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Côte d’Ivoire : Jeux de hasard, un chiffre d’affaires de plus de 922 milliards FCFA réalisé en 2025, l’État renforce le dispositif contre les opérateurs illégaux

Avec un chiffre d’affaires de 922,3 milliards de FCFA enregistré en 2025, le secteur des jeux de hasard connaît une croissance qui renforce les exigences de contrôle et de protection des joueurs. Pour faire face aux activités clandestines et aux risques liés à l’essor des plateformes numériques, l’Autorité de régulation des jeux de hasard (ARJH) mise désormais sur une nouvelle unité spécialisée, chargée de renforcer les interventions sur le terrain.

Par Thomas Biakpa
Publié le 30 octobre 2026
Lecture : 8 min
Côte d’Ivoire : Jeux de hasard, un chiffre d’affaires de plus de 922 milliards FCFA réalisé en 2025, l’État renforce le dispositif contre les opérateurs illégaux

Des férus des jeux de hasard à Abidjan / JA

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Le marché ivoirien des jeux de hasard prend de l’ampleur, et les autorités entendent éviter que cette progression ne profite aux opérateurs qui échappent aux règles établies. À Abidjan, le 12 octobre dernier,, l’Autorité de régulation des jeux de hasard (ARJH) a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de surveillance en présentant aux membres de l’Unité de surveillance du secteur des jeux de hasard (USSJH) leurs missions, leurs pouvoirs et les modalités d’exercice de leurs fonctions.

Cette rencontre, organisée au siège de l’institution à Cocody II-Plateaux, s’inscrit dans une volonté de rendre les contrôles plus efficaces et de renforcer la lutte contre les pratiques illicites dans un secteur devenu un poids économique majeur.
Présidée par Jules Dally, président du Conseil de régulation, la séance s’est tenue en présence du directeur général de l’ARJH, Kouakou Hyacinthe Okou, ainsi que de responsables, de conseillers, de consultants et des membres de la nouvelle unité. Placée sous la direction du colonel Dotehe Sakrou Coulibaly, l’USSJH est appelée à renforcer la capacité d’intervention du régulateur sur l’ensemble du territoire ivoirien.

Une unité spécialisée pour renforcer les contrôles

Instituée par le décret n° 2026-236 du 29 avril 2026, l’USSJH constitue un nouvel instrument opérationnel dans le dispositif national de régulation des jeux de hasard.
Ses attributions couvrent notamment la surveillance des sites de jeux, la recherche d’informations, la conduite d’investigations et la constatation des infractions. Elle peut également contribuer aux opérations de saisie dans le respect des procédures réglementaires et participer à la répression des activités exercées en dehors du cadre légal.

L’unité comprend des agents issus de la gendarmerie nationale et de la police nationale. Son organisation repose sur deux services à savoir, le Service de la prévention, de la documentation et des archives, d’une part, et le Service des investigations et de la répression, d’autre part.

Cette organisation doit permettre de mieux articuler le travail de prévention, la collecte d’informations et les interventions contre les opérateurs en infraction.
Au cours de la rencontre du 12 octobre, les membres de l’unité ont été informés des dispositions juridiques encadrant l’ARJH, de ses organes de fonctionnement et de ses pouvoirs en matière de contrôle, de sanction et de saisie. Les échanges ont également porté sur la structuration du marché ivoirien et sur les actions déjà engagées par le régulateur.

Pour Jules Dally, la maîtrise des règles constitue une condition essentielle à l’efficacité des interventions. « On ne défend bien que ce que l’on connaît bien », a-t-il rappelé.
Le président du Conseil de régulation a aussi insisté sur les exigences d’intégrité, d’impartialité et de rigueur auxquelles les membres de l’unité devront se conformer. Il les a notamment invités à respecter scrupuleusement les procédures dans l’accomplissement de leurs missions.
« L’autorité d’un régulateur ne repose pas seulement sur les textes. Elle repose aussi sur la confiance qu’il inspire. Cette confiance, c’est vous qui la construirez, jour après jour, sur le terrain », a-t-il déclaré.
Un message qui souligne que l’efficacité de la nouvelle structure dépendra autant de ses capacités d’intervention que de la crédibilité de ses agents.

Un secteur en forte croissance, des enjeux financiers considérables

Les jeux de hasard, un secteur en pleine croissance en Côte d’Ivoire/ capture Facebook

La montée en puissance du dispositif de contrôle s’explique notamment par l’évolution du marché. En Côte d’Ivoire, le chiffre d’affaires des jeux de hasard est passé de 586,9 milliards de FCFA en 2023 à 922,3 milliards en 2025, soit une progression de 57 % en deux ans.
Les retombées financières pour l’État suivent la même tendance. Les recettes publiques issues du secteur sont passées de 37,2 milliards de FCFA en 2023 à 63,5 milliards en 2025, représentant une hausse de 70 %.

L’emploi direct a également progressé, passant de 1 511 à 1 859 postes sur la même période, soit une augmentation de 23 %.
Ces données mettent en évidence le poids grandissant de cette activité dans l’économie nationale. Elles soulignent également la nécessité de préserver les recettes publiques et de garantir des conditions d’exploitation conformes à la réglementation.

Toutefois, cette expansion s’accompagne de risques croissants. La généralisation d’Internet et le développement des technologies numériques ont facilité l’apparition de nouvelles formes de jeux et multiplié les possibilités d’exploitation des plateformes à distance.
Dans cet environnement, les activités non autorisées peuvent plus facilement se développer, tandis que les mécanismes classiques de surveillance rencontrent de nouvelles difficultés.

