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Liberia : un programme de codage et d’intelligence artificielle cible 1 000 filles et jeunes femmes

Lancé le 22 octobre par le ministère de l’Éducation avec ONU Femmes et d’autres partenaires, « Liberian Girls Can Code » entend former une première cohorte de 600 participantes dans cinq comtés. Le défi sera de transformer cette initiative en compétences certifiables et en débouchés durables.

Par la Rédaction
Publié le 30 octobre 2026
Lecture : 5 min
Liberia : un programme de codage et d’intelligence artificielle cible 1 000 filles et jeunes femmes

Le Liberia prévoit de former 1 000 filles et jeunes femmes au codage, à l’intelligence artificielle et à l’entrepreneuriat numérique, avec une première cohorte de 600 participantes.

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Du numérique consommé au numérique conçu

Le Liberia veut élargir la place des filles et des jeunes femmes dans les métiers technologiques. Le ministère de l’Éducation a annoncé, le 22 octobre 2026, le lancement de « Liberian Girls Can Code and Artificial Intelligence Initiative », un programme destiné à ouvrir à 1 000 bénéficiaires des possibilités d’apprentissage du codage, de l’intelligence artificielle et de l’entrepreneuriat numérique. L’initiative est conduite en partenariat avec ONU Femmes et d’autres parties prenantes. Elle entend répondre à un problème qui dépasse l’accès aux téléphones et aux applications : la capacité des jeunes Libériennes à concevoir des solutions, plutôt qu’à seulement utiliser celles produites ailleurs.

Le chiffre de 1 000 correspond à l’ambition du programme, et non à un nombre de personnes déjà diplômées. Le ministère précise qu’une première vague de 600 participantes sera recrutée dans les comtés de Bomi, Margibi, Grand Bassa, Lofa et Maryland. Il ne fournit pas, dans sa communication initiale, de bilan de formation achevée, de taux d’insertion professionnelle ou de ventilation détaillée des budgets. Cette distinction importe : l’annonce établit une nouvelle offre de formation, mais ses résultats devront être évalués au terme des parcours effectivement suivis.

Cinq comtés pour élargir l’accès

Le choix de plusieurs comtés constitue l’un des aspects les plus significatifs du dispositif. Les opportunités numériques tendent souvent à se concentrer dans les capitales et les principaux centres universitaires, alors que les contraintes de transport, d’équipement et de connexion compliquent l’accès des jeunes des territoires moins desservis. En incluant Bomi, Margibi, Grand Bassa, Lofa et Maryland dans la première phase, le programme affiche une volonté de répartition territoriale. La réussite dépendra toutefois des lieux de formation retenus, des modalités de sélection et de la capacité à accompagner les participantes sur la durée.

Le ministère identifie plusieurs obstacles : accès limité aux appareils et à Internet, difficultés financières, éloignement géographique, manque d’exposition aux carrières technologiques et risques liés à la sécurité en ligne. Ces contraintes se cumulent souvent. Une formation gratuite peut rester inaccessible si elle exige des déplacements coûteux, un ordinateur personnel ou une connexion stable. Pour atteindre les publics annoncés, les organisateurs devront articuler contenus pédagogiques, accès matériel et accompagnement social. Aucun dispositif précis de prise en charge de ces coûts n’a encore été détaillé dans le communiqué de lancement.

Apprentissage pratique, mentorat et esprit d’entreprise

Les ateliers de programmation et d’intelligence artificielle doivent permettre aux participantes d’acquérir des compétences pratiques et de concevoir leurs propres solutions numériques.

La formation annoncée combine ateliers pratiques, mentorat, résolution de problèmes et découverte des métiers de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. L’objectif affiché ne se réduit donc pas à transmettre des notions de programmation. Il s’agit aussi d’aider les participantes à comprendre comment les compétences numériques peuvent servir à concevoir des services, à résoudre des problèmes locaux et à envisager une activité indépendante. La présence d’un volet entrepreneurial est importante dans un marché de l’emploi où l’accès à un poste salarié qualifié ne peut pas être garanti à toutes les diplômées.

Pour que cette approche produise des résultats, le contenu devra être adapté à des niveaux de départ différents. Certaines participantes pourront déjà maîtriser les outils bureautiques et l’anglais technique, tandis que d’autres découvriront les bases de l’informatique. L’initiation à l’intelligence artificielle suppose également un enseignement critique : comprendre les limites des systèmes, la confidentialité des données, les biais et les usages responsables. La qualité des formateurs, la durée des modules et la disponibilité d’exercices concrets pèseront davantage sur les acquis que la seule visibilité médiatique du lancement.

Le défi de la continuité après la première cohorte

Une politique de formation numérique se juge dans le temps. Le programme devra notamment préciser comment les participantes passeront de l’initiation à des compétences plus avancées, puis à des stages, des certifications ou des missions professionnelles. Le mentorat peut favoriser cette transition s’il met les jeunes en relation avec des professionnelles du secteur, des établissements d’enseignement et des entreprises susceptibles de proposer des projets. Il reste à savoir quels partenariats opérationnels seront formalisés et quelles ressources permettront de poursuivre l’accompagnement après la première session.

Le suivi pourrait reposer sur des indicateurs simples et publics : nombre de candidates, taux de sélection, présence effective, proportion de participantes achevant les modules, progression des compétences, accès aux équipements et poursuite d’études ou d’activités économiques. Une ventilation par comté et par tranche d’âge aiderait à vérifier que l’initiative touche bien les publics éloignés des opportunités. De tels indicateurs ne figurent pas encore dans la communication de lancement. Leur absence à ce stade ne condamne pas le programme, mais elle rend indispensable une évaluation ultérieure.

Une question de participation économique et sociale

La ministre de l’Éducation, Jarso Maley Jallah, a présenté l’initiative comme une manière de préparer les filles à participer à la construction des technologies qui transformeront l’apprentissage et le travail au Liberia. L’enjeu est aussi celui de la représentation des femmes dans les filières techniques et dans la création d’entreprises. Lorsque les équipes qui développent des outils numériques sont plus diverses, elles peuvent mieux prendre en compte des besoins jusque-là insuffisamment couverts, notamment dans l’éducation, la santé, le commerce et les services de proximité.

Le lancement de « Liberian Girls Can Code » constitue ainsi une décision concrète d’ouvrir une nouvelle filière d’apprentissage à 1 000 bénéficiaires potentielles, dont 600 dans une première phase géographiquement identifiée. Il ne signifie pas encore que 1 000 jeunes femmes sont formées ou qu’un millier d’emplois sera créé. Entre l’ambition et les résultats, la prochaine étape sera celle de la mise en œuvre, de l’accès réel aux ressources et de la publication des premiers acquis. C’est sur ces éléments que se mesurera la portée sociale de l’initiative.