Gabon : Ali Bongo Ondimba passe à l’offensive pour récupérer ses comptes bancaires gelés, une affaire qui ravive les tensions de l’après-coup d’État
Privé de l’accès à ses comptes domiciliés à BGFIBank Gabon depuis le coup d’État du 30 août 2023, l’ancien président gabonais entend désormais obtenir leur déblocage par la voie judiciaire et auprès des instances de régulation bancaire. Après plusieurs tentatives de règlement à l’amiable restées infructueuses, le dossier prend une nouvelle dimension et ravive les interrogations sur les rapports entre justice, pouvoir politique et contrôle des avoirs de l’ancienne famille présidentielle.

Au Gabon, un soupçon de règlement de compte politique plane sur le maintien du gel des comptes d’Ali Bongo Ondimba par BGFI BanK Gabon / Capture Facebook
Format Pavé
300 x 250 px
Le bras de fer autour des avoirs bancaires d’Ali Bongo Ondimba entre dans une nouvelle phase. Depuis sa chute du pouvoir, consécutive au coup d’État militaire du 30 août 2023, l’ancien chef de l’État gabonais affirme ne plus avoir accès à ses comptes ouverts auprès de BGFIBank Gabon. Près de trois ans après les événements qui ont bouleversé la vie politique du pays, la question de la disponibilité de ses fonds demeure au cœur d’un différend qui oppose l’ancien président à l’établissement bancaire.
Selon les informations rapportées par la presse gabonaise, plusieurs réunions se sont tenues les 1er et 4 septembre au palais du bord de mer, à Libreville, dans l’espoir de trouver une issue au dossier relatif à la mise sous séquestre des comptes d’Ali Bongo Ondimba. Ces concertations n’auraient toutefois pas permis de parvenir à un compromis.
Face à cette impasse, l’ancien président a décidé de durcir sa stratégie. Il entend désormais multiplier les démarches judiciaires et réglementaires pour obtenir des explications sur le gel de ses avoirs et, à terme, en récupérer la disposition.
Un blocage bancaire qui remonte au coup d’État de 2023
Le différend trouve son origine dans les événements du 30 août 2023, lorsque des militaires ont renversé Ali Bongo Ondimba, quelques instants après l’annonce de sa réélection contestée à la tête du Gabon.
Cette rupture politique a entraîné une profonde recomposition des institutions et l’ouverture de plusieurs procédures visant des membres de l’ancienne famille présidentielle.
Dans ce contexte, les avoirs bancaires et le patrimoine de la famille Bongo sont progressivement devenus des enjeux sensibles. Le gel des comptes attribués à Ali Bongo Ondimba s’inscrit dans cet environnement marqué par les enquêtes financières, les poursuites judiciaires et les mesures prises à l’encontre de plusieurs personnalités de l’ancien régime.
Mais, pour l’ancien président, la question dépasse désormais le seul cadre de la transition politique. Elle concerne également ses droits en tant que titulaire de comptes bancaires et la possibilité d’obtenir des informations précises sur les mesures qui empêchent l’accès à ses fonds.
Le média gabonais GabonReview a rapporté que l’ancien chef de l’État avait engagé plusieurs démarches pour contraindre la banque à justifier le maintien du blocage. Selon cette publication, le 8 juin 2026, Ali Bongo Ondimba aurait adressé une mise en demeure à BGFIBank Gabon afin d’obtenir ses relevés bancaires et des explications sur la situation de ses avoirs.
La réponse de l’établissement, datée du 17 juin, aurait fait état d’une ordonnance émanant d’un juge d’instruction spécialisé à Libreville, ordonnant la mise sous séquestre des comptes concernés.
Cette justification constitue le point central du désaccord. Tandis que la banque invoquerait une décision judiciaire pour expliquer son refus de débloquer les fonds, l’entourage de l’ancien président conteste les conditions dans lesquelles cette mesure lui aurait été opposée.
BGFIBank invoque une ordonnance judiciaire

Dans cette affaire, la position attribuée à BGFIBank Gabon repose sur l’existence d’une décision de justice. En d’autres termes, l’établissement ne présenterait pas le blocage comme une mesure prise de sa seule initiative, mais comme l’exécution d’une ordonnance émanant de l’autorité judiciaire.
Cette distinction est essentielle.
Lorsqu’un établissement bancaire est confronté à une mesure judiciaire de séquestre, il doit en principe se conformer aux prescriptions de la décision applicable, dans les limites de sa portée et de sa durée.
Toutefois, l’existence d’une ordonnance ne met pas nécessairement fin au débat. Encore faut-il que les personnes concernées puissent en connaître le contenu, comprendre les motifs de la mesure et, lorsque les règles de procédure le permettent, exercer les voies de recours appropriées.
C’est précisément sur ce terrain que l’entourage d’Ali Bongo Ondimba entend faire porter la contestation. Selon GabonReview, ses représentants soulignent que l’ordonnance invoquée par la banque ne lui aurait pas été officiellement signifiée.
