Mali : Les universités à l’arrêt, les enseignants-chercheurs réclament le paiement de leurs primes
Le monde universitaire malien traverse une nouvelle zone de turbulences. Depuis le lundi 26 octobre, les enseignants-chercheurs observent un mouvement de grève qui affecte fortement le fonctionnement des établissements d’enseignement supérieur à travers le pays. À l’origine de cette mobilisation, le non-versement d’une prime de recherche pourtant prévue par un décret adopté en 2017. Face à ce qu’ils considèrent comme une promesse longtemps restée sans effet, les grévistes réclament la régularisation de leur situation, y compris le paiement des sommes dues au titre des années précédentes.

Vue de l’université Yambo Ouologuem de Kabala au Mali / Wikimedia
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La contestation gagne les principales villes universitaires du Mali. De Bamako à Ségou, en passant par Sikasso, les activités pédagogiques et scientifiques sont sérieusement perturbées. Selon les estimations communiquées par le syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (CEN-SNESUP), le taux de participation à la grève oscille entre 80 % et 100 % dans la plupart des établissements concernés.
Si certains enseignants interrogés nuancent ces chiffres, tous s’accordent néanmoins sur l’ampleur de la mobilisation. Le mouvement témoigne ainsi du mécontentement grandissant d’une partie importante du corps enseignant, qui entend obtenir des autorités des engagements concrets.
Une prime prévue par les textes, mais toujours inexistante dans les faits

Au cœur du conflit se trouve une revendication qui remonte à plusieurs années. En 2017, un décret a instauré une prime destinée à soutenir les activités de recherche des enseignants-chercheurs. Cette mesure devait notamment contribuer au financement de leurs travaux scientifiques, à la publication de leurs résultats et à leur diffusion auprès de la communauté scientifique.
Cependant, près d’une décennie après l’adoption de ce texte, les bénéficiaires attendent toujours le versement de cette rémunération complémentaire. Plus préoccupant encore pour les intéressés, les modalités financières de cette prime, notamment son montant, n’ont toujours pas été clairement établies.
Cette situation contraint les universitaires à financer eux-mêmes une partie de leurs recherches, alors que celles-ci nécessitent souvent des ressources importantes. Déplacements, collecte de données, documentation, production scientifique et publication constituent autant de dépenses auxquelles les chercheurs doivent faire face.
Namamoudou Keita, secrétaire administratif du CEN-SNESUP, a d’ailleurs dénoncé cette réalité dans les médias nationaux, soulignant que les enseignants-chercheurs sont obligés de puiser dans leurs propres ressources pour mener à bien leurs travaux.
Pour les grévistes, il ne s’agit donc pas uniquement d’obtenir une nouvelle indemnité, mais aussi de faire appliquer une disposition déjà adoptée par les autorités. Ils réclament par conséquent le paiement de la prime ainsi que la prise en compte des arriérés accumulés au fil des années.
Des démarches répétées, sans résultat concret
Avant de recourir à cette nouvelle cessation de travail, les représentants syndicaux affirment avoir multiplié les initiatives pour parvenir à un règlement du différend.
Au cours des derniers mois, le CEN-SNESUP a notamment sollicité le gouvernement, le Conseil national de transition (CNT), qui exerce les fonctions législatives dans le cadre des institutions de la transition, ainsi que la présidence. Malgré ces démarches, aucune solution satisfaisante n’aurait été trouvée.
Ce nouvel épisode s’inscrit dans un contexte de tensions déjà anciennes entre les enseignants-chercheurs et les autorités maliennes. L’année précédente, le secteur avait connu une grève de plusieurs semaines, à la suite de laquelle des échanges avaient été engagés avec les responsables de la transition.
Ces discussions avaient laissé entrevoir la possibilité d’un compromis. Toutefois, selon les éléments rapportés par le syndicat, elles n’ont débouché sur aucune mesure permettant de satisfaire les revendications formulées.
L’absence de progrès perceptibles semble avoir renforcé la détermination des enseignants-chercheurs, qui ont choisi de reprendre la mobilisation pour faire entendre leurs exigences.
Le silence des autorités entretient les incertitudes
Alors que les universités sont confrontées à d’importantes perturbations, aucune prise de parole officielle du ministère de l’Enseignement supérieur n’avait été enregistrée depuis le début du mouvement, le 26 octobre, selon les informations rapportées.
D’après une source syndicale, aucune initiative concrète n’avait non plus été engagée par le département ministériel pour mettre fin à la crise.
Le ministère pour l’heure ne s’est pas encore prononcé sur la question .Ce silence laisse planer des incertitudes sur l’issue du conflit. Pour les étudiants, la paralysie des établissements risque de compromettre le déroulement normal des enseignements et des activités universitaires, même si les conséquences précises sur les calendriers académiques restent à déterminer.
Au-delà des salles de cours, cette crise remet également en lumière la question des moyens consacrés à la recherche scientifique au Mali. Le financement des travaux universitaires représente en effet un enjeu important pour la production des connaissances, la formation des étudiants et le développement des compétences nationales.
Une sortie de crise encore incertaine
Le mouvement de grève doit, en principe, se poursuivre jusqu’au vendredi 30 octobre au soir. Toutefois, cette échéance pourrait ne pas marquer la fin de la mobilisation si les enseignants-chercheurs ne reçoivent aucune réponse jugée satisfaisante.
L’évolution de la situation dépendra donc largement de la capacité des autorités à renouer le dialogue avec les représentants syndicaux et à proposer des mesures concrètes concernant le paiement de la prime de recherche.
En attendant, les établissements d’enseignement supérieur restent confrontés aux conséquences d’un conflit qui dépasse la seule question des rémunérations. Derrière cette revendication se pose celle de la reconnaissance du travail scientifique et des moyens nécessaires à son accomplissement.
Après plusieurs années d’attente et des négociations restées infructueuses, les enseignants-chercheurs maliens veulent désormais obtenir des garanties tangibles.
