Canada : Ottawa et l’Ontario annoncent 8,7 milliards de dollars canadiens pour protéger l’industrie
Le Premier ministre Mark Carney et le chef du gouvernement ontarien Doug Ford ont présenté, le 21 octobre 2026, un plan industriel de 8,7 milliards de dollars canadiens consacré à l’acier, à l’automobile et aux minerais critiques. Les enveloppes annoncées visent à réduire la vulnérabilité aux droits de douane américains et à renforcer les chaînes de valeur locales.

Face à la guerre commerciale, Mark Carney et Doug Ford font front commun à Ottawa en dévoilant un plan d’action massif de 8,7 milliards de dollars canadiens pour protéger l’acier, l’automobile et les minéraux critiques.
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Une réponse concertée aux tensions commerciales
Le Canada entend renforcer sa base industrielle face à l’incertitude commerciale en Amérique du Nord. Le 21 octobre 2026, le Premier ministre Mark Carney et le Premier ministre de l’Ontario Doug Ford ont annoncé un ensemble d’engagements évalués à 8,7 milliards de dollars canadiens. L’annonce a été publiée sur le site officiel du chef du gouvernement fédéral. Elle rassemble plusieurs instruments et horizons de financement : il ne s’agit pas d’un virement unique de 8,7 milliards de dollars à des entreprises déjà sélectionnées.
L’Ontario occupe une place centrale dans l’industrie canadienne, notamment dans l’acier et l’automobile, deux secteurs sensibles aux tarifs douaniers, aux décisions d’investissement transfrontalières et à la concurrence mondiale. Les autorités présentent leur programme comme une manière de préserver les emplois et de diversifier leurs débouchés. Le succès dépendra néanmoins des projets effectivement réalisés et de la capacité des entreprises à trouver de nouveaux marchés.
L’acier obtient un dispositif pluriannuel de soutien
Le premier volet prévoit la création d’un fonds conjoint pour l’acier. Les contributions annoncées atteignent 3,55 milliards de dollars canadiens du gouvernement fédéral et 1,67 milliard de l’Ontario, sur cinq ans, soit 5,22 milliards au total. Ce financement doit notamment aider les producteurs à diversifier leurs activités, à soutenir les secteurs de défense, de fabrication avancée, d’énergie et d’infrastructures, et à développer les exportations.
Les gouvernements entendent aussi mieux utiliser leurs politiques d’achats publics pour favoriser l’acier canadien, renforcer la surveillance des pratiques commerciales jugées déloyales et créer un groupe de travail sur la compétitivité du secteur. La stratégie cherche ainsi à agir à la fois sur l’offre industrielle et sur la demande intérieure. Les mécanismes de sélection des bénéficiaires seront déterminants pour apprécier la portée réelle du fonds.
Automobile : investir dans les lignes de production
Un deuxième volet prévoit 2,5 milliards de dollars canadiens supplémentaires sur deux ans pour moderniser des équipements industriels. Le financement est partagé entre 1,5 milliard de dollars fédéraux et un milliard de dollars provinciaux. Les gouvernements veulent favoriser l’installation de machines et de lignes de production adaptées aux véhicules connectés et électriques.
Le communiqué maintient les normes d’émissions des véhicules légers au niveau de 2026 jusqu’à l’année-modèle 2029, avant de reprendre des hausses annuelles en 2030, dans le cadre de l’objectif canadien fixé pour 2035. Cette mesure introduit une transition réglementaire plus graduelle, susceptible de donner davantage de visibilité aux constructeurs. Elle ne constitue cependant ni l’annonce de nouvelles usines déjà construites ni la garantie d’une production accrue à court terme.
Minerais critiques : le défi de l’infrastructure

Le plan traite également des minerais critiques, essentiels à certaines batteries et applications industrielles. Ottawa propose de s’aligner sur un investissement ontarien initial pouvant atteindre un milliard de dollars sur trois ans pour les infrastructures routières du secteur du Ring of Fire, dans le nord de l’Ontario. Les gouvernements envisagent en parallèle une meilleure coordination des procédures d’autorisation et l’identification de projets prioritaires susceptibles de bénéficier de mécanismes de financement existants.
Le développement d’une mine ou d’une chaîne de transformation demande bien davantage qu’une annonce budgétaire. Les questions de permis, de transport, d’énergie, de participation des communautés et d’environnement restent décisives. Une route annoncée n’est pas nécessairement une route achevée, et une aide envisagée ne garantit pas la rentabilité d’un projet minier.
Pour l’industrie canadienne, la portée de l’accord se mesurera à l’exécution des financements, à la création d’activités nouvelles et à la diversification des marchés. Sur le plan international, il illustre la montée de politiques industrielles plus interventionnistes dans les pays développés, au moment où la sécurité des approvisionnements devient un objectif aussi important que la réduction des coûts.
Une politique qui devra arbitrer entre protection et compétitivité
Les mesures annoncées cherchent à préserver les capacités productives nationales, mais elles devront composer avec le coût des matériaux et les besoins des utilisateurs industriels. Favoriser l’achat de produits domestiques peut soutenir les usines existantes ; il faut également veiller à la disponibilité des volumes et à la compétitivité des prix pour les chantiers et entreprises en aval. La recherche de nouveaux marchés d’exportation sera décisive si les barrières commerciales américaines persistent. Pour juger de l’efficacité de l’accord, les autorités devront publier le calendrier de sélection des projets, les montants effectivement engagés, le nombre d’emplois concernés et les résultats des groupes de travail. Une annonce de financement ne permet pas, à elle seule, de conclure à une relocalisation industrielle réussie.