Cette affirmation, si elle est confirmée par les pièces de la procédure, pourrait alimenter le débat sur les conditions dans lesquelles le gel des comptes a été décidé et maintenu. Elle ne suffit cependant pas, à elle seule, à établir l’irrégularité de la mesure : cette appréciation dépendra notamment du contenu de l’ordonnance, des règles applicables et des décisions que rendront les juridictions saisies.
Pour l’heure, le différend oppose donc deux exigences : d’une part, le respect par la banque d’une décision judiciaire qu’elle affirme devoir appliquer ; d’autre part, la demande de l’ancien président de pouvoir accéder aux éléments juridiques justifiant la restriction imposée à ses comptes.
La voie judiciaire pour obtenir des explications et la levée du séquestre
Après les démarches entreprises auprès de la banque, Ali Bongo Ondimba aurait décidé de porter directement le dossier devant les juridictions gabonaises.
Toujours selon GabonReview, son avocat, Me Francis Nkéa Ndzigue, a saisi le tribunal de première instance de Libreville le 22 juin 2026 afin d’obtenir une copie intégrale de l’ordonnance ayant conduit à la mise sous séquestre des comptes.
Une procédure en référé aurait également été engagée dans le but d’obtenir la levée du blocage et la restitution des fonds.
Le choix de cette voie procédurale traduit une volonté de faire examiner le différend dans un cadre judiciaire, plutôt que de prolonger des échanges avec l’établissement bancaire. Il s’agit notamment de clarifier la base juridique du gel, d’en vérifier la portée et de déterminer les conditions auxquelles les avoirs pourraient éventuellement être libérés.
La procédure en référé peut permettre d’obtenir rapidement certaines mesures provisoires lorsque les conditions légales sont réunies. Elle ne garantit toutefois pas automatiquement le déblocage des comptes, particulièrement lorsque la demande se heurte à une ordonnance judiciaire dont les effets doivent être examinés.
L’issue du dossier dépendra donc de plusieurs éléments : la teneur exacte de la décision initiale, les arguments développés par les parties et l’appréciation des magistrats compétents.
À ce stade, aucune décision définitive ordonnant la restitution des fonds ne peut être tenue pour acquise sur la seule base des informations publiées.
La Cosumaf et la Cobac sollicitées

L’offensive d’Ali Bongo Ondimba ne se limiterait pas aux juridictions nationales. D’après GabonReview, l’ancien président a également sollicité la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), l’organe chargé de la supervision bancaire dans la sous-région.
Il aurait, en outre, saisi la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) pour tenter d’obtenir une intervention sur ce dossier.
Ces démarches élargissent le différend au-delà de la relation entre un client et sa banque. Elles posent la question du rôle des organismes de contrôle lorsqu’un établissement financier invoque une décision judiciaire pour justifier le maintien d’une restriction sur des comptes.
Il convient néanmoins de distinguer les compétences de ces différentes institutions. La Cobac exerce des fonctions de supervision bancaire dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, tandis que la Cosumaf intervient dans le domaine du marché financier régional. Leur intervention éventuelle dépendra donc de leurs attributions respectives et de la nature précise des griefs présentés.
L’ancien président envisagerait également, selon la même publication, de solliciter l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) en France, compte tenu de la présence du groupe BGFIBank sur le marché français.
Cette perspective reste à distinguer d’une saisine effectivement engagée. Elle témoigne toutefois de la volonté attribuée à ses conseils d’examiner les recours possibles au-delà du seul cadre judiciaire gabonais.
Un dossier qui dépasse la seule question bancaire
L’affaire des comptes gelés d’Ali Bongo Ondimba ne peut être dissociée du contexte politique et judiciaire dans lequel elle s’inscrit.
Depuis le renversement de l’ancien président, les autorités gabonaises ont engagé des procédures visant plusieurs membres de sa famille et d’anciens responsables du régime. Sylvia Bongo Ondimba, son épouse, et leur fils
Noureddin Bongo Valentin ont notamment été poursuivis dans des affaires portant sur des accusations de détournement de fonds publics, de blanchiment et d’autres infractions financières.
En avril 2025, Le Monde rappelait que l’enquête française sur les biens acquis en France par la famille Bongo avait atteint une étape importante avec la clôture des investigations. Cette procédure, ouverte de longue date, concerne notamment les conditions d’acquisition de biens patrimoniaux et les soupçons financiers associés à certaines opérations.
Ces différents dossiers ne doivent toutefois pas être confondus. Les procédures relatives au patrimoine de la famille Bongo en France ne déterminent pas, à elles seules, le statut juridique des comptes d’Ali Bongo Ondimba auprès de BGFIBank Gabon. Chaque affaire obéit à ses propres règles, porte sur des faits spécifiques et relève des autorités compétentes.
Le contexte général contribue néanmoins à rendre particulièrement sensible toute question relative aux avoirs de l’ancien chef de l’État. Le gel de ses comptes intervient dans une période où le contrôle du patrimoine de l’ancienne élite dirigeante demeure un sujet majeur du débat public gabonais.
