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Gambie : 2,5 millions de dollars récupérés sur les biens de Yahya Jammeh pour indemniser les victimes de son régime

La Gambie a récupéré 2,5 millions de dollars issus de la vente d’un bien immobilier de l’ancien président Yahya Jammeh aux États-Unis. Ces fonds sont destinés à indemniser les victimes des violations des droits humains commises sous son régime, alors que les besoins en réparations restent estimés entre 3,7 et 4 millions de dollars.

Par Thomas Biakpa
Publié le 21 octobre 2026
Lecture : 5 min
Gambie : 2,5 millions de dollars récupérés sur les biens de Yahya Jammeh pour indemniser les victimes de son régime

L’ex-président gambien, Yahya Jammey/ AFP

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Les autorités de Banjul ont reçu 2,5 millions de dollars issus de la vente d’un bien immobilier appartenant à l’ex-président Yahya Jammeh aux États-Unis. Cette somme, désormais placée sur un compte spécialement affecté aux réparations, doit contribuer à indemniser les personnes ayant subi des abus et des violations des droits humains durant les 22 années de pouvoir de l’ancien dirigeant.

Cette restitution représente une avancée concrète dans les efforts engagés par la Gambie pour réparer les préjudices causés sous le régime de Yahya Jammeh, même si les ressources disponibles restent insuffisantes pour couvrir l’ensemble des indemnisations envisagées.

Des avoirs récupérés aux États-Unis au profit des victimes

La Commission nationale des réparations a annoncé avoir reçu les fonds provenant de la cession d’une propriété de Yahya Jammeh située à Potomac, dans la région de Washington. Le bien avait été saisi dans le cadre des procédures engagées par les autorités américaines contre des actifs liés à l’ancien président gambien.

Les 2,5 millions de dollars, représentant environ 2,2 millions d’euros, ont été transférés sur un compte dédié aux réparations auprès de la Banque centrale de Gambie. Leur utilisation est strictement encadrée : ils doivent servir à indemniser les victimes reconnues comme éligibles au dispositif national de réparation.

La commission a également assuré que la gestion de ces ressources ferait l’objet d’une attention particulière, avec pour objectif de garantir la transparence dans leur attribution. L’enjeu est de faire en sorte que l’argent récupéré bénéficie effectivement aux personnes lésées, plutôt que de rester une simple opération financière sans retombées concrètes pour les victimes.

Vingt-deux années de pouvoir marquées par de graves violations des droits humains

Arrivé au pouvoir en 1994 à la suite d’un coup d’État militaire, Yahya Jammeh a dirigé la Gambie jusqu’en janvier 2017. Son départ est intervenu après sa défaite face à Adama Barrow lors de l’élection présidentielle de décembre 2016 et une crise politique qui a finalement conduit à son exil en Guinée équatoriale.
Durant cette longue période, son administration a été associée à de nombreuses violations des droits fondamentaux.

Les travaux de la Commission vérité, réconciliation et réparations ont notamment mis en lumière des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des actes de torture, des violences sexuelles et des détentions arbitraires.

Ces investigations ont permis de recueillir des témoignages et de documenter les souffrances endurées par de nombreuses victimes ainsi que par leurs familles. Au-delà de l’établissement des faits, elles ont également posé les bases d’un processus national visant à reconnaître les préjudices subis et à apporter des réponses aux personnes affectées.

En 2022, le gouvernement gambien a approuvé les recommandations formulées par cette commission, ouvrant ainsi la voie à la mise en œuvre de mesures de réparation. Toutefois, leur application nécessite des moyens financiers considérables, dans un contexte où les ressources récupérées sur les biens de l’ancien président ne couvrent qu’une partie des besoins.

Des indemnisations encore loin d’être entièrement financées

Selon les estimations disponibles, entre 3,7 et 4 millions de dollars seraient nécessaires pour indemniser les victimes identifiées dans le cadre du processus de réparation. Avec les 2,5 millions de dollars récemment restitués, une part importante de cette enveloppe pourrait être mobilisée, mais un financement complémentaire demeure indispensable pour atteindre le montant total estimé.

La récupération de ces fonds constitue donc une étape importante, sans pour autant régler définitivement la question des compensations. La poursuite des démarches visant à identifier, saisir et restituer d’autres avoirs potentiellement liés à l’ancien chef de l’État pourrait contribuer à combler le déficit financier.

Pour les victimes, l’enjeu dépasse cependant la seule question de l’argent. Les indemnisations représentent aussi une forme de reconnaissance officielle des violences subies et de leurs conséquences durables sur les individus, les familles et les communautés.

La réussite du programme dépendra ainsi de la capacité des autorités à distribuer les fonds selon des critères clairs, à respecter les engagements pris et à maintenir la confiance des bénéficiaires dans le processus.

Un héritage politique qui continue de peser sur la Gambie

Malgré son départ du pouvoir il y a près de dix ans, Yahya Jammeh demeure une figure controversée de la vie politique gambienne. Installé en Guinée équatoriale depuis janvier 2017, l’ancien président conserve des partisans dans son pays, ce qui contribue à entretenir les tensions autour de son héritage politique et des démarches entreprises pour récupérer ses avoirs.

La question de la restitution des biens soupçonnés d’avoir été acquis grâce à des fonds détournés reste ainsi un sujet sensible pour les autorités. Le gouvernement d’Adama Barrow est notamment confronté aux attentes des organisations de la société civile, qui réclament des avancées tangibles dans la récupération des ressources et la réparation des préjudices causés sous l’ancien régime.

Début octobre, le mouvement de jeunesse Gambians Against Looted Assets a appelé les autorités à réagir à un rapport portant sur la vente et la restitution des biens concernés. Cette mobilisation illustre les pressions exercées sur les responsables publics pour que les procédures engagées aboutissent à des résultats concrets.

Dans ce contexte, la gestion des 2,5 millions de dollars récemment rapatriés sera particulièrement suivie. La transparence dans l’utilisation des fonds et l’effectivité des indemnisations constitueront des indicateurs importants de la volonté des autorités de faire avancer le processus de réparation.