Burkina Faso: Face à l’envoyée de l’ONU, Ouagadougou catégorique : « La sécurité avant les élections »
Face à l’envoyée spéciale de l’ONU, le Burkina Faso a réaffirmé sa volonté de privilégier la lutte contre l’insécurité au retour aux urnes. À Ouagadougou, le ministre des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré a défendu la position de l’AES et appelé les organisations internationales à mieux prendre en compte les réalités et les acquis revendiqués par les trois pays sahéliens

Le Capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État burkinabè/ AP
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Le Burkina Faso ne semble pas disposé à faire de l’organisation rapide d’élections une priorité. C’est le message porté jeudi 20 août 2026 par le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, lors de son entretien avec Sahle-Work Zewde, envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations unies.
Au cœur des échanges, l’avenir politique des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupent le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Pour Ouagadougou, la situation sécuritaire continue de justifier le maintien des transitions et le report des échéances électorales.
« La sécurité avant les urnes »
Depuis les prises de pouvoir militaires intervenues au Mali en 2020, au Burkina Faso en 2022 et au Niger en 2023, les trois États ont progressivement éloigné la perspective d’un retour rapide à un régime électoral classique.
Le Burkina Faso devait initialement achever sa transition en juillet 2024. Une prolongation de cinq ans décidée en mai 2024 a toutefois repoussé la perspective d’élections à 2029. Au Mali, la présidentielle prévue en février 2024 n’a pas eu lieu. Une nouvelle charte adoptée en juillet 2025 a par ailleurs fixé à cinq ans renouvelables le mandat du président Assimi Goïta.
Au Niger, les autorités issues du changement de pouvoir de juillet 2023 ont annoncé une transition de cinq ans, portant son échéance jusqu’en 2030.
Pour le ministre burkinabè, ces choix ne seraient pas motivés par la volonté des dirigeants de s’éterniser au pouvoir. Karamoko Jean Marie Traoré a soutenu que, s’ils avaient simplement cherché à consolider leur position personnelle, les dirigeants de l’AES auraient pu privilégier l’organisation rapide de scrutins susceptibles de leur conférer une légitimité électorale.
Au contraire, a-t-il fait valoir, les efforts ont été orientés vers le renforcement des capacités militaires nationales. Le ministre a également souligné que les dirigeants des trois pays avaient eux-mêmes participé aux combats contre les groupes djihadistes, présentant leur accession au pouvoir comme le résultat d’un profond mécontentement populaire lié à l’insécurité.
Ouagadougou réclame un autre regard international
Face à l’émissaire onusienne, le chef de la diplomatie burkinabè a également contesté la manière dont les institutions internationales évaluent l’évolution des pays de l’AES.
Il leur reproche notamment de sous-estimer les résultats que les autorités de la Confédération estiment avoir obtenus. Pour Ouagadougou, les organisations internationales devraient, à défaut de saluer ces avancées, au moins présenter une lecture qu’il considère comme fidèle à la réalité du terrain.
Le ministre a ainsi appelé à revoir les principes et les méthodes de travail de certaines institutions internationales, ainsi que le choix des acteurs chargés d’analyser la situation dans la région. Il a notamment dénoncé des diagnostics reposant, selon lui, sur des rapports inexacts.
Une mission de l’ONU centrée sur l’avenir d’UNOWAS
Sahle-Work Zewde était précisément à Ouagadougou dans le cadre d’une mission d’évaluation. Son objectif est de recueillir les positions des différents acteurs de la région afin d’éclairer les prochaines décisions du Conseil de sécurité des Nations unies concernant le Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), installé à Dakar.
L’ancienne présidente éthiopienne a insisté sur la nécessité d’établir un dialogue avec les pays concernés et de définir les objectifs de cette démarche en concertation avec eux.
Cette approche intervient dans un contexte de profond bouleversement des relations régionales. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2025, après avoir observé la période de préavis d’un an.
L’AES poursuit la construction de son propre cadre
Depuis leur rupture avec la CEDEAO, les trois pays ont accéléré la mise en place de structures et de symboles communs. L’Alliance des États du Sahel, créée en 2023, est devenue une confédération en juillet 2024.
Sur le plan militaire, une force conjointe de 5 000 hommes a été lancée en décembre 2025. Les autorités ont également instauré un passeport commun, disponible depuis janvier 2025, avant d’adopter un hymne officiel en mai de la même année.
À Ouagadougou, le message adressé à l’ONU s’inscrit donc dans une orientation désormais clairement assumée : pour les dirigeants de l’AES, le retour aux élections ne saurait primer sur les objectifs sécuritaires et la consolidation de leur nouveau cadre régional.
L’entretien entre Karamoko Jean Marie Traoré et Sahle-Work Zewde illustre ainsi la difficulté de concilier, d’un côté, les attentes internationales en matière de retour à l’ordre constitutionnel et, de l’autre, la vision défendue par les autorités de l’AES, qui placent la sécurité et la souveraineté au centre de leur agenda politique.
