Maroc : Pouvoir d’achat, emploi, réformes, lutte anticorruption…, les grands chantiers du gouvernement El Mansouri pour reconquérir la confiance populaire
Répondre aux difficultés économiques des ménages, offrir de nouvelles perspectives à la jeunesse et restaurer la confiance dans les institutions. Tels sont les principaux défis que le gouvernement marocain entend relever au cours des cinq prochaines années. Présentant son programme devant le Parlement le lundi 19 octobre, la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, a exposé les grandes orientations de son action, avec des objectifs chiffrés dans plusieurs secteurs stratégiques.

Lég : La Première ministre marocaine, Fatima Ezzahra El Mansouri lors de la présentation de son programme de gouvernement au parlement / Medi1news
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Pendant près de quarante minutes, la cheffe de l’exécutif marocain a détaillé les priorités de son quinquennat, dessinant les contours d’une politique qui se veut à la fois économique, sociale et institutionnelle. Au-delà des annonces, cette intervention intervient dans un contexte politique particulier, marqué par une forte abstention aux dernières élections législatives et par des attentes importantes de la population.
Avec un taux d’abstention de 62 %, le scrutin a mis en évidence les difficultés à mobiliser une partie de l’électorat. Pour le nouvel exécutif, l’enjeu consiste désormais à transformer les engagements annoncés en résultats tangibles, susceptibles de répondre aux préoccupations quotidiennes des citoyens et de rapprocher ces derniers des institutions.
La présentation du programme gouvernemental constitue une étape préalable au vote de confiance de la Chambre des représentants. Grâce à sa majorité confortable, le gouvernement devrait franchir cette étape sans difficulté majeure. Toutefois, cette solidité parlementaire ne suffira pas, à elle seule, à garantir le succès de son action.
Le pouvoir d’achat, une urgence sociale
Parmi les priorités affichées par Fatima Ezzahra El Mansouri figure l’amélioration des conditions de vie des ménages. Face aux préoccupations liées au coût de la vie, le gouvernement entend agir sur plusieurs leviers, notamment les pensions de retraite, les prix des produits essentiels et les mécanismes d’aide sociale.
L’une des mesures annoncées concerne le relèvement progressif du minimum des pensions de retraite, qui devrait atteindre 3 000 dirhams par mois, soit environ 273 euros. Cette orientation traduit la volonté de renforcer la protection des retraités, particulièrement exposés aux difficultés financières lorsque leurs ressources restent limitées.
L’exécutif prévoit également d’encadrer les prix de certains produits de première nécessité, afin de contenir les dépenses des ménages. Dans cette perspective, la réorganisation des circuits de commercialisation de la viande et du poisson doit permettre de réduire le nombre d’intermédiaires et de limiter les mécanismes susceptibles d’alourdir les prix payés par les consommateurs.
L’aide sociale directe constitue un autre instrument central de cette stratégie. Le gouvernement souhaite revoir les critères d’attribution de ces prestations en tenant davantage compte des revenus réels des bénéficiaires. L’objectif annoncé est de faire passer leur montant de 50 à 100 euros d’ici à la fin du mandat.
À travers ces engagements, la cheffe du gouvernement entend apporter des réponses concrètes aux difficultés économiques des populations. Leur mise en œuvre effective sera néanmoins déterminante pour mesurer la portée de cette politique sociale.
Une économie tournée vers la croissance et la maîtrise des prix