Les autorités doivent notamment faire face aux risques de blanchiment de capitaux, de financement du terrorisme, de jeu excessif et d’accès des mineurs aux plateformes de jeux.
La lutte contre ces phénomènes constitue désormais l’un des principaux défis du régulateur.

Un cadre juridique qui distingue concession et autorisation

La régulation du secteur ivoirien s’appuie sur la loi n° 2020-480 du 27 mai 2020 portant régime juridique des jeux de hasard en Côte d’Ivoire. Ce texte a institué l’ARJH en qualité d’autorité administrative indépendante, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière, avec une compétence couvrant l’ensemble du territoire national.
Ce dispositif a été complété par plusieurs textes réglementaires, notamment le décret n° 2021-301 du 16 juin 2021 relatif à l’organisation et au fonctionnement de l’ARJH, ainsi que les décrets n° 2023-945 et n° 2023-946 du 6 décembre 2023, qui encadrent respectivement les jeux concédés à la Loterie nationale de Côte d’Ivoire (LONACI) et les jeux de hasard soumis à autorisation.

Le marché repose ainsi sur deux principaux régimes.
Le premier est celui de la concession, qui confie à la LONACI l’exploitation des loteries, des paris sportifs et hippiques, ainsi que des jeux en ligne relevant de son périmètre.
Le second concerne les activités soumises à autorisation. Il englobe notamment les casinos, les machines à sous exploitées sur des supports physiques et certaines loteries promotionnelles ou caritatives.

D’après les données communiquées par l’ARJH, le secteur compte un concessionnaire, 16 opérateurs de jeux agréés par la LONACI, six casinos physiques et deux opérateurs de machines à sous sur supports physiques.
Pour faire respecter ces règles, le régulateur dispose de plusieurs prérogatives. Il peut adresser des mises en demeure, prononcer des sanctions administratives et pécuniaires ou prendre des mesures conservatoires dans les limites fixées par les textes.
Les agents assermentés peuvent également procéder à la saisie d’équipements, de machines et de fonds, sous réserve de l’autorisation préalable requise.

L’objectif est de sanctionner les manquements, de protéger les joueurs, de préserver les intérêts des opérateurs en règle et de sécuriser les ressources fiscales générées par le secteur.

Des opérations déjà engagées contre les activités clandestines

La mise en place de l’USSJH vient renforcer un dispositif qui a déjà donné lieu à plusieurs interventions.
Entre 2022 et le premier semestre 2026, l’ARJH indique avoir procédé à la destruction de 312 machines à sous illégales. Sur la même période, 55 sites de paris en ligne non autorisés ont été bloqués et 22 litiges ont été réglés.
Le régulateur fait également état de 80 autorisations accordées pour des loteries et des tombolas, ainsi que de six interdictions volontaires de jeux.

Les données relatives au blocage des plateformes clandestines témoignent d’une intensification des interventions. Au premier semestre 2026, 39 sites de paris en ligne non autorisés ont été bloqués, contre neuf pour l’ensemble de l’année 2025.

Cette évolution illustre la place croissante de la surveillance numérique dans la lutte contre les infractions liées aux jeux de hasard.
En parallèle, l’ARJH a développé des initiatives de sensibilisation à destination des populations et des autorités administratives.

Du 7 novembre au 3 décembre 2024, une tournée menée dans sept localités, notamment Korhogo, Bondoukou, Grand-Bassam, Daloa, Yamoussoukro, Soubré et Man, a permis de sensibiliser 555 autorités préfectorales.

Des capsules d’information ont également été diffusées afin de présenter les missions du régulateur, d’identifier les jeux autorisés et les pratiques illégales, et de rappeler les principes du jeu responsable ainsi que l’interdiction des jeux de hasard aux mineurs.
Des campagnes d’affichage et de distribution de supports informatifs ont complété ces actions.

Avec l’entrée en activité de l’USSJH, l’institution entend donner une nouvelle dimension à cette stratégie, en renforçant sa présence sur le terrain et ses capacités d’investigation.

Le numérique au service de la surveillance

La lutte contre les opérateurs illégaux ne repose pas uniquement sur les interventions physiques. Face à la progression des jeux en ligne, la surveillance des transactions et la centralisation des données deviennent également des enjeux majeurs.
Dans cette perspective, l’État a approuvé, par le décret n° 2025-766 du 1er octobre 2025, un contrat de partenariat public-privé portant sur le financement, la conception, la fourniture, la mise en place et l’exploitation d’une plateforme destinée à centraliser les jeux concédés à la LONACI.
Baptisée AFITECH, cette plateforme a pour vocation de centraliser et de superviser les données financières relatives aux jeux en ligne agréés, afin de faciliter leur contrôle.

Elle doit également contribuer à la détection des pratiques illicites, à la lutte contre le blanchiment de capitaux, à la prévention de l’accès des mineurs aux jeux et à la lutte contre l’addiction.

Le recours à cet outil technologique, combiné aux interventions de l’USSJH, doit améliorer la traçabilité des opérations et permettre de repérer plus rapidement les anomalies.

L’enjeu est de donner au régulateur une meilleure visibilité sur les activités du marché, alors que la dématérialisation des transactions et la multiplication des plateformes rendent les contrôles plus complexes.