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Bénin-France : Reçu par Macron, Wadagni décroche près de 100 millions d’euros pour des projets structurants

De l’électricité à l’agriculture, en passant par la santé et la justice, la première visite officielle de Romuald Wadagni en France depuis son investiture se traduit par d’importants engagements financiers. Réunis à Paris, le président béninois et son homologue français Emmanuel Macron ont donné une nouvelle impulsion à la coopération entre les deux pays. À la clé : 65,5 milliards de francs CFA, soit plus de 99 millions d’euros, mobilisés pour plusieurs projets structurants.

Par Thomas Biakpa
Publié le 6 octobre 2026
Lecture : 6 min
Bénin-France : Reçu par Macron, Wadagni décroche près de 100 millions d’euros pour des projets structurants

Wadagni reçu à l’Elysée par Emmanuel Macron/ AFP

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La visite de Romuald Wadagni en France prend une tournure résolument économique. Reçu lundi 5 octobre 2026 au palais de l’Élysée par Emmanuel Macron, le président béninois a conclu une séquence diplomatique marquée par plusieurs accords financiers destinés à accompagner les priorités de développement de son pays.

Au total, deux conventions signées avec l’Agence française de développement (AFD) représentent 61,9 milliards de francs CFA, soit 94,4 millions d’euros. À cette enveloppe s’ajoute une lettre de mandat de 3,54 milliards de francs CFA, équivalant à 5,39 millions d’euros, avec Bpifrance. L’ensemble porte la mobilisation à environ 65,5 milliards de francs CFA, soit près de 100 millions d’euros.

Ces engagements ciblent principalement trois domaines : l’accès à l’électricité, le développement des filières agricoles et le renforcement des capacités nationales en matière d’expertise médico-légale.

L’électricité au cœur des financements

Le secteur énergétique concentre la plus importante partie de cette nouvelle mobilisation financière.
Une enveloppe de 52,1 milliards de francs CFA, soit environ 79,4 millions d’euros, est destinée à l’extension et à la densification du réseau de distribution de la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE), dans le cadre du projet PEDER+.

Le financement repose notamment sur un prêt de 32,8 milliards de francs CFA de l’AFD et un don de 19,3 milliards de francs CFA de l’Union européenne. L’objectif affiché est particulièrement ambitieux : réaliser plus de 120 000 nouveaux branchements dans 750 localités réparties dans 15 communes du Mono, du Couffo et du Borgou.

Au-delà de l’augmentation du nombre de ménages raccordés, le programme vise à améliorer la qualité du service électrique, à réduire les disparités territoriales et à limiter les pertes enregistrées sur le réseau.

Pour les populations des zones concernées, l’enjeu est donc très concret. L’extension du réseau doit permettre à davantage de ménages, d’activités économiques et de services sociaux de bénéficier d’un accès plus fiable à l’électricité.

9,8 milliards de FCFA pour dynamiser l’agriculture

Les deux présidents heureux de se retrouver à l’Elysée/ AFP

L’agriculture constitue le deuxième grand axe des financements obtenus à Paris. Une enveloppe de 9,8 milliards de francs CFA est consacrée au développement de plusieurs filières, avec une attention particulière portée à la pisciculture. Sur ce montant, 6,6 milliards de francs CFA doivent soutenir le développement de la filière piscicole dans dix communes de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga.

L’ambition ne se limite pas à accroître les volumes de production. Le programme entend structurer l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production d’alevins à la commercialisation du poisson, afin de faire émerger une filière plus compétitive et capable de contribuer davantage à l’approvisionnement du marché national.

Les investissements cibleront notamment des communes comme Banikoara, Gogounou, Kandi, Kérou, Kouandé, Péhunco, Bassila, Copargo, Djougou et Ouaké.

Une enveloppe complémentaire de 3,3 milliards de francs CFA est prévue pour soutenir des investissements productifs dans les filières avicole, cunicole, protéagineuse et oléagineuse. Ces financements devraient bénéficier à seize communes du Borgou, de la Donga, des Collines et du Zou.

L’objectif est double : renforcer la production locale et contribuer à la création de davantage de valeur et d’emplois dans les territoires.

Un laboratoire national d’expertise ADN en perspective

La coopération franco-béninoise franchit également un nouveau cap dans les domaines de la santé, de la justice et de la recherche scientifique.
Une lettre de mandat de 3,54 milliards de francs CFA avec Bpifrance ouvre la voie aux négociations pour le financement de la Plateforme de recherche, d’investigation et d’analyse médico-légale (PRIAM).

Le projet doit permettre au Bénin de se doter d’un laboratoire national d’expertise ADN capable de réaliser jusqu’à 30 000 analyses par an, avec l’ambition d’obtenir à terme une accréditation internationale ISO/IEC 17025. Le programme prévoit également la formation de plus de 500 professionnels ainsi que le développement d’une filière universitaire spécialisée.

Cette infrastructure représente un enjeu important pour le système judiciaire béninois. Elle doit notamment permettre de renforcer les capacités nationales en matière d’identification génétique et d’analyses médico-légales, tout en réduisant la nécessité de recourir à des structures étrangères pour certaines expertises.

Macron et Wadagni veulent donner une nouvelle dimension au partenariat

Au-delà des montants annoncés, la rencontre entre les deux chefs d’État intervient dans une volonté affichée de redéfinir les contours du partenariat entre Paris et Cotonou.
Emmanuel Macron s’est dit « heureux d’accueillir » Romuald Wadagni pour sa première visite en France depuis son investiture. Le président français a décrit la relation entre les deux pays comme reposant sur « l’amitié, la confiance et l’ambition », tout en mettant en avant l’objectif d’une relation « d’égal à égal ».

Les deux dirigeants ont également évoqué la nécessité de renforcer les investissements croisés et les partenariats entre entreprises béninoises et françaises. Cette dimension économique avait déjà été mise en avant lors de la participation de Wadagni au dîner de l’Africa France Impact Coalition à l’Élysée, avant son entretien avec Macron.

Cette orientation s’inscrit dans une relation économique déjà importante. Selon les données de la diplomatie française, la France comptait en 2024 un stock d’investissements directs au Bénin de 265 millions d’euros, tandis que les exportations françaises vers le pays atteignaient 236 millions d’euros. Le portefeuille de l’AFD au Bénin s’élevait, lui, à 818 millions d’euros pour 40 projets.

Un premier test pour la diplomatie économique de Wadagni

Pour Romuald Wadagni, cette visite constitue ainsi un premier rendez-vous majeur avec la France depuis son accession à la présidence en mai 2026. Ancien ministre de l’Économie et des Finances, le nouveau chef de l’État béninois a fait de la mobilisation des investissements et du financement des projets structurants des éléments importants de son agenda économique.

Les annonces de Paris donnent une traduction concrète à cette orientation. Mais au-delà de la signature des accords, le principal enjeu sera désormais leur mise en œuvre effective et leur impact sur les populations.

L’électrification de centaines de localités, le développement de nouvelles chaînes de valeur agricoles et la création d’une capacité nationale d’expertise ADN constituent autant de projets susceptibles de produire des effets directs sur le quotidien des Béninois.

À Paris, Cotonou obtient donc plus qu’une nouvelle promesse de coopération : un portefeuille de financements orienté vers des infrastructures et des secteurs directement liés au développement économique, à l’accès aux services essentiels et au renforcement des capacités de l’État.

Reste désormais à transformer les engagements financiers en réalisations concrètes. C’est sur ce terrain que se mesurera la portée réelle de cette nouvelle séquence de la relation entre le Bénin et la France.