Pour les autorités, les mesures de contrôle financier peuvent s’inscrire dans une démarche de lutte contre les infractions économiques et financières, à condition d’être fondées sur des bases légales et mises en œuvre dans le respect des procédures applicables.
Pour l’ancien président et ses représentants, l’enjeu consiste à obtenir des explications sur la restriction qui frappe ses comptes et à faire valoir les droits qu’il estime détenir sur ses avoirs.
Un soupçon de règlement de comptes politique, mais des preuves encore nécessaires
Dans l’entourage d’Ali Bongo Ondimba, le maintien du gel des comptes est présenté comme une mesure susceptible de s’inscrire dans un règlement de comptes politique. Cette lecture repose notamment sur la chronologie des événements : le blocage est intervenu après le coup d’État qui a mis fin à son pouvoir, dans un contexte de fortes tensions entre l’ancien régime et les nouvelles autorités.
Mais la proximité temporelle entre le changement de pouvoir et le gel des avoirs ne suffit pas, en elle-même, à démontrer l’existence d’une motivation politique.
Pour établir une telle hypothèse, il faudrait notamment examiner les motifs exposés dans l’ordonnance judiciaire, les éléments ayant conduit à son adoption, son champ d’application et les conditions de son maintien.
Inversement, l’existence d’une décision de justice invoquée par la banque ne dispense pas de vérifier que la mesure est appliquée conformément au droit et que les personnes concernées disposent des garanties procédurales prévues par les textes.
La distinction est fondamentale : le caractère politiquement sensible d’une affaire ne permet pas de conclure automatiquement à une instrumentalisation de la justice, pas plus qu’une référence à une ordonnance judiciaire ne suffit à écarter toute contestation.
À ce stade, les informations publiées permettent surtout de constater que le différend demeure ouvert et que les positions des parties restent opposées.
BGFIBank au centre d’un dossier délicat
Pour BGFIBank Gabon, l’affaire présente un enjeu particulier. L’établissement se retrouve au cœur d’un contentieux impliquant un ancien chef de l’État, dans un environnement où les questions de conformité réglementaire, de sécurité juridique et d’indépendance des procédures sont particulièrement sensibles.
La banque doit, selon le cadre juridique applicable, respecter les décisions judiciaires qui lui sont opposables. Elle doit également pouvoir justifier les mesures qu’elle applique dans les conditions prévues par la réglementation bancaire et les règles relatives aux relations avec sa clientèle.
Le principal enjeu consiste donc à déterminer si le maintien du séquestre repose toujours sur une décision applicable et quelles conséquences doivent en être tirées.
Une clarification judiciaire pourrait permettre de préciser les obligations de l’établissement, les droits du titulaire des comptes et les éventuelles conditions d’une restitution des fonds.
Sollicités par Jeune Afrique au sujet de ce dossier, le ministère gabonais de la Justice et BGFIBank n’auraient pas souhaité commenter l’affaire, selon GabonReview. En l’absence de prise de position publique détaillée de la banque dans les informations consultées, il convient de s’en tenir à la justification de nature judiciaire qui lui est attribuée par la presse.
Une bataille dont l’issue reste incertaine
La nouvelle offensive d’Ali Bongo Ondimba marque une étape supplémentaire dans le contentieux relatif à ses avoirs bancaires. Après les démarches amiables, les demandes d’explications et les premières initiatives judiciaires, l’ancien président cherche désormais à mobiliser plusieurs voies de recours afin d’obtenir une clarification de sa situation.
L’objectif immédiat est d’accéder à l’ordonnance à l’origine du séquestre et de faire examiner la légalité du maintien du blocage. L’objectif final, pour ses représentants, est de récupérer la disposition de fonds auxquels il affirme ne plus avoir accès depuis août 2023.
Mais l’issue de cette bataille dépendra des décisions des juridictions compétentes et, le cas échéant, des suites données aux démarches engagées auprès des organismes de régulation.
Au-delà du sort personnel de l’ancien président, cette affaire pose une question de principe : comment concilier l’exécution des décisions judiciaires, la protection des avoirs éventuellement concernés par des enquêtes et le respect des droits des titulaires de comptes bancaires ?
Au Gabon, où la transition politique a profondément rebattu les cartes du pouvoir, la réponse apportée à ce dossier sera observée autant pour ses conséquences financières que pour sa portée institutionnelle. Elle pourrait contribuer à préciser les limites entre les impératifs de la justice, les obligations des établissements bancaires et les garanties dont doivent bénéficier les personnes visées par des mesures de gel ou de séquestre.
En attendant, une certitude demeure : le différend entre Ali Bongo Ondimba et BGFIBank Gabon n’est pas clos. La bataille se poursuit désormais sur le terrain du droit, où les pièces du dossier et les décisions des autorités compétentes devront départager les positions en présence.
