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Flux financier vers l’Afrique : Quand l’argent de la diaspora devient un pilier majeur des économies africaines, 124 milliards de dollars transférés en un an

Les transferts d’argent de la diaspora africaine ont franchi le cap des 124 milliards de dollars en 2025, selon le Fida. En dix ans, ces flux ont presque doublé, confirmant leur rôle croissant dans le soutien aux ménages, le financement de l’éducation et de l’entrepreneuriat, mais aussi dans la résilience des économies africaines face aux crises.

Par Thomas Biakpa
Publié le 15 septembre 2026
Lecture : 5 min
Flux financier vers l’Afrique : Quand l’argent de la diaspora devient un pilier majeur des économies africaines, 124 milliards de dollars transférés en un an

124 milliards de dollars ont été transférés par la diaspora africaine au cours de l’année 2025/ J.A

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L’argent envoyé par les Africains vivant à l’étranger occupe une place toujours plus importante dans les économies du continent. En une décennie, les transferts de fonds en direction de l’Afrique ont presque doublé, franchissant la barre des 124 milliards de dollars en 2025, selon les données du Fonds international de développement agricole (Fida), une institution spécialisée des Nations unies.

Ces sommes représentent désormais environ 17 % des transferts mondiaux. Au-delà des montants, leur progression traduit surtout le rôle croissant joué par les diasporas dans le soutien aux familles restées sur le continent. Face aux crises successives de ces dernières années, cet argent a souvent constitué une véritable bouée de secours pour des millions de ménages.

L’Égypte en tête des pays bénéficiaires

La répartition des fonds reste toutefois très inégale entre les pays africains. Avec 41,5 milliards de dollars reçus en 2025, l’Égypte s’impose comme la principale destination des transferts de la diaspora sur le continent. Elle devance le Nigeria et le Maroc.

Le classement évolue également pour plusieurs autres pays. L’Éthiopie et le Kenya figurent désormais parmi les cinq premiers bénéficiaires, tandis que le Ghana et l’Algérie enregistrent un recul de leurs flux par rapport aux années précédentes.

Cette progression est particulièrement visible dans certaines régions. En Afrique de l’Ouest, les transferts ont augmenté d’environ un tiers en dix ans. La Côte d’Ivoire se distingue par une progression spectaculaire. Les sommes envoyées depuis l’étranger y ont été multipliées par quatre.

L’Afrique centrale connaît, elle aussi, une accélération remarquable. La République démocratique du Congo constitue le principal moteur de cette évolution. Le pays aurait reçu 3,3 milliards de dollars en 2025, soit près de six fois le montant enregistré dix ans auparavant.

Des fonds d’abord destinés aux besoins essentiels

Les fonds transférés par la diaspora africaine vers le continent constituent de véritables piliers économiques pour de nombreux pays / le 360 afrique

Pour les familles bénéficiaires, ces ressources répondent avant tout à des nécessités immédiates. Environ 75 % des sommes transférées sont consacrées aux dépenses courantes, notamment, l’alimentation, le logement, les soins de santé ou autres besoins essentiels.

Le reste est davantage orienté vers l’avenir. Près d’un quart des fonds sert ainsi à financer des dépenses de long terme, notamment la scolarisation des enfants, la création d’activités économiques ou encore l’investissement dans l’entrepreneuriat.

Cette fonction dépasse largement les zones urbaines. Selon le Fida, plus d’un tiers des transferts bénéficie directement aux populations rurales. Dans ces territoires particulièrement exposés aux aléas climatiques, ces ressources peuvent permettre aux ménages d’absorber une mauvaise récolte, de faire face à une période de sécheresse ou de redémarrer leur activité agricole après un choc.

Une source de revenus devenue stratégique

Dans plusieurs économies africaines, les transferts de la diaspora ne constituent plus un simple complément aux revenus des ménages. Leur poids macroéconomique est devenu considérable.

Au Sénégal, ils représentent environ 11 % du produit intérieur brut. Leur importance est encore plus forte au Liberia, en Gambie et aux Comores, où ils dépassent 20 % du PIB.

Cette dépendance témoigne de l’ampleur du soutien financier apporté par les communautés expatriées. Elle révèle aussi la vulnérabilité de certains pays, pour lesquels les transferts constituent une source essentielle de revenus extérieurs.

Les crises ont renforcé la solidarité des diasporas

L’évolution des flux est d’autant plus notable qu’elle a été beaucoup plus rapide que celle des départs du continent. Sur dix ans, les transferts vers l’Afrique ont progressé environ trois fois plus vite que l’émigration.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette dynamique. Durant la pandémie de Covid-19, de nombreuses familles ont continué à recevoir un soutien financier de leurs proches établis à l’étranger, alors même que les économies étaient fortement perturbées.

La hausse mondiale des prix alimentaires, notamment après le déclenchement de la guerre en Ukraine, a également accru les besoins des ménages. Les diasporas ont alors davantage contribué à maintenir le niveau de vie de leurs proches, parfois au prix de sacrifices personnels plus importants.

Parallèlement, une meilleure comptabilisation des opérations financières permet désormais de rendre visibles des sommes qui transitaient auparavant par des circuits informels.

La révolution numérique transforme les transferts

La pandémie a également accéléré une transformation déjà engagée : la numérisation des transferts d’argent.
La fermeture des frontières et la réduction brutale des déplacements internationaux ont limité le recours aux circuits traditionnels fondés sur les voyages et les remises d’espèces. Les services numériques ont ainsi gagné du terrain, facilitant les envois à distance et permettant aux bénéficiaires d’accéder plus rapidement aux fonds.

Cette évolution a également contribué à réduire le coût des transferts. Celui-ci est passé d’environ 9 % en 2016 à 7,2 % aujourd’hui, selon le Fida.
Malgré cette amélioration, le coût demeure toutefois suffisamment élevé pour peser sur les sommes effectivement reçues par les familles, en particulier lorsque les montants transférés sont modestes.

Des zones d’ombre persistent

Si les données disponibles permettent de mesurer l’importance croissante des transferts de la diaspora, elles restent incomplètes pour plusieurs pays.
Le Fida souligne notamment le manque d’informations fiables concernant le Tchad, la République centrafricaine, le Soudan et le Gabon. L’ampleur réelle des flux financiers vers ces États pourrait donc être sous-estimée.

Une chose apparaît néanmoins clairement. Loin de se limiter à une aide familiale ponctuelle, l’argent envoyé par les diasporas est devenu un élément structurant des économies africaines. Il soutient la consommation, finance l’éducation et les activités économiques, renforce la résilience des ménages ruraux et joue un rôle de stabilisateur lorsque surviennent les grandes crises.

Avec plus de 124 milliards de dollars transférés en une seule année, la diaspora africaine s’affirme ainsi comme un acteur financier incontournable du développement du continent.