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Burkina Faso : L’État mise sur les langues nationales pour transformer son système scolaire

Le Burkina Faso engage une nouvelle réforme de son système éducatif en plaçant les langues nationales au cœur des apprentissages au primaire. Une initiative ambitieuse qui entend rapprocher l’école des réalités locales, mais qui suscite déjà des inquiétudes chez certains enseignants et parents d’élèves.

Par Thomas Biakpa
Publié le 2 novembre 2026
Lecture : 3 min
Burkina Faso : L’État mise sur les langues nationales pour transformer son système scolaire

Au Burkina Faso, les langues nationales vont bientôt s’inviter massivement dans les salles de classe / Wikipédia

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Le système éducatif burkinabè s’apprête à connaître une évolution majeure. Les autorités du pays ont décidé de faire des langues nationales les principaux instruments de transmission des connaissances dans les premières classes du primaire. Cette orientation marque une nouvelle étape dans la volonté de promouvoir les identités linguistiques locales et de rapprocher davantage l’école des réalités culturelles des populations.

Concrètement, les élèves entrant au cours préparatoire première année (CP1) suivront désormais l’essentiel de leurs enseignements dans la langue la plus parlée dans leur zone de résidence. Le français, qui occupait jusque-là une place centrale dans le dispositif éducatif, ne sera plus la langue dominante au début du parcours scolaire.

Pour accompagner cette réforme, les enseignants ont bénéficié d’une formation accélérée, organisée quelques jours après le démarrage de l’année scolaire.

L’objectif est de leur permettre de s’adapter rapidement à cette nouvelle méthode pédagogique, qui prévoit que 90 % des activités d’apprentissage soient dispensées dans une langue nationale, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit.

Le territoire burkinabè a ainsi été réparti en plusieurs espaces linguistiques. Selon les régions, les enfants seront notamment initiés aux enseignements en Mooré, Dioula, Fulfuldé, Gulmacema, Lyélé, Dagara, Bissa ou Nouni.

Le choix de la langue repose essentiellement sur celle qui est majoritairement utilisée dans la localité, indépendamment de l’appartenance ethnique de chaque élève.

Cette organisation linguistique évoluera progressivement au cours de la scolarité. La place accordée aux langues nationales sera réduite d’année en année, tandis que celle du français augmentera. À partir de la cinquième année, le français devrait représenter 90 % des enseignements. Il restera également la langue utilisée pour les épreuves du Certificat d’études primaires (CEP).

Une réforme qui suscite des interrogations sur le terrain

Si cette initiative ambitionne de rendre les apprentissages plus accessibles aux jeunes élèves, sa mise en œuvre soulève néanmoins des préoccupations au sein du corps enseignant.
Certains instituteurs estiment que le délai accordé pour se préparer à ce changement est insuffisant. Pour eux, maîtriser une langue dans les échanges quotidiens ne garantit pas nécessairement la capacité de l’utiliser efficacement pour expliquer des notions scolaires, construire des leçons et transmettre des connaissances.

La situation est particulièrement préoccupante pour les enseignants affectés dans des localités dont ils ne parlent pas la langue dominante. À Fada N’Gourma, une institutrice reconnaît notamment ses difficultés avec le Gulmacema. Affectée dans cette région sans en connaître suffisamment la langue, elle redoute les obstacles que cette situation pourrait entraîner dans l’exercice de ses fonctions.

Les parents appelés à accompagner la transition

Du côté des familles, la nouvelle orientation ne fait pas non plus l’unanimité. Plusieurs parents regrettent de ne pas avoir été suffisamment informés des modalités de cette transformation du système éducatif.

Malgré leurs interrogations, certains disent vouloir s’adapter à la nouvelle réalité. Ils envisagent notamment de renforcer l’accompagnement scolaire de leurs enfants à la maison, en accordant une attention particulière au français afin de leur permettre de conserver un bon niveau dans cette langue.

Entre volonté de valorisation des langues nationales, adaptation des enseignants et inquiétudes des familles, cette réforme ouvre ainsi un nouveau chapitre pour l’école burkinabè. Son succès dépendra notamment de la capacité des différents acteurs du système éducatif à s’approprier cette nouvelle approche pédagogique.