Chargement des indices boursiers africains...
Nom de votre média

Côte d’Ivoire : Transformation numérique, le gouvernement veut tourner la page des projets publics mal coordonnés, 59 services prioritaires recensés

La Côte d’Ivoire veut revoir le pilotage de sa transformation numérique pour mettre fin à la dispersion des projets publics. À l’issue d’un atelier national, 59 services ont été identifiés comme prioritaires sur 620 recensés, avec dix réalisations rapides attendues d’ici fin 2026.

Par Thomas Biakpa
Publié le 5 septembre 2026
Lecture : 5 min
Côte d’Ivoire : Transformation numérique, le gouvernement veut tourner la page des projets publics mal coordonnés, 59 services prioritaires recensés

Les participants à l’atelier ont retenu 59 services prioritaires devant faire l’objet d’une transformation numérique/ Sercom ministère

Publicité

Format Pavé

300 x 250 px

La Côte d’Ivoire entend changer de méthode dans la conduite de sa transformation numérique. À l’issue de l’atelier national consacré à la priorisation des services publics numériques, le gouvernement veut désormais concentrer ses efforts sur quelques projets structurants, renforcer la coordination entre administrations et instaurer une gouvernance capable d’éviter la dispersion des investissements.

Le constat dressé au terme de deux jours de travaux est clair. L’administration ivoirienne dispose de nombreux outils numériques, mais ceux-ci restent insuffisamment connectés entre eux.

Sur les 620 services publics recensés auprès des ministères et institutions, 140 ont fait l’objet d’une analyse approfondie. Les travaux ont permis d’en identifier 59 comme prioritaires, en fonction notamment de leur impact potentiel sur les citoyens et les entreprises.

Dix projets ont par ailleurs été sélectionnés comme des réalisations à mettre en œuvre rapidement, avec une échéance fixée à fin 2026. Parmi eux figurent l’authentification des diplômes, la preuve de vie numérique des retraités, le dossier patient informatisé et la boîte postale numérique.

Mais au-delà de ces projets, les participants ont surtout insisté sur la nécessité de construire des infrastructures communes. Cinq chantiers apparaissent comme indispensables à savoir, l’identité numérique, l’échange de données entre administrations, une passerelle nationale de paiement, les services de confiance et les registres de référence.

Mettre fin aux systèmes en silos

Pour le directeur général de la Société nationale de développement informatique (SNDI), Nongolougo Soro, l’un des principaux obstacles demeure la coexistence de plateformes qui ne communiquent pas suffisamment entre elles.

Cette situation complique les démarches des usagers et limite également l’efficacité des administrations. L’objectif désormais affiché est donc de tendre vers un accès unifié aux services publics, à travers un portail unique et, à terme, une super-application regroupant les principales démarches administratives.

Cette évolution suppose notamment une utilisation cohérente de l’identité numérique dans l’ensemble du système administratif. Aujourd’hui, le même identifiant national peut encore être exploité différemment selon les structures publiques.

Le gouvernement veut une nouvelle gouvernance

Pour le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, la question technologique ne pourra être réglée durablement sans une réforme de la gouvernance.

Le gouvernement souhaite ainsi relancer le CN Digit, appelé à devenir l’instance centrale de coordination de la transformation numérique. Le dispositif envisagé placerait le conseil sous l’autorité du Premier ministre, avec un comité interministériel et un secrétariat exécutif chargé du suivi des décisions.

Trois projets de décrets doivent accompagner cette réforme. Deux portent sur le dispositif de gouvernance, tandis qu’un troisième doit encadrer la fonction de directeur des systèmes d’information au sein des ministères.

Le gouvernement envisage également d’instaurer un mécanisme permettant de mieux contrôler les grands projets numériques. Un seuil d’environ un milliard de francs CFA a notamment été évoqué pour déterminer les initiatives devant faire l’objet d’un examen particulier.

« Nous avons parfois commencé par le financement »

Le Ministre ivoirien de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara/ Sercom ministère

L’une des principales critiques formulées par Djibril Ouattara concerne la manière dont certains projets ont été conçus par le passé.
Selon le ministre, des initiatives ont parfois été élaborées en fonction des financements disponibles plutôt qu’à partir d’une définition précise des besoins de l’administration. Cette logique aurait contribué à multiplier les projets sans garantir leur cohérence ni leur utilisation effective.

Plusieurs exemples ont été cités : un programme d’appui à l’administration électronique évalué à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, un projet d’accélération digitale de 94 milliards de francs CFA, ou encore certaines infrastructures dont les capacités restent insuffisamment exploitées.

Le ministre a notamment évoqué un centre de données construit plusieurs années auparavant mais qui n’aurait jamais été pleinement mis en service. Selon lui, cette situation pourrait désormais entraîner pour l’opérateur public concerné des remboursements annuels de l’ordre de cinq milliards de francs CFA.

Pour le gouvernement, la priorité consiste donc désormais à mieux sélectionner les investissements, à mesurer leur utilité et à éviter la duplication des infrastructures.

Cap sur 2026 et les prochaines années

Cette nouvelle orientation doit également servir de base aux prochains financements. Abidjan prépare notamment un compact numérique avec la Banque mondiale et prévoit une table ronde consacrée à la mobilisation des ressources en décembre.

Le gouvernement veut parallèlement renforcer la participation des entreprises ivoiriennes à cette transformation. Trois programmes, notamment IvoirTech Next15, IvoirTech Skill Up et GovTechLab doivent contribuer à développer les compétences et les solutions locales.

L’enjeu dépasse ainsi la seule numérisation des démarches administratives. Pour Djibril Ouattara, la Côte d’Ivoire doit être capable de développer sur son territoire une partie des compétences et des technologies nécessaires à ses futures infrastructures, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Une transformation qui devra changer d’échelle

L’objectif fixé par le gouvernement est ambitieux : coordonner 700 services publics en trois ans et parvenir à une administration « zéro papier » à l’horizon 2030.

La réussite de cette feuille de route dépendra toutefois moins du nombre de plateformes déployées que de leur capacité à fonctionner ensemble.

L’atelier national aura donc surtout permis de poser une nouvelle méthode : identifier les besoins, hiérarchiser les projets, mutualiser les infrastructures et renforcer l’autorité chargée de piloter l’ensemble.

Pour le ministre, ces deux journées ne constituent qu’une première étape. Les travaux de priorisation doivent se poursuivre afin d’affiner le portefeuille des services à transformer et d’élargir la mobilisation des administrations concernées.

Le défi est désormais de passer de la multiplication des initiatives à une véritable stratégie numérique nationale, pilotée au niveau de l’État et conçue autour d’un principe simple : un service public plus accessible pour l’usager, et des systèmes publics capables de fonctionner ensemble.