vendredi, juillet 31, 2026
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Football : Privatisation de la FIFA, Infantino persiste dans son projet malgré la fronde de l’UEFA, l’un de ses proches conseillers claque la porte

La crise prend une ampleur inédite au sommet du football mondial. Alors que l’Union des associations européennes de football (UEFA) menace de boycotter les compétitions organisées par la FIFA, y compris la Coupe du monde, si le projet de privatisation partielle des activités commerciales de l’instance est maintenu, le président Gianni Infantino refuse de reculer. Au contraire, il poursuit son offensive en faveur de l’ouverture du capital commercial de la FIFA à des investisseurs privés, un projet qui provoque une onde de choc dans l’ensemble de la planète football.

Dernier épisode en date de cette confrontation, la démission fracassante de Carlos Cordeiro, l’un des plus proches conseillers d’Infantino et principal architecte de plusieurs réformes financières de la FIFA. Son départ illustre la profondeur des divisions internes suscitées par une initiative que certains présentent déjà comme le changement le plus radical de l’histoire de l’organisation.

Une nouvelle structure valorisée à 20 milliards de dollars

Le projet porté par Gianni Infantino prévoit la création d’une nouvelle société commerciale baptisée FIFA Forward Enterprise (FFE). Cette entité regrouperait les droits commerciaux des principales compétitions organisées par la FIFA, notamment la Coupe du monde masculine, la Coupe du monde féminine, la Coupe du monde des clubs ainsi que les contrats de sponsoring, les droits télévisés, les licences et la billetterie.

Selon les documents transmis aux 211 fédérations membres, cette nouvelle société serait valorisée autour de 20 milliards de dollars. Jusqu’à 20 % de son capital pourraient être cédés à des investisseurs privés, permettant à la FIFA de lever environ 4,2 milliards de dollars.

Gianni Infantino affirme que cette opération donnerait aux fédérations nationales des moyens financiers sans précédent. Chaque association pourrait bénéficier d’une importante distribution exceptionnelle, tandis que les programmes de développement seraient considérablement renforcés pour le cycle 2026-2030.

Le président de la FIFA assure également que l’instance conserverait plus de 80 % du capital ainsi que le contrôle exclusif de toutes les décisions sportives, réglementaires et organisationnelles. Selon lui, il ne s’agit nullement de vendre la Coupe du monde, mais simplement de mieux valoriser ses actifs commerciaux, afin d’accélérer le développement du football mondial.

L’UEFA dénonce une marchandisation du football

Ces arguments sont loin de convaincre les dirigeants européens.
L’UEFA a rejeté avec fermeté cette proposition, dénonçant une initiative élaborée sans consultation préalable et susceptible de transformer progressivement le football mondial en actif financier.
Plusieurs responsables européens estiment que cette opération ouvre la voie à une privatisation de fait des compétitions internationales les plus prestigieuses. Selon eux, l’entrée de fonds d’investissement dans la gouvernance commerciale du football risque d’accroître la pression sur la rentabilité, au détriment des intérêts sportifs.

Le président de l’UEFA, Aleksander Čeferin, ainsi que plusieurs fédérations européennes considèrent que cette réforme pourrait créer un précédent historique et remettre en cause l’équilibre actuel entre les différentes confédérations.

La menace est désormais explicite. Si le projet devait être adopté, l’UEFA pourrait retirer ses équipes nationales et ses clubs des compétitions organisées par la FIFA, y compris de la Coupe du monde. Une telle décision provoquerait une fracture institutionnelle sans précédent dans l’histoire moderne du football.

Une opposition qui dépasse l’Europe

La contestation ne se limite plus au continent européen.
Plusieurs responsables de la CONCACAF et de la Confédération asiatique (AFC) ont également exprimé leurs inquiétudes sur le manque de transparence entourant cette opération financière.
Des représentants du syndicat mondial des joueurs FIFPRO redoutent également que les impératifs des investisseurs privés conduisent à une inflation du calendrier international, déjà largement critiqué par les joueurs et les clubs.

Les critiques portent aussi sur l’identité des investisseurs pressentis. Selon plusieurs médias internationaux, un consortium conduit par Thrive Capital, dirigé par Joshua Kushner, ferait partie des candidats intéressés par l’acquisition d’une participation dans la nouvelle société. Cette perspective alimente les interrogations sur l’influence croissante des grands fonds d’investissement dans l’économie du football mondial.

Carlos Cordeiro démissionne avec fracas

La contestation a franchi un nouveau cap avec la démission de Carlos Cordeiro.
Ancien président de la Fédération américaine de football, ancien dirigeant de Goldman Sachs et conseiller stratégique de Gianni Infantino depuis 2021, il était considéré comme l’un des cerveaux de la modernisation économique de la FIFA.
Dans une déclaration particulièrement sévère, il affirme ne pas avoir participé à l’élaboration du projet et estime que la FIFA n’a absolument pas besoin de vendre une partie de son actif le plus précieux.

Selon lui, l’organisation dispose déjà d’une situation financière exceptionnelle.
Grâce notamment au succès commercial de la Coupe du monde 2026, la FIFA affiche des revenus records, des réserves financières importantes et aucune dette structurelle.
Dans ces conditions, Cordeiro considère qu’une telle opération ne répond à aucune nécessité économique et risque, au contraire, de priver durablement les générations futures des revenus issus des plus prestigieuses compétitions du football mondial.
Sa démission est perçue comme un signal fort, tant son expertise financière faisait jusqu’ici figure de référence au sein de l’administration Infantino.

Infantino refuse de céder

Malgré cette fronde grandissante, Gianni Infantino demeure déterminé.
Le président de la FIFA estime que ses opposants défendent essentiellement les intérêts des grandes puissances historiques du football, alors que son projet vise avant tout à renforcer les petites fédérations, notamment en Afrique, en Asie, en Océanie et dans les Caraïbes.
Selon ses proches, l’objectif est de redistribuer davantage de ressources vers les pays en développement afin de réduire les inégalités économiques entre les différentes associations nationales.

Infantino rappelle que l’ouverture du capital ne concernerait que les activités commerciales et non la gouvernance sportive de la FIFA.
Les fédérations membres disposent désormais jusqu’au 19 septembre pour se prononcer sur cette réforme qui pourrait profondément transformer le modèle économique du football mondial.

Un vote qui pourrait redessiner l’avenir de la FIFA

Rarement un projet aura autant divisé la gouvernance internationale du football.
Pour ses partisans, cette réforme représente une opportunité historique de générer plusieurs milliards de dollars supplémentaires au profit du développement du football mondial.
Pour ses détracteurs, elle constitue au contraire le début d’une financiarisation irréversible des compétitions internationales, avec le risque de voir les investisseurs privés influencer progressivement les choix stratégiques de la FIFA.

Le vote attendu des 211 fédérations membres s’annonce donc comme l’un des plus importants de l’ère Gianni Infantino. Son issue déterminera non seulement l’avenir économique de la FIFA, mais pourrait également redessiner durablement les rapports de force entre Zurich et les grandes confédérations continentales, au premier rang desquelles l’UEFA.

Thom Biakpa

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