France: Les prix des carburants flambent, le gouvernement Lecornu cherche la parade, l’Elysée redoute le retour des «Gilets jaunes »
Le prix des carburants atteint des niveaux historiques en France. Le gazole a franchi dimanche 20 septembre le seuil de 2,40 euros le litre en moyenne, tandis que l’essence poursuit elle aussi sa progression. Face à cette flambée, le gouvernement de Sébastien Lecornu tente de contenir la pression sur les ménages et d’éviter une nouvelle poussée de colère sociale.

L’Elysée craint un nouveau mouvement des » Gilets jaunes » suite à la récente augmentation des prix des carburants/ RTL
Format Pavé
300 x 250 px
La hausse des prix à la pompe s’installe durablement dans le quotidien des Français. Dimanche 20 septembre, le prix moyen du gazole a atteint 2,4097 euros le litre, un nouveau record historique, selon une analyse de l’AFP réalisée à partir des données publiques du ministère de l’Économie et couvrant plus de 8 700 stations-service. Dans le même temps, le SP95-E10, carburant le plus vendu en France, dépassait 2,17 euros le litre, tandis que le SP98 atteignait environ 2,28 euros.
Cette nouvelle flambée intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Le conflit au Moyen-Orient et les perturbations liées au détroit d’Ormuz pèsent fortement sur les marchés pétroliers et sur les approvisionnements mondiaux.
Le gouvernement français explique ainsi que la progression actuelle des prix est principalement liée à la situation internationale et aux tensions sur le pétrole et le raffinage.
Une pression croissante sur les automobilistes

Pour les millions de Français qui utilisent quotidiennement leur voiture pour se rendre au travail, accompagner leurs enfants ou effectuer leurs déplacements professionnels, cette hausse représente une charge supplémentaire importante.
La situation est particulièrement sensible dans les territoires où les alternatives à l’automobile sont limitées. C’est précisément pour cette raison que l’exécutif cherche à cibler les dispositifs d’aide sur les personnes et les secteurs les plus exposés à la hausse du prix des carburants.
Le gouvernement avait déjà prolongé certaines aides destinées aux secteurs économiques les plus touchés, notamment les agriculteurs. Le dispositif prévoit notamment une aide à la pompe de 15 centimes par litre pour ces derniers en septembre et octobre.
Le dispositif destiné aux « grands rouleurs », c’est-à-dire aux personnes dépendantes de leur véhicule pour travailler, constitue également l’un des principaux leviers envisagés par l’exécutif.
Deux réunions à Matignon pour tenter de contenir la crise
Face à l’accélération de la hausse, le Premier ministre Sébastien Lecornu a programmé deux réunions à Matignon ce lundi 21 septembre.
La première est consacrée à la situation des approvisionnements en pétrole et en gaz. La seconde porte sur les mesures susceptibles d’accompagner les Français confrontés à l’envolée des prix à la pompe.
Le gouvernement veut toutefois éviter de donner le sentiment qu’une pénurie de carburant menace immédiatement le pays. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a assuré que la France disposait actuellement de stocks stratégiques suffisants. Selon lui, aucune difficulté majeure d’approvisionnement n’est à craindre dans les prochaines semaines, même si l’évolution de la crise internationale reste déterminante.
La situation dans les stations-service demeure néanmoins surveillée. Selon les chiffres communiqués lundi matin par Roland Lescure, environ 17 % des stations françaises étaient privées d’au moins un carburant.
Le ministre a précisé qu’une grande partie de ces difficultés concernait des stations TotalEnergies, où les prix sont plafonnés et où la demande est donc particulièrement forte.
Le gouvernement écarte, pour l’heure, une baisse générale des taxes

Face à la hausse des prix, plusieurs solutions sont évoquées dans le débat public, notamment une diminution de la fiscalité sur les carburants ou un plafonnement des prix.
Mais le gouvernement privilégie pour l’instant des aides ciblées plutôt qu’une baisse générale des taxes. Cette dernière représenterait un coût important pour les finances publiques, alors que l’exécutif est déjà confronté à de fortes contraintes budgétaires.
L’exemple de la ristourne appliquée en 2022 reste également présent dans le débat. Le gouvernement avait alors consacré plusieurs milliards d’euros à un dispositif de soutien aux automobilistes, sans empêcher durablement les prix du pétrole de progresser.
L’exécutif cherche donc un équilibre délicat : protéger le pouvoir d’achat des ménages les plus exposés sans engager une mesure générale dont le coût budgétaire pourrait être considérable.
La crainte d’un nouveau mouvement de contestation
Au-delà de la question économique, la hausse des carburants possède une dimension sociale et politique particulièrement sensible en France.
La référence aux « gilets jaunes » revient ainsi dans les commentaires sur la situation actuelle. Le mouvement de 2018-2019 était notamment né d’une contestation contre la hausse de la fiscalité sur les carburants avant de s’élargir à des revendications plus générales sur le pouvoir d’achat et les inégalités territoriales.
La situation actuelle présente toutefois une différence majeure en ce sens que la flambée des prix observée en 2026 intervient principalement dans le contexte d’une crise géopolitique internationale et de tensions sur les marchés pétroliers, plutôt que d’une nouvelle hausse de la fiscalité sur les carburants.
La comparaison avec les « gilets jaunes » traduit donc surtout la sensibilité politique du sujet et la volonté du gouvernement d’éviter qu’une hausse prolongée du coût des déplacements ne se transforme en mouvement social plus large.
Une marge de manœuvre étroite
Pour Sébastien Lecornu, l’équation est particulièrement complexe. Le gouvernement doit répondre rapidement à une hausse qui touche directement le portefeuille des Français, tout en sachant qu’une partie essentielle du problème échappe à son contrôle.
Les prix du pétrole dépendent en effet largement de facteurs internationaux liés à a l’évolution du conflit au Moyen-Orient, la circulation maritime, le niveau des stocks mondiaux, les capacités de raffinage et l’évolution de la demande.
À court terme, l’exécutif semble donc privilégier une combinaison de mesures à savoir, le maintien ou l’extension des aides ciblées, la surveillance des approvisionnements et la recherche de solutions pour les Français qui dépendent fortement de leur voiture.
Le gouvernement avait d’ailleurs déjà annoncé la prolongation des aides destinées aux secteurs économiques les plus touchés par la crise énergétique, avec l’objectif de préserver l’activité, l’emploi et la croissance.
Une crise qui dépasse la seule question du prix à la pompe

La flambée actuelle des carburants constitue finalement un double défi pour le gouvernement français. Il s’agit d’abord d’un problème de pouvoir d’achat, avec des conséquences directes pour les ménages et les entreprises.
Mais c’est également un enjeu de cohésion sociale, dans un pays où la dépendance à l’automobile reste forte dans de nombreux territoires.
Avec un gazole à plus de 2,40 euros le litre et une essence elle aussi à des niveaux historiquement élevés, la pression sur l’exécutif ne devrait donc pas retomber rapidement.
Les réunions organisées à Matignon ce lundi doivent permettre de préciser les prochaines mesures. Le gouvernement devra surtout convaincre que son dispositif est capable de protéger les Français les plus exposés sans aggraver davantage les contraintes pesant sur les finances publiques.
