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Guinée : Conakry tourne la page de l’exportation de l’or brut avec l’inauguration de Nimba Gold Refinery

Dans l’optique de la valorisation de ses ressources minières, la Guinée a inauguré dimanche 1er novembre, sa première raffinerie d’or à Conakry. À travers cette infrastructure, les autorités ambitionnent de renforcer la transformation locale, de mieux contrôler la production aurifère et de préserver davantage de valeur ajoutée au sein de l’économie nationale.

Par Thomas Biakpa
Publié le 2 novembre 2026
Lecture : 4 min
Guinée : Conakry tourne la page de l’exportation de l’or brut avec l’inauguration de Nimba Gold Refinery

Le président Mamadi Doumbouya visitant les installations de Nimba Gold Refinery / Guinée jet

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La Guinée amorce un nouveau tournant dans sa politique de gestion des ressources minières. Le pays vient en effet, de franchir une étape importante avec la mise en service de sa toute première raffinerie d’or, baptisée Nimba Gold Refinery (NGR), à Conakry. Cette infrastructure marque la volonté des autorités de rompre progressivement avec un modèle essentiellement fondé sur l’exportation des matières premières sans transformation préalable.

L’inauguration officielle, organisée dimanche, intervient dans un contexte de réorientation de la politique minière nationale. En juin dernier, le président de la transition, Mamadi Doumbouya, avait déjà annoncé une mesure majeure : mettre fin aux exportations d’or à l’état brut et imposer le traitement du métal précieux sur le territoire guinéen.

À travers cette décision, le gouvernement entend faire de la transformation locale un levier de développement économique, tout en permettant au pays de tirer davantage profit de ses importantes réserves aurifères.

Lors de la cérémonie d’inauguration, le ministre des Mines, Bouna Sylla, a insisté sur la nécessité de changer de modèle. Pendant de nombreuses années, a-t-il rappelé, la Guinée s’est contentée d’extraire son or avant de l’expédier à l’étranger, laissant à d’autres acteurs une partie substantielle des revenus liés à sa transformation et à sa commercialisation.

Un potentiel aurifère encore largement sous-exploité

Les chiffres de la production nationale illustrent l’importance de l’enjeu. La Guinée aurait extrait près de 70 tonnes d’or au cours de l’année dernière. Sur ce volume, environ 20 tonnes proviendraient des exploitations industrielles et semi-industrielles, contre 50 tonnes issues de l’activité artisanale.

Cette prédominance de l’exploitation artisanale constitue toutefois un défi majeur pour les autorités. Une partie considérable de cette production échappe encore aux circuits officiels, compliquant aussi bien son suivi que sa commercialisation dans le respect de la réglementation nationale.

Le gouvernement affiche néanmoins une ambition précise, celle de parvenir à traiter localement près de 30 % de l’or produit dans le pays. Un objectif qui suppose non seulement le développement des capacités industrielles, mais également une meilleure organisation de la filière artisanale.

Pour Oumar Totiya Barry, directeur de l’Observatoire guinéen des mines et des métaux, la traçabilité de l’or demeure une problématique centrale. Selon lui, une partie du métal extrait artisanalement quitte les circuits nationaux et emprunte notamment des itinéraires passant par des pays voisins, dont le Mali, avant d’être exportée vers d’autres destinations.

La transformation locale au cœur des ambitions minières

La mise en service de Nimba Gold Refinery est une réalité en Guinée depuis le 1er novembre 2026 /capture Facebook

Au-delà de la seule mise en place d’une infrastructure industrielle, l’ouverture de Nimba Gold Refinery traduit une ambition économique plus large : conserver une part plus importante de la richesse minière sur le territoire national.

La Guinée entend ainsi s’inscrire dans une dynamique qui gagne progressivement plusieurs pays africains, notamment en Afrique de l’Ouest. Le Burkina Faso a également franchi un pas dans cette direction avec l’inauguration de sa première raffinerie d’or en septembre.

Cette orientation répond à une préoccupation commune aux pays producteurs. C’est à dire, ne plus se limiter à l’extraction et à l’exportation des ressources naturelles, mais développer sur place les activités de transformation, afin de créer davantage de valeur ajoutée.

Pour la Guinée, les perspectives sont d’autant plus importantes que son sous-sol recèle de nombreuses richesses. En plus de son potentiel aurifère, le pays figure parmi les grands producteurs mondiaux de bauxite, une matière première essentielle à la fabrication de l’aluminium. Il dispose également de réserves de fer, de diamants et d’uranium.

L’ouverture de cette première raffinerie constitue donc un signal fort dans la stratégie de valorisation des ressources nationales. Le défi consiste désormais à transformer cette ambition en résultats concrets, notamment en renforçant le contrôle de la production artisanale, en améliorant la traçabilité de l’or et en développant les capacités nationales de transformation.

L’enjeu pour Conakry sera de faire de cette nouvelle infrastructure un véritable instrument de souveraineté économique, capable de mieux connecter les richesses du sous-sol guinéen aux retombées du développement national.