Mali : Les FAMa reprennent le contrôle de Kidal, comment Assimi Goïta a préparé la reconquête de la ville
Après plus de cinq mois de contrôle par le Front de libération de l’Azawad (FLA), Kidal est repassée, ce 6 octobre, sous le contrôle des Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires russes d’Africa Corps. Derrière cette reconquête, une offensive préparée méthodiquement par Bamako, après le revers subi en avril dernier.

Le général Assimi Goita, président de la transition malienne et ses hommes ont fini par reprendre le contrôle de Kidal/ Présidence du Mali
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Ce mardi 6 octobre, les Forces armées maliennes, accompagnées de leurs partenaires russes d’Africa Corps, sont entrées dans la ville du nord du Mali après plusieurs jours de mouvements militaires et de frappes aériennes dans la région. La colonne, partie d’Anéfis dans la matinée, a atteint Kidal aux alentours de 13 heures, selon plusieurs sources sécuritaires maliennes citées par le confrère Jeune Afrique.
Cette entrée des forces gouvernementales intervient après le retrait annoncé par le Front de libération de l’Azawad (FLA), qui contrôlait la ville depuis le 25 avril dernier. Le mouvement indépendantiste a présenté son départ comme un « repli stratégique et maîtrisé », affirmant vouloir préserver ses combattants et ses capacités logistiques face à l’intensification des opérations militaires.
Pour Bamako, la reprise de Kidal constitue une revanche majeure. Elle intervient un peu plus de cinq mois après la spectaculaire offensive du FLA et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, qui avait infligé l’un des plus sérieux revers militaires au pouvoir d’Assimi Goïta depuis son arrivée aux commandes du pays.
Une revanche préparée depuis plusieurs mois

La reconquête de Kidal ne s’est pas improvisée en quelques jours. Depuis plusieurs semaines, les autorités maliennes ont progressivement renforcé leur dispositif militaire dans le nord du pays. Les mouvements observés ces derniers jours autour d’Anéfis et d’Aguelhoc avaient déjà donné des indications sur la préparation d’une nouvelle offensive.
Selon des informations rapportées le 5 octobre, plus de 200 véhicules avaient rejoint Anéfis, position stratégique située à environ 120 kilomètres au sud de Kidal. Le convoi comprenait des blindés, des camions, des motos et des éléments des forces maliennes ainsi que des combattants russes d’Africa Corps. Près de 80 autres véhicules avaient également atteint Aguelhoc, plus au nord.
Le choix d’Anéfis n’est pas anodin. La localité constitue un verrou stratégique sur l’axe reliant le sud du Mali à Kidal. C’est également depuis cette position que l’armée malienne avait amorcé, en 2023, sa précédente marche vers la capitale de l’Adrar des Ifoghas.
Bamako a donc repris une méthode déjà éprouvée, c’est à dire, consolider ses positions avancées, masser progressivement les troupes et préparer l’approche de Kidal avant de lancer l’assaut final.
Le ciel avant le sol
Autre élément central de la préparation, les frappes aériennes. En effet, les 4 et 5 octobre, plusieurs frappes ont été signalées dans la région de Kidal. Elles ont précédé l’entrée des forces terrestres dans la ville et semblent avoir participé à la mise sous pression des positions du FLA.
Le 6 octobre, l’état-major général des armées maliennes a officiellement annoncé le lancement d’opérations « aéroterrestres » de grande ampleur dans la région de Kidal, dans le cadre d’une réadaptation du dispositif de l’opération Dougoukoloko. Les objectifs affichés étaient de neutraliser les groupes armés, détruire leurs sanctuaires et leurs réseaux d’approvisionnement, mais également de rétablir durablement la sécurité et la libre circulation des personnes et des biens.
Cette combinaison entre puissance aérienne, renseignement et progression terrestre illustre l’évolution du dispositif militaire malien depuis la première reconquête de Kidal, en novembre 2023.
L’armée dispose désormais d’un arsenal plus important de drones et d’aéronefs, tandis que l’appui russe fournit des capacités supplémentaires en matière de combat et de soutien opérationnel. Cette supériorité matérielle avait déjà joué un rôle déterminant lors de la précédente offensive vers Kidal.
Après le choc d’avril, Goïta reprend la main

