Maroc : le projet de budget 2027 prévoit 825,6 milliards de dirhams de charges et 34 454 postes
Présenté au Parlement le 23 octobre, le projet de loi de finances marocain augmente les dépenses de l’État tout en anticipant une progression plus rapide des ressources. Les arbitrages sur l’emploi public, les recettes fiscales et la dette restent soumis à l’examen parlementaire.

Le ministre marocain de l’Économie et des Finances, Fouzi Lekjaa, lors de la présentation du projet de loi de finances 2027 devant les parlementaires à Rabat.
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Le Maroc a ouvert, vendredi 23 octobre 2026, la discussion parlementaire sur son budget de l’année prochaine. Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, Fouzi Lekjaa, a présenté le projet de loi de finances n° 60.26 devant les deux Chambres réunies à Rabat. Le texte, adopté en Conseil de gouvernement le 20 octobre, propose des charges globales de 825,59 milliards de dirhams en 2027, contre 761,30 milliards en 2026. La hausse projetée atteint 8,44 %. Ces montants constituent une programmation soumise au vote des parlementaires, et non des dépenses déjà engagées ou exécutées.
Des recettes attendues en hausse de 10,39 %
Selon la note de présentation du projet publiée par le ministère, les ressources globales de l’État devraient atteindre 786,60 milliards de dirhams, contre 712,55 milliards pour l’exercice 2026, soit une progression de 10,39 %. Le budget général, hors produits des emprunts, attend 482,42 milliards de dirhams de ressources, dont 437,40 milliards de recettes fiscales. Cette dynamique suppose un recouvrement effectif des impôts et une activité économique suffisamment robuste. Elle ne peut être assimilée, avant l’exécution, à une amélioration acquise de la situation des finances publiques.
La composition des charges mérite d’être explicitée. Le projet retient 571,12 milliards de dirhams pour le budget général hors amortissement du principal de la dette à moyen et long termes, 183,41 milliards pour les comptes spéciaux du Trésor et 1,68 milliard pour les services de l’État gérés de manière autonome. S’y ajoutent 69,38 milliards de remboursement du principal de la dette. L’addition de ces catégories conduit au total de 825,59 milliards. Elle ne correspond pas directement à la notion habituelle de déficit budgétaire, calculée selon un périmètre différent et après retraitement des opérations d’emprunt.
Le déficit prévu ne se lit pas dans une simple soustraction
La note de présentation fait ressortir un solde budgétaire de moins 89,61 milliards de dirhams, contre moins 107,58 milliards dans les prévisions de 2026. Elle anticipe aussi un besoin résiduel de financement de 38,99 milliards, contre 48,74 milliards. Ces deux indicateurs ne sont pas interchangeables. La différence entre les charges globales et les ressources globales, soit 38,99 milliards, intègre notamment le traitement des emprunts et remboursements. Le déficit annoncé de 89,61 milliards relève du calcul budgétaire hors produits des emprunts et hors amortissement du principal. Sans cette précision, juxtaposer les chiffres donnerait une lecture trompeuse des finances de l’État.
34 454 postes prévus, mais pas autant de recrutements immédiats
Le texte prévoit la création de 34 454 postes budgétaires. Parmi eux, 33 954 seraient directement répartis entre ministères et institutions, tandis que 500 relèveraient d’une répartition ultérieure par la cheffe du gouvernement. Le ministère de l’Intérieur obtiendrait 14 200 postes, l’Administration de la défense nationale 5 500, la Santé et la Protection sociale 5 400, l’Économie et les Finances 2 460 et l’Enseignement supérieur 1 920. Ces créations constituent des autorisations budgétaires proposées. Elles ne signifient ni que les concours sont déjà ouverts ni que les postes sont tous pourvus au 1er janvier.
Le choix des bénéficiaires traduit un arbitrage entre sécurité, services publics et renforcement des capacités administratives. La santé figure parmi les grands destinataires, mais la qualité de l’offre de soins dépendra également des équipements, des affectations territoriales et de la capacité à retenir les professionnels. De même, les postes annoncés dans l’enseignement supérieur devront être rapprochés des besoins des universités et de la recherche. La création d’un poste est une condition administrative nécessaire à un recrutement public, pas la preuve qu’un service supplémentaire est déjà rendu à la population.
Le fonctionnement augmente plus vite que les effectifs
Les crédits de fonctionnement du budget général atteindraient 387,14 milliards de dirhams, contre 347,49 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 11,41 %. Les dépenses de personnel resteraient presque stables, à 195,67 milliards, après 195,33 milliards en 2026. En revanche, les dépenses de matériel et les dépenses diverses passeraient de 93,67 à 110,18 milliards de dirhams. Cette évolution invite à distinguer la progression des coûts de fonctionnement de celle de la masse salariale. Elle appelle également un suivi des achats publics, de la maintenance des équipements et de l’efficacité des crédits alloués.
Fiscalité et investissement sous surveillance

Les recettes fiscales constituent l’un des principaux paris du projet. Les impôts directs et taxes assimilées devraient rapporter 203,48 milliards de dirhams, en hausse de 22,81 %, tandis que les impôts indirects atteindraient 185,55 milliards, selon la présentation reprise par la presse économique marocaine. Le texte comprend aussi des mesures concernant la fiscalité des entreprises et des ménages. Leur portée précise dépendra de la version adoptée, des textes d’application et de la capacité des contribuables à s’y conformer. L’investissement public, de son côté, doit être évalué à travers les crédits effectivement consommés et les projets achevés, et non uniquement par les autorisations inscrites au budget.
Un texte encore modifiable au Parlement
Le gouvernement retient une hypothèse de croissance de 3,7 % pour 2027. Cette prévision sert à bâtir les recettes et les dépenses ; elle n’est pas un résultat économique constaté. Les parlementaires pourront discuter des mesures fiscales, de la répartition des crédits et des hypothèses de financement avant l’adoption définitive de la loi. Les documents budgétaires mis en ligne le 23 octobre, dont la note de présentation, le rapport sur la dette et celui sur les entreprises publiques, offrent une base pour suivre ces arbitrages. L’enjeu sera de mesurer, tout au long de 2027, l’écart entre les intentions affichées, les montants effectivement mobilisés et les services obtenus.
