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Éthiopie-Érythrée : La rupture diplomatique fait monter la tension dans la Corne de l’Afrique

L’Éthiopie et l’Érythrée ont rompu leurs relations diplomatiques sur fond de fortes tensions sécuritaires et de reprise des combats dans le nord éthiopien. Addis-Abeba a fermé son ambassade à Asmara et expulsé dix diplomates érythréens, provoquant une riposte immédiate des autorités érythréennes.

Par Thomas Biakpa
Publié le 2 octobre 2026
Lecture : 6 min
Éthiopie-Érythrée : La rupture diplomatique fait monter la tension dans la Corne de l’Afrique

L’accord de paix entre Abiy Ahmed (à gauche) et Isaias Afewerki, le 16 juillet 2018, à l’ambassade d’Erythrée en Ethiopie a volé en éclats / Getty Images

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Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée viennent de franchir un nouveau seuil de tension. Addis-Abeba a annoncé, jeudi 1er octobre, la fermeture de son ambassade à Asmara et l’expulsion de dix diplomates érythréens. En réaction, l’Érythrée a décidé de rompre à son tour ses relations diplomatiques avec son voisin, faisant craindre une nouvelle dégradation de la situation dans la Corne de l’Afrique.

Le gouvernement éthiopien justifie sa décision par ce qu’il qualifie d’« actes directs et indirects d’hostilité et de belligérance » de la part de l’Érythrée. Dix diplomates érythréens ont été déclarés persona non grata et sommés de quitter le territoire. Addis-Abeba leur reproche notamment des activités considérées comme une menace pour sa sécurité nationale.

Asmara n’a pas tardé à répondre. Dans un communiqué, le ministère érythréen des Affaires étrangères a accusé l’Éthiopie de mener depuis plusieurs années une politique hostile à son égard.

Selon les autorités érythréennes, les ambitions éthiopiennes d’obtenir un accès souverain à la mer Rouge constituent l’un des principaux facteurs de tension entre les deux pays. L’Érythrée a donc annoncé la rupture de l’ensemble des relations diplomatiques avec l’Éthiopie. Son chargé d’affaires à Addis-Abeba figure parmi les diplomates concernés par les expulsions.

Une réconciliation qui n’aura pas résisté aux nouvelles tensions

Cette rupture intervient seulement quelques années après le rapprochement spectaculaire entre les deux pays. En 2018, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed avait engagé une politique de normalisation avec l’Érythrée, mettant fin à près de deux décennies de relations particulièrement tendues après la guerre qui avait opposé les deux États entre 1998 et 2000.

Cette réconciliation avait valu à Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix en 2019. Mais l’entente entre Addis-Abeba et Asmara s’est progressivement détériorée, notamment après la guerre qui a ravagé le Tigré à partir de 2020.

Durant ce conflit, les forces érythréennes avaient apporté leur soutien à l’armée fédérale éthiopienne dans son offensive contre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Le conflit, qui s’est prolongé jusqu’en 2022, a provoqué des destructions massives et fait, selon les estimations citées dans le texte, au moins 600 000 morts.
Depuis, les relations entre Abiy Ahmed et le président érythréen Issaias Afeworki se sont à nouveau détériorées.

Le Tigré au cœur de la confrontation

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed

La nouvelle crise diplomatique intervient alors que les combats ont repris dans le nord de l’Éthiopie. Depuis le 23 septembre, les forces du gouvernement fédéral affrontent à nouveau le TPLF dans le Tigré.

Addis-Abeba accuse l’Érythrée de soutenir les forces opposées au gouvernement, notamment les autorités de fait du Tigré et les milices Fano, actives dans la région voisine de l’Amhara depuis 2023. Ces groupes armés ont récemment constitué, avec d’autres organisations hostiles au pouvoir fédéral, une alliance dont l’objectif affiché est de renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed.

Sur le terrain, les forces fédérales ont progressé vers Mekele, la capitale du Tigré. Elles ont notamment pris le contrôle de Maychew, située à environ 100 kilomètres au sud de la capitale régionale, selon une milice tigréenne alliée au gouvernement.

Dans la région de l’Afar, les forces gouvernementales ont également repris Erebti, une localité récemment conquise par le TPLF. Cette zone revêt une importance particulière pour les autorités éthiopiennes, puisqu’elle se trouve sur un axe susceptible d’affecter la principale route reliant le pays enclavé au port de Djibouti, essentiel à son approvisionnement.

Des explosions à Addis-Abeba alimentent les inquiétudes

La rupture diplomatique intervient par ailleurs dans un climat particulièrement tendu à Addis-Abeba. Dans la nuit de mercredi à jeudi, plusieurs explosions ont été entendues à proximité du quartier général des forces armées éthiopiennes.

Pour l’heure, les autorités éthiopiennes n’ont fourni aucune explication officielle sur l’origine de ces détonations. Des témoins et une source diplomatique cités dans le texte affirment que les explosions ont eu lieu au milieu de la nuit dans le secteur abritant le quartier général des forces de défense nationales éthiopiennes (ENDF).
Aucun lien n’a toutefois été établi entre ces explosions et la décision de fermer l’ambassade éthiopienne à Asmara.

Les autorités avaient déjà renforcé les mesures de sécurité dans la capitale. Le 30 septembre, le Service national du renseignement et de la sécurité (NISS) avait interdit jusqu’à nouvel ordre les vols de drones au-dessus d’Addis-Abeba et de ses environs. Quelques jours auparavant, le 27 septembre, des drones suicides auraient ciblé plusieurs installations dans le pays, notamment deux bases aériennes et un aéroport. Selon l’organisation spécialisée dans l’analyse des conflits Acled, ces attaques seraient liées à des membres de l’Alliance pour la Survie.

Un autre front diplomatique avec l’Égypte

Dans le même temps, Addis-Abeba a également déclaré persona non grata un diplomate égyptien. Cette décision intervient alors que les relations entre l’Éthiopie et l’Égypte demeurent tendues en raison du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, le Gerd, construit sur le Nil.

La note diplomatique éthiopienne annonçant l’expulsion ne précise toutefois pas les raisons de cette mesure.
La multiplication de ces tensions diplomatiques intervient à un moment particulièrement sensible pour le gouvernement d’Abiy Ahmed. Le Premier ministre doit prêter serment le 5 octobre pour un nouveau mandat, après la victoire de son Parti de la prospérité aux élections législatives du 1er juin, avec 90 % des sièges selon les informations fournies.

Le spectre d’une nouvelle crise régionale

La rupture entre Addis-Abeba et Asmara intervient donc dans un contexte où se combinent affrontements armés, rivalités territoriales, tensions autour de l’accès à la mer Rouge et crise diplomatique.

Pour l’Éthiopie, pays sans accès direct à la mer depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, la question des débouchés maritimes demeure stratégique. Asmara considère toutefois avec méfiance toute ambition éthiopienne concernant son littoral et notamment le port d’Assab.

L’histoire entre les deux pays reste profondément marquée par la guerre de 1998-2000 et par les décennies de confrontation qui ont suivi. Le rapprochement de 2018 avait laissé entrevoir une nouvelle ère, mais la détérioration progressive des relations montre la fragilité de cette normalisation.

La rupture diplomatique annoncée jeudi ajoute désormais une nouvelle dimension à un conflit interne éthiopien déjà complexe. Alors que les combats se poursuivent dans le nord du pays, la confrontation entre Addis-Abeba et Asmara risque de peser davantage sur l’évolution de la crise régionale.