certaines obligations tout en finançant des priorités publiques.
Cette diversification peut aussi améliorer la courbe de référence des États africains. En émettant sur plusieurs marchés et maturités, un souverain construit davantage de points de prix, élargit sa base de créanciers et peut réduire le risque de devoir refinancer un montant trop important dans une seule fenêtre de marché.
La diversification ne supprime toutefois pas le risque. Un État qui emprunte en yuan, yen ou dollar reste exposé aux mouvements de change si ses recettes fiscales sont principalement domestiques. Chaque marché impose aussi ses règles, sa documentation, sa base d’investisseurs et parfois des coûts de couverture. Multiplier les instruments sans améliorer la trajectoire budgétaire peut simplement déplacer le problème. La priorité reste donc de réduire les déficits, d’allonger les maturités, de diminuer le coût moyen de la dette et de développer les marchés en monnaie locale.
L’évolution la plus importante est peut-être culturelle. Les ministères des Finances africains deviennent progressivement des gestionnaires actifs de portefeuille, arbitrant entre devises, maturités, investisseurs et instruments. Dans un monde où le capital est plus cher et plus disputé, cette sophistication n’est plus optionnelle. Elle peut permettre de financer le développement à de meilleures conditions, à condition que la diversification financière accompagne — et ne remplace jamais — la discipline budgétaire.
