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Guinée-Bissau : Le général Horta N’Tam aux militaires proches d’Embaló : « C’est le moment de rendre les armes »

Le message du général Horta N’Tam ne laisse guère de place à l’ambiguïté. Devant des responsables militaires réunis à Bissau, le chef de la junte a demandé aux éléments de la garde présidentielle considérés comme proches de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló de remettre leurs armes. « C’est le moment de rendre les armes »,...

Par Thomas Biakpa
Publié le 8 octobre 2026
Lecture : 5 min
Guinée-Bissau : Le général Horta N’Tam aux militaires proches d’Embaló : « C’est le moment de rendre les armes »

Le Chef de la transition bissau-guinéenne déterminé à neutraliser les différentes poches de résistance au sein de l’armée/ AFP

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Le message du général Horta N’Tam ne laisse guère de place à l’ambiguïté. Devant des responsables militaires réunis à Bissau, le chef de la junte a demandé aux éléments de la garde présidentielle considérés comme proches de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló de remettre leurs armes.

« C’est le moment de rendre les armes », a-t-il lancé, appelant ceux qui détiendraient encore du matériel militaire à leur domicile à le restituer rapidement et volontairement. Le chef de la transition a également prévenu que ceux qui refuseraient d’obéir s’exposeraient à des sanctions.

Cette déclaration traduit surtout la volonté du pouvoir militaire de reprendre totalement le contrôle de la chaîne de commandement et d’éviter l’existence, au sein des forces armées, de poches de loyauté susceptibles de contester l’autorité de la junte.

Une garde présidentielle au cœur des tensions

La garde présidentielle constitue depuis plusieurs mois un élément particulièrement sensible du dispositif sécuritaire bissau-guinéen. Sous la présidence d’Embaló, cette unité avait été renforcée et était considérée comme l’une des composantes les mieux entraînées et les mieux équipées des forces armées.

Après le renversement d’Embaló, le 26 novembre 2025, les nouvelles autorités ont progressivement cherché à neutraliser les éléments de cette garde jugés trop proches de l’ancien chef de l’État.

Selon les informations rapportées à Bissau, plusieurs militaires appartenant à cette structure ont déjà été désarmés et placés sous le contrôle de l’état-major. Le général N’Tam affirme toutefois qu’il ne s’agit pas d’une exclusion des forces armées, mais d’une opération destinée à réorganiser une structure qu’il jugeait insuffisamment encadrée.

Une commission aurait par ailleurs été chargée de récupérer l’ensemble des armes et équipements militaires attribués aux membres de cette garde dans le cadre de leurs fonctions.

Derrière cette opération de désarmement se joue donc une question essentielle. Celle de savoir qui contrôle réellement les forces armées bissau-guinéennes.

N’Tam prend ses distances avec l’ancien président

Le général Horta N’Tam appelle les militaires proches de l’ex-président Embaló Sissoko Umaro à désarmer sous peine de sanction/ AFP

La fermeté affichée par Horta N’Tam est d’autant plus significative que les relations entre le général et Umaro Sissoco Embaló n’ont pas toujours été conflictuelles.
Avant le coup d’État de novembre 2025, N’Tam occupait des fonctions importantes dans le dispositif militaire du président. Embaló l’avait notamment nommé chef d’état-major particulier en 2023 avant de le placer à la tête de l’armée de terre. Ces liens avaient alimenté les interrogations sur les véritables motivations du changement de pouvoir intervenu en novembre dernier.

Le général semble désormais vouloir démontrer qu’il est maître de son propre agenda politique et militaire.
Cette évolution est particulièrement importante alors qu’Umaro Sissoco Embaló, désormais en exil, continue d’afficher ses ambitions politiques. L’ancien président avait annoncé son intention de revenir en Guinée-Bissau et de se présenter à la présidentielle prévue en décembre. Mais la junte a finalement estimé que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies pour autoriser son retour.

Le pouvoir de transition a ainsi clairement signalé qu’il ne comptait pas laisser l’ancien président revenir sur la scène politique sans conditions.

Une transition encore fragile

Le désarmement des militaires considérés comme proches d’Embaló intervient alors que la Guinée-Bissau demeure plongée dans une transition politique particulièrement délicate.

Le pays est dirigé par les militaires depuis le 26 novembre 2025, date à laquelle le processus électoral avait été interrompu après le renversement du président sortant. Les autorités de transition affirment vouloir organiser de nouvelles élections et permettre, à terme, un retour du pouvoir aux civils.
Le scrutin présidentiel et législatif est annoncé pour le 6 décembre. Mais les incertitudes restent nombreuses.

À Bissau, certains observateurs s’interrogent déjà sur la capacité des autorités à respecter ce calendrier. Un diplomate cité dans les informations rapportées sur la situation estime même qu’un report du scrutin demeure possible.

Cette perspective nourrit les inquiétudes dans un pays qui a connu de nombreux épisodes d’instabilité politique et militaire depuis son indépendance du Portugal.

Le spectre d’une nouvelle confrontation militaire

L’appel du général N’Tam à rendre les armes doit également être interprété à la lumière de l’histoire récente de la Guinée-Bissau. Le pays a longtemps été marqué par des rivalités entre factions politiques et militaires.

Les forces armées y ont joué un rôle central dans la vie politique, avec plusieurs coups d’État et tentatives de renversement du pouvoir depuis l’indépendance.
Dans ce contexte, la présence d’une unité militaire dont certains membres demeurent attachés à l’ancien président représente nécessairement un risque pour la stabilité de la transition.

Le choix de N’Tam est donc clair : réduire au maximum les possibilités de résistance interne avant l’échéance électorale annoncée.

Mais cette stratégie comporte également un risque. Une opération de désarmement mal maîtrisée pourrait provoquer de nouvelles tensions au sein de l’armée et réveiller les fractures qui traversent depuis longtemps l’appareil sécuritaire bissau-guinéen.

Une bataille pour le contrôle de l’après-Embaló

Au-delà de la question strictement militaire, l’épisode révèle surtout une lutte pour le contrôle de l’après-Embaló.
L’ancien président, qui avait quitté la Guinée-Bissau après son renversement, n’a pas renoncé à ses ambitions politiques. La perspective de son retour et de sa candidature à la présidentielle constitue ainsi un facteur supplémentaire d’incertitude pour la junte.

En face, Horta N’Tam cherche à consolider son autorité, à restructurer les forces armées et à s’imposer comme l’homme incontournable de la transition.
Son appel aux militaires proches d’Embaló apparaît dès lors comme un message à double portée : aux soldats, il rappelle que l’obéissance à la hiérarchie militaire est désormais non négociable ; à l’ancien président, il signifie que les relais dont il pouvait disposer au sein de l’appareil sécuritaire sont progressivement neutralisés.

La question est désormais de savoir si cette reprise en main permettra à la Guinée-Bissau de parvenir sans heurts à l’échéance électorale de décembre ou si elle ouvrira une nouvelle période de confrontation.