Pour le président de la transition, la reprise de Kidal revêt également une dimension politique. Le 25 avril dernier, l’offensive coordonnée du FLA et du JNIM avait frappé plusieurs positions stratégiques à travers le Mali. À Kidal, les combattants indépendantistes avaient repris le contrôle de la ville. À Kati, sanctuaire militaire situé aux portes de Bamako, une attaque avait coûté la vie au ministre de la Défense, le général Sadio Camara.
La disparition de cette haute personnalité de l’armée malienne avait constitué un choc particulier pour le régime. Figure centrale du rapprochement militaire entre Bamako et Moscou, il avait notamment joué un rôle majeur dans l’arrivée de Wagner au Mali.
Après sa mort, Assimi Goïta a décidé de prendre lui-même la tête du ministère de la Défense, avec le général Oumar Diarra nommé ministre délégué. Ce choix a renforcé la concentration du pilotage sécuritaire entre les mains du chef de la transition.
La reprise de Kidal intervient donc dans le prolongement de cette réorganisation.
Elle apparaît comme une tentative de reprendre l’initiative après une offensive d’avril qui avait profondément ébranlé le dispositif sécuritaire malien.
Anéfis, le verrou avant Kidal
Le contrôle d’Anéfis a constitué l’une des clés de cette nouvelle offensive. Située au sud de Kidal, la localité permet aux forces gouvernementales de disposer d’une base avancée pour organiser leur progression vers la ville. Elle avait déjà été identifiée comme un point stratégique lors de l’offensive de 2023.
Or, en juillet dernier, Anéfis avait elle-même été la cible d’une attaque coordonnée du FLA et du JNIM. Les deux groupes avaient alors cherché à desserrer l’étau autour de Kidal et à empêcher l’armée de consolider son dispositif dans la région.
La concentration massive de moyens militaires observée début octobre montre que Bamako a cette fois voulu sécuriser ses arrières avant de pousser vers Kidal.
La logique était claire : reprendre les points d’appui, renforcer les lignes logistiques, disposer d’une capacité aérienne suffisante et avancer vers la ville avec une force supérieure.
Le FLA choisit le retrait
Face à cette montée en puissance, le FLA a finalement annoncé son retrait.
Dans son communiqué du 6 octobre, le mouvement explique avoir procédé à une évaluation de la situation opérationnelle et tactique avant d’ordonner le repli de ses forces. Il invoque notamment les risques pour les populations civiles et affirme que les frappes aériennes auraient causé d’importants dégâts aux infrastructures publiques et civiles. Ces accusations n’ont toutefois pas été confirmées indépendamment.
Le mouvement insiste surtout sur le caractère temporaire de sa décision.
Autrement dit, la reprise de Kidal par les FAMa ne signifie pas nécessairement la fin de la capacité de nuisance ou des ambitions politiques du FLA dans le nord du Mali.
Le groupe affirme d’ailleurs que son retrait ne constitue pas un abandon de son combat pour l’Azawad et assure vouloir préserver ses capacités humaines et logistiques.
Une victoire militaire, mais pas nécessairement la fin de la crise
Pour Bamako, les images des forces maliennes entrant à nouveau dans Kidal constituent indéniablement une victoire symbolique.
En novembre 2023, la prise de la ville avait été présentée par les autorités comme l’illustration de la restauration de la souveraineté de l’État malien sur l’ensemble de son territoire. La perte de Kidal cinq mois plus tard avait brutalement fragilisé ce récit. La nouvelle reprise permet donc au pouvoir d’Assimi Goïta de restaurer, au moins temporairement, cette image de reconquête territoriale.
Mais le défi reste considérable.
Le FLA et le JNIM ont démontré, depuis avril, leur capacité à coordonner leurs actions et à frapper simultanément plusieurs zones du territoire malien. Une analyse de leur offensive précédente relevait notamment leur capacité à jouer sur la vitesse, le secret, la dispersion et la saturation du dispositif adverse.
Le problème de Bamako ne se résume donc pas à reprendre Kidal. Il s’agit désormais de conserver la ville, de sécuriser les axes qui y conduisent et d’empêcher les groupes armés de revenir dans les zones périphériques.
La bataille militaire pourrait ainsi céder la place à une autre bataille : celle du contrôle durable du territoire.
Kidal, un symbole plus qu’une fin
La reprise de Kidal marque une nouvelle étape dans le bras de fer entre le pouvoir militaire de Bamako, le FLA et les groupes jihadistes actifs dans le nord du Mali.
Elle confirme également le choix d’Assimi Goïta de privilégier une réponse essentiellement militaire, avec le soutien de la Russie, plutôt qu’un retour à une négociation politique avec les mouvements armés du Nord.
Mais le précédent d’avril rappelle les limites de cette stratégie. Un territoire peut être conquis rapidement et redevenir contesté tout aussi rapidement.
Pour le pouvoir malien, le véritable test commence donc maintenant. Il faudra transformer cette victoire militaire en contrôle durable, protéger les populations, maintenir les lignes d’approvisionnement et empêcher une nouvelle offensive du FLA et du JNIM.
À Kidal, la bataille est peut-être terminée pour aujourd’hui. La guerre, elle, est loin de l’être.
