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Maroc : 487 millions de dollars de la BAD pour accélérer les réformes et amortir les chocs

Le conseil d’administration de la Banque africaine de développement a approuvé, le 21 octobre, une enveloppe de 487 millions de dollars en faveur du Maroc. Cette troisième phase d’un programme engagé en 2024 doit soutenir les réformes de l’État, l’investissement privé et la gouvernance de l’eau et de l’électricité. L’approbation marque un engagement financier, mais ses effets sur les entreprises et les ménages dépendront de la mise en œuvre des réformes.

Par la Rédaction
Publié le 23 octobre 2026
Lecture : 5 min
Maroc : 487 millions de dollars de la BAD pour accélérer les réformes et amortir les chocs

Le porte-conteneurs Maersk Congo au port Tanger Med, le 5 août 2023. Photo d’archives illustrant l’intégration du Maroc aux chaînes de valeur internationales, l’un des objectifs des réformes soutenues par la BAD

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Une enveloppe plus importante que prévu

Le Maroc obtient un nouveau soutien de la Banque africaine de développement (BAD) à un moment où les finances publiques et les entreprises doivent composer avec des risques économiques, énergétiques et climatiques. Réuni le mercredi 21 octobre 2026 à Abidjan, le conseil d’administration de l’institution a approuvé 487 millions de dollars pour la troisième phase du Programme d’appui au renforcement de la gouvernance économique et de la résilience au changement climatique (PGRCC). L’annonce a été rendue publique le lendemain.

Il s’agit d’un appui aux politiques publiques, et non d’un fonds de subventions que les entreprises pourraient solliciter directement. Le programme accompagne des réformes de gouvernance et peut contribuer à préserver les marges budgétaires de l’État. La décision d’approbation ne doit pas non plus être confondue avec le décaissement intégral des sommes : le calendrier et les conditions précises du financement n’ont pas été détaillés dans les informations publiques consultées.

L’ampleur de cette troisième tranche mérite l’attention. Lors du lancement du programme en 2024, la BAD avait approuvé une première opération de 120 millions d’euros et envisagé deux phases ultérieures de 150 millions d’euros chacune. La deuxième phase, validée en 2025, avait atteint 181,8 millions d’euros. L’enveloppe annoncée en octobre 2026 dépasse donc sensiblement la trajectoire initiale, dans un contexte de besoins accrus de résilience économique. Ces montants sont exprimés dans des devises différentes et ne doivent pas être additionnés sans conversion cohérente.

Entreprises publiques, partenariats et investissement privé

Le premier volet de l’opération concerne la manière dont l’État intervient dans l’économie. La BAD entend accompagner la restructuration du portefeuille des entreprises et établissements publics, la modernisation du cadre des partenariats public-privé et l’amélioration du climat des affaires. Le fil conducteur est de clarifier le rôle des acteurs publics tout en donnant davantage de place à l’investissement privé et à la création de valeur.

Pour les entreprises marocaines, l’enjeu dépasse la simplification administrative. Un environnement plus prévisible, des procédures de partenariat mieux définies et des opérateurs publics financièrement solides peuvent améliorer la préparation des projets, réduire certains coûts de transaction et faciliter l’accès aux marchés. Le programme cite notamment les petites et moyennes entreprises, l’innovation et l’insertion dans les chaînes de valeur mondiales parmi les priorités. Rien n’indique cependant que ces résultats soient automatiques : ils dépendront de décisions réglementaires, de leur application et de la capacité des entreprises à investir.

La question des entreprises publiques est particulièrement sensible. Leur transformation peut améliorer la transparence et l’efficacité des investissements, mais suppose aussi de préciser les obligations de service public, les mécanismes de contrôle et les responsabilités financières. Quant aux partenariats public-privé, ils peuvent accélérer certains projets si les risques sont répartis clairement ; mal structurés, ils peuvent au contraire déplacer des engagements coûteux vers les finances publiques. C’est donc la qualité de l’exécution, et pas seulement le nombre de textes adoptés, qui permettra de juger la réforme.

L’eau et l’électricité au cœur de la résilience

Le second volet du PGRCC porte sur la gouvernance de l’eau et de l’électricité ainsi que sur une meilleure prise en compte du changement climatique dans les politiques publiques. Ces deux secteurs conditionnent la compétitivité industrielle, la continuité des services et les perspectives d’investissement. Pour une entreprise, l’incertitude sur la disponibilité ou le coût de l’eau et de l’énergie peut peser aussi lourd que les formalités administratives.

Le soutien annoncé vise d’abord les règles et les institutions qui organisent ces secteurs. Il ne faut donc pas assimiler les 487 millions de dollars à un budget exclusivement destiné à construire des barrages, des centrales ou des réseaux. La modernisation de la gouvernance doit, selon la BAD, contribuer à renforcer la résilience énergétique et climatique et à accompagner la transition vers une économie moins carbonée.

Cette orientation intervient dans un environnement international marqué par la volatilité des coûts de l’énergie et du transport. La banque rattache la troisième phase de son programme à son cadre de réponse à la crise mondiale de l’énergie et des engrais. L’objectif est double : aider le Maroc à absorber des chocs à court terme tout en poursuivant des transformations structurelles qui produisent leurs effets sur plusieurs années.

Un test de résultats plutôt qu’un simple succès d’annonce

La BAD souligne l’ancienneté de sa relation avec le Royaume : depuis 1978, elle indique avoir mobilisé près de 15 milliards d’euros pour plus de 150 projets, notamment dans les transports, l’énergie, l’eau, l’agriculture et la protection sociale. Le nouvel engagement s’inscrit donc dans un partenariat de longue durée, plutôt que dans une intervention isolée.

La portée économique réelle de cette opération devra être appréciée à partir d’indicateurs concrets : avancement des réformes des entreprises publiques, qualité des procédures de partenariat, investissement privé effectivement mobilisé, conditions d’activité des PME et amélioration de la gouvernance des services essentiels. La création d’emplois est présentée comme un objectif, non comme un résultat déjà mesuré.

Pour les autres économies africaines, l’expérience marocaine posera une question plus large : comment utiliser le financement extérieur pour modifier durablement les règles de fonctionnement de l’économie, au lieu de seulement répondre à une contrainte budgétaire immédiate ? La réponse dépendra de la transparence des engagements, de la continuité des réformes et de la capacité à traduire les objectifs institutionnels en bénéfices tangibles pour les entreprises et les citoyens.