Côte d’Ivoire : Tongon Solaire porte un projet photovoltaïque de 33 milliards FCFA à capitaux ivoiriens
Le gouvernement a officiellement présenté le 23 octobre une future centrale de 52 MWc à Tongon, dans le nord du pays. Porté par une société au capital entièrement ivoirien, le projet vise une mise en service à la mi-2028. Le lancement politique ne signifie toutefois pas que la construction physique a déjà commencé.

Le ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly lors du lancement du projet de centrale photovoltaïque de 52 MWc à Tongon, dans le département de M’Bengué.
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Un nouveau projet solaire de 33 milliards de francs CFA prend forme dans le nord de la Côte d’Ivoire. Le 23 octobre 2026, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a procédé à Tongon, dans le département de M’Bengué, au lancement officiel d’une centrale photovoltaïque de 52 mégawatts-crête (MWc). L’installation doit être développée par Tongon Solaire SAS, présentée comme une entreprise à capitaux intégralement ivoiriens.
Le calendrier appelle toutefois une précision importante : la cérémonie ne correspond pas au démarrage effectif du chantier de construction. D’après le ministère, les offres des entreprises candidates sont encore en cours d’analyse et les travaux devraient commencer en 2027. La mise en service est attendue au plus tard à la mi-2028. Entre l’annonce, la mobilisation des financements, l’attribution du marché et la production d’électricité, plusieurs étapes restent donc à franchir.
Un investissement privé sur 50 hectares
Le futur site doit occuper environ 50 hectares dans la région du Poro. Sa puissance annoncée de 52 MWc correspond à la capacité de pointe des panneaux photovoltaïques, et non à une production continue de 52 mégawatts à toute heure. La quantité d’électricité effectivement injectée dans le réseau dépendra notamment de l’ensoleillement, de la disponibilité des équipements et des caractéristiques du raccordement.
Selon les informations présentées par le promoteur et reprises par le ministère, la centrale pourrait couvrir les besoins d’environ 30 000 foyers, soit près de 300 000 personnes, et éviter l’émission d’environ 39 000 tonnes de dioxyde de carbone par an. Ces chiffres sont des estimations prospectives. Ils ne doivent pas être confondus avec des raccordements déjà réalisés ni avec des émissions déjà évitées.
Le montage prévu confie à Tongon Solaire la conception, le financement et la construction de l’infrastructure, puis son exploitation pendant vingt-cinq ans, conformément à une convention signée avec l’État. Le caractère entièrement ivoirien du capital est un élément distinctif dans un secteur où les grands projets d’énergie renouvelable s’appuient souvent sur des partenariats internationaux. Il ne préjuge cependant ni de l’origine de tous les équipements ni de celle des banques qui pourraient financer l’opération.
Des étapes franchies, un financement à finaliser
Le dossier a progressé sur plusieurs volets préparatoires. Le ministère indique que la purge des droits coutumiers est achevée et que les exploitants concernés par l’emprise ont été indemnisés. Les études d’impact environnemental et social ont été réalisées, mais leur approbation définitive est encore en cours. Ces procédures sont essentielles pour apprécier les effets du projet sur les terres, les activités locales et l’environnement.
Les banques prêteuses ont visité le site et achevé leurs rapports d’évaluation, ouvrant la voie à la finalisation des accords de financement. Cette étape ne permet pas d’affirmer que les 33 milliards de francs CFA ont déjà été intégralement décaissés. De même, l’entreprise chargée de construire la centrale n’était pas encore désignée lors de la communication du 23 octobre. Le calendrier dépendra notamment de la conclusion de ces démarches.
Cette distinction entre préparation et réalisation est centrale pour évaluer l’avancement réel du programme. Une cérémonie officielle peut signaler un soutien politique et une visibilité accrue, mais l’exécution industrielle se vérifie ensuite à travers la clôture financière, les contrats de construction, l’arrivée des équipements et la mise en service.
L’emploi local au cœur des engagements
Le projet devrait mobiliser environ 500 travailleurs pendant la phase de construction. Le ministre a demandé que les recrutements privilégient les habitants de M’Bengué, sous réserve des compétences disponibles. Le promoteur s’est également engagé à favoriser les opportunités économiques locales. Ces emplois restent des perspectives : leur nombre effectif, leur durée et les qualifications requises dépendront des entreprises retenues et du déroulement des travaux.
Au-delà des postes temporaires, les autorités souhaitent que l’investissement stimule la sous-traitance, la formation et les activités des jeunes et des femmes. L’enjeu sera de transformer cette orientation en engagements mesurables : conditions de recrutement, accès des PME locales aux marchés, dispositifs de formation et suivi des retombées. Une centrale peut apporter de la valeur au territoire sans que tous ses effets économiques soient automatiques.
La dimension foncière mérite également une attention suivie. L’indemnisation annoncée des exploitants constitue une étape administrative importante ; elle ne dispense pas de surveiller la mise en œuvre des mesures environnementales et sociales pendant la construction et l’exploitation.
Une pièce du programme solaire ivoirien

Tongon s’inscrit dans une stratégie nationale qui vise à porter à 45 % la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2030. Le ministère chiffre à 136 MW la capacité solaire déjà injectée sur le réseau, principalement à Boundiali et Ferkessédougou, et évoque une quinzaine de projets supplémentaires ou en développement. Il fixe une ambition de 1 262 MWc solaires à l’horizon 2030.
Ces objectifs agrègent des infrastructures à des stades différents. Les centrales déjà opérationnelles ne doivent pas être additionnées sans précaution aux projets dont la construction ou le financement restent à achever. À proximité, Katiola a fait l’objet d’une cérémonie distincte le 22 octobre ; le projet de Tongon ne doit pas être confondu avec celui de Kong, dont le financement a récemment été annoncé.
Pour Tongon Solaire, le test décisif interviendra après la cérémonie : finaliser les accords bancaires, choisir le constructeur, obtenir les validations encore nécessaires et tenir l’échéance annoncée. Si ces étapes aboutissent, l’opération pourrait démontrer la capacité d’un promoteur à capitaux ivoiriens à développer et exploiter une infrastructure électrique de taille significative. À ce stade, il s’agit d’un investissement projeté et préparé, non d’une centrale en production.