Sur le plan économique, le gouvernement affiche des ambitions élevées. Fatima Ezzahra El Mansouri a notamment fixé un objectif de croissance annuelle de 5 % à partir de 2027, tout en souhaitant maintenir l’inflation à un niveau ne dépassant pas 2 %.
Ces deux indicateurs constituent des éléments essentiels de la trajectoire économique présentée devant les parlementaires.
L’exécutif cherche ainsi à favoriser une progression soutenue de l’activité tout en limitant les pressions sur les prix, afin que les retombées de la croissance puissent bénéficier plus largement à la population.
La cheffe du gouvernement a toutefois reconnu que les avantages du développement n’avaient pas été répartis de manière équitable entre les citoyens et les différents territoires du royaume. Cette disparité constitue l’un des problèmes auxquels son équipe entend s’attaquer durant les cinq prochaines années.
L’enjeu ne se limite donc pas à améliorer les performances économiques du pays. Il s’agit également de veiller à ce que les progrès réalisés se traduisent par une amélioration des conditions de vie, indépendamment du lieu de résidence ou de la situation sociale des habitants.
La réalisation de ces objectifs dépendra notamment de la capacité du gouvernement à coordonner ses politiques économiques et sociales, tout en apportant des réponses durables aux tensions qui pèsent sur le budget des ménages.
La jeunesse au centre des réponses à la crise de l’emploi
Le chômage des jeunes représente un autre défi majeur pour le nouvel exécutif. Dans un contexte où les perspectives d’insertion professionnelle demeurent une préoccupation importante, Fatima Ezzahra El Mansouri a annoncé la mise en place d’un dispositif destiné à accompagner les jeunes vers l’emploi.
Le programme envisagé prévoit la formation de 100 000 jeunes dès l’année prochaine, avec pour objectif de faciliter leur accès à une première expérience professionnelle. Cette initiative vise à rapprocher les compétences des bénéficiaires des exigences du marché du travail et à leur offrir de meilleures possibilités d’insertion.
Cette annonce intervient un peu plus d’un an après le mouvement de la Gen Z, qui a notamment mis en lumière les attentes d’une partie de la jeunesse. En accordant une place importante à cette catégorie de la population, le gouvernement entend apporter des réponses aux difficultés qui alimentent les inquiétudes concernant l’avenir professionnel.
Toutefois, l’efficacité de ce dispositif dépendra de sa capacité à déboucher sur des opportunités concrètes. La formation constitue une étape importante, mais son impact devra également être apprécié à travers les possibilités d’emploi effectivement accessibles aux jeunes accompagnés.
L’éducation figure également parmi les secteurs appelés à connaître des évolutions importantes. Le gouvernement souhaite engager une réforme permettant à 80 % des élèves marocains de maîtriser les savoirs fondamentaux d’ici à 2031.
Cet objectif témoigne de la volonté de faire de l’amélioration des apprentissages une priorité nationale. La réussite de cette ambition supposera de renforcer la qualité de l’enseignement et de permettre au plus grand nombre d’élèves d’acquérir les connaissances indispensables à la poursuite de leur parcours scolaire et à leur future insertion dans la société.
Réformes sociétales et renforcement de l’État de droit

Au-delà des questions économiques, le programme gouvernemental accorde une place importante aux réformes institutionnelles et sociétales.
La préservation de l’identité nationale figure parmi les orientations annoncées, notamment à travers la mise en œuvre de la réforme du Code de la famille. Ce chantier s’inscrit dans une volonté plus large de faire évoluer le cadre juridique concerné, tout en maintenant la question au cœur des priorités nationales.
Parallèlement, le gouvernement entend consolider l’État de droit et rétablir la confiance entre les citoyens et les institutions politiques. Cette ambition prend une importance particulière dans un contexte où la faible participation électorale souligne la nécessité de renforcer les liens entre les représentants politiques et la population.
Pour le nouvel exécutif, la crédibilité de l’action publique dépendra donc autant des résultats économiques et sociaux que de la capacité des institutions à répondre aux attentes des citoyens.
La lutte contre la corruption s’inscrit précisément dans cette logique. Présentée comme l’une des priorités majeures du quinquennat, elle doit contribuer à renforcer la transparence de la vie publique et à restaurer la confiance dans les mécanismes de gouvernance.
Fatima Ezzahra El Mansouri a ainsi annoncé son intention de criminaliser l’enrichissement illicite. Cette mesure, si elle est concrétisée, marquerait une nouvelle étape dans la stratégie affichée par le gouvernement pour combattre les pratiques contraires à l’intégrité publique.
La cheffe de l’exécutif a insisté sur la nécessité d’une action réelle contre la corruption et les conflits d’intérêts, estimant que les institutions ne pourraient retrouver durablement la confiance des citoyens sans des efforts dans ce domaine.
L’enjeu sera désormais de traduire cette orientation politique en mécanismes effectifs de prévention, de contrôle et de sanction.
Le Sahara occidental, une priorité maintenue
Sur le dossier du Sahara occidental, le gouvernement entend poursuivre la ligne défendue par le Maroc. Fatima Ezzahra El Mansouri a réaffirmé que cette question demeurait au premier rang des causes nationales.
L’exécutif prévoit de continuer à mobiliser des soutiens en faveur du plan d’autonomie marocain, confirmant ainsi la place centrale de ce dossier dans les priorités politiques et diplomatiques du royaume.
Cette position s’inscrit dans la continuité de l’approche nationale sur cette question, que le gouvernement entend maintenir au cours de son mandat.
Un quinquennat attendu au tournant
Le programme présenté devant le Parlement dessine les contours d’une action gouvernementale articulée autour de plusieurs objectifs à savoir, améliorer le pouvoir d’achat, soutenir les retraités, accélérