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Investissements mondiaux : la CNUCED alerte sur des politiques plus sélectives, enjeu majeur pour l’Afrique

Dans une analyse publiée le 22 octobre 2026, la CNUCED souligne que les États continuent de favoriser l’investissement étranger, tout en ciblant davantage les secteurs stratégiques. Les 229 mesures recensées en 2025 éclairent une transformation de la concurrence pour attirer les capitaux, notamment dans les économies africaines.

Par la Rédaction
Publié le 23 octobre 2026
Lecture : 4 min
Investissements mondiaux : la CNUCED alerte sur des politiques plus sélectives, enjeu majeur pour l’Afrique

La Secrétaire générale de la CNUCED, Rebeca Grynspan, présente les conclusions stratégiques du rapport annuel lors d’une conférence dédiée aux perspectives économiques du continent. Entourée d’experts et de représentants institutionnels, elle détaille les mécanismes de fragmentation des investissements mondiaux et appelle à une refonte des stratégies d’attractivité territoriales.

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Les règles d’attractivité changent de nature

La compétition mondiale pour les investissements ne porte plus uniquement sur le montant des capitaux promis. Dans une analyse publiée le 22 octobre 2026, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, aujourd’hui UN Trade and Development (CNUCED), souligne que les États orientent de plus en plus leurs politiques vers des industries, des technologies et des objectifs nationaux précis. La sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la maîtrise de certaines infrastructures deviennent centrales dans les décisions publiques.

La CNUCED rappelle que 229 mesures de politique d’investissement ont été adoptées dans le monde en 2025, dont 167, soit 73 %, favorables aux investisseurs. Il ne s’agit pas de chiffres apparus pour la première fois en octobre : ils proviennent des travaux du World Investment Report 2026, déjà présentés en juillet. La nouveauté du texte d’octobre tient à l’analyse des conditions permettant de transformer l’investissement en capacités productives durables.

Incitations et contrôles progressent ensemble

Les pouvoirs publics continuent d’accorder des facilités aux investisseurs, mais leurs choix deviennent plus ciblés. Selon la CNUCED, les incitations représentaient environ la moitié des mesures favorables relevées, avec un intérêt accru pour les infrastructures numériques, les technologies de transition énergétique, l’industrie de pointe et les minerais critiques. En parallèle, les régimes de contrôle des investissements pour des motifs de sécurité se sont diffusés : 52 économies disposaient de tels dispositifs en 2025, contre 21 en 2016.

Cette évolution ne signifie pas la fermeture généralisée des frontières au capital étranger. Elle traduit une volonté de sélectionner davantage les projets en fonction de leur origine, de leurs implications technologiques ou de leur contribution industrielle. Les entreprises doivent désormais anticiper des exigences d’autorisation et des engagements locaux parfois plus précis.

Pour l’Afrique, attirer n’est plus suffisant

Mukhisa Kituyi, alors Secrétaire général de la CNUCED, s’exprime à la tribune du Forum mondial de l’investissement

Les pays africains cherchent à financer l’énergie, les transports, la transformation agricole, l’industrie, les services numériques et la formation. Dans ce contexte, l’expérience internationale plaide pour une approche qui dépasse les annonces d’investissements et les avantages fiscaux. Un projet peut gonfler les statistiques d’intentions sans créer beaucoup d’emplois, de fournisseurs locaux ou de transferts de compétences. Il faut donc examiner son contenu économique et les conditions dans lesquelles il sera réalisé.

Les gouvernements font face à un arbitrage délicat. Des règles trop imprévisibles peuvent décourager les investisseurs ; des avantages trop généreux ou mal ciblés peuvent coûter cher aux finances publiques sans développer de tissu productif solide. Une politique crédible doit donc préciser les secteurs prioritaires, la durée des incitations, les exigences de transparence et les mécanismes d’évaluation.

La qualité des projets devient un indicateur central

Le rapport souligne que les chaînes de valeur mondiales se reconfigurent sous l’effet des tensions géopolitiques et de la technologie. Les entreprises choisissent leurs implantations en tenant compte non seulement des coûts mais aussi de l’accès aux marchés, de la fiabilité des infrastructures, des compétences et des risques de rupture logistique. Pour les économies africaines, il devient essentiel de combiner stabilité réglementaire, capacités de formation, raccordements énergétiques et coopération régionale.

La Zone de libre-échange continentale africaine peut renforcer l’attrait des projets qui visent plusieurs marchés, mais son potentiel dépendra d’une mise en œuvre effective des accords et de la réduction des obstacles aux échanges. Les investissements productifs ne se décrètent pas : ils requièrent des fournisseurs, une logistique fonctionnelle et une demande suffisante.

La publication d’octobre ne doit donc pas être lue comme l’annonce de 229 nouvelles décisions prises cette semaine. Elle met plutôt en évidence un changement de méthode. À l’avenir, la performance d’une politique d’investissement devrait être appréciée en emplois créés, en valeur ajoutée locale, en résilience industrielle et en progrès technologiques, plutôt qu’en seuls montants annoncés.

Mesurer les effets au-delà du montant annoncé

Pour les gouvernements africains, la comparaison des politiques d’investissement suppose des indicateurs plus fins que le nombre de projets enregistrés. Une usine annoncée peut ne jamais démarrer ; une installation opérationnelle peut importer la plupart de ses intrants et créer peu de liens avec les fournisseurs locaux. À l’inverse, un investissement de taille modeste peut apporter une technologie, une formation et un débouché durable à des PME. Les autorités devraient donc distinguer intentions, autorisations, dépenses réellement engagées et activité productive. Elles gagneraient également à publier les conditions des avantages fiscaux accordés, afin de vérifier que leur coût est proportionné aux résultats. Cette exigence d’évaluation ne contredit pas l’ouverture au capital étranger ; elle en précise les objectifs économiques et sociaux.