Burkina Faso : 86 disparitions en quatre ans, des opposants en exil mettent en cause Ibrahim Traoré
Le Front anti-putschistes (Frap), regroupant des opposants burkinabè en exil, affirme avoir recensé 86 cas d’enlèvements et de séquestrations attribués à la junte d’Ibrahim Traoré quatre ans après le coup d’État du 30 septembre 2022. À travers son document « Les disparus d’Ibrahim Traoré », le collectif entend mettre en lumière le sort de ces personnes et dénoncer ce qu’il présente comme une répression croissante des voix critiques.

Des opposants en exil accusent le Capitaine Ibrahim Traoré d’avoir enlevé au moins 86 personnes en quatre ans de pouvoir / BBC News
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Quatre ans après le coup d’État qui a porté le capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir, le débat sur la situation politique au Burkina Faso se poursuit sur fond d’accusations de répression contre les voix critiques. À l’occasion de l’anniversaire du putsch du 30 septembre 2022, le Front anti-putschistes (Frap), un groupe d’opposants burkinabè installés en exil, a rendu publique une liste recensant 86 personnes qui auraient été victimes d’enlèvements ou de séquestrations arbitraires depuis l’arrivée de la junte au pouvoir.
Intitulé « Les disparus d’Ibrahim Traoré », le document a été diffusé sur les réseaux sociaux sous la forme d’un trombinoscope. À travers des noms, des photographies et des informations sur les personnes concernées, ses auteurs affirment vouloir documenter les cas de disparitions et attirer l’attention sur le sort de ceux qui, selon eux, ont été pris pour cible par les autorités militaires.
La publication intervient alors que les autorités burkinabè commémorent, à Ouagadougou, les quatre années écoulées depuis le renversement du pouvoir le 30 septembre 2022.
Des profils très différents
La liste présentée par le Frap rassemble des personnes issues de milieux très divers. Journalistes, responsables politiques, syndicalistes, militaires, mais également proches et membres de familles de personnalités critiques du pouvoir figurent parmi les cas recensés.
Selon les auteurs du document, cette diversité témoignerait d’une extension progressive de la répression à différentes catégories de la société. Ils estiment que les personnes exprimant publiquement une opinion défavorable au régime ou considérées comme proches de ses détracteurs peuvent être exposées à des mesures coercitives.
L’un des membres du groupe, cité anonymement, décrit ainsi une situation dans laquelle les critiques du pouvoir seraient devenues particulièrement risquées. Il affirme que certaines personnes auraient été arrêtées pour des faits aussi simples qu’un commentaire publié sur Facebook ou WhatsApp.
Pour le Frap, le phénomène aurait pris une telle ampleur que les enlèvements et les séquestrations seraient progressivement devenus des pratiques banalisées.
Des durées de détention très variables
Les 86 cas recensés ne présentent pas tous les mêmes caractéristiques. D’après le document, certaines personnes auraient été privées de liberté pendant seulement quelques heures ou une journée, tandis que d’autres seraient restées détenues pendant plusieurs années.
Le groupe d’opposants affirme par ailleurs que ce premier recensement est loin d’être exhaustif. Il évoque la possibilité d’établir à terme, une liste comprenant au moins 200 noms.
Cette initiative vise donc autant à établir une documentation des cas signalés qu’à donner une identité et un visage aux personnes présentées comme victimes de la répression depuis le coup d’État de 2022.
Le cas du père d’un cyber-activiste
Parmi les situations évoquées figure celle d’un certain Pingué Coulibaly, un ancien militaire âgé de 63 ans et père du cyber-activiste Oumar Coulibaly.
Ce dernier a quitté le Burkina Faso en 2023, après avoir publiquement critiqué la junte.
Depuis son exil à l’étranger, il affirme avoir été confronté à une situation particulièrement douloureuse. Son père aurait été enlevé en septembre 2024.
Selon son témoignage, Pingué Coulibaly serait depuis lors privé de liberté, sans que sa famille puisse obtenir d’explications satisfaisantes sur les raisons de sa disparition.
« Comment peut-on s’en prendre à un retraité qui a tout donné à ce pays ? », déplore son fils, qui dit ne pas comprendre pourquoi son père, désormais âgé de 63 ans, aurait été pris pour cible.
Oumar Coulibaly évoque une disparition qui, selon lui, se prolonge depuis plus de deux ans, faisant de cette affaire l’un des exemples les plus douloureux qu’il associe à la répression menée sous le régime actuel.
Une initiative destinée à documenter la répression
Avec la publication de « Les disparus d’Ibrahim Traoré », le Frap cherche ainsi à inscrire dans la durée les témoignages et les cas d’enlèvements qu’il attribue aux autorités burkinabè depuis septembre 2022.
Le document constitue, selon ses auteurs, une première étape dans un travail de recensement beaucoup plus vaste. Derrière le chiffre de 86 personnes avancé par le collectif, l’objectif affiché est également de rappeler que chacune des disparitions correspond à une histoire individuelle, à une famille et à des proches confrontés à l’incertitude.
Quatre ans après le coup d’État ayant porté Ibrahim Traoré au pouvoir, cette initiative d’opposants en exil remet ainsi au centre du débat la question du traitement réservé aux voix critiques et, plus largement, celle des libertés publiques dans le Burkina Faso dirigé par la junte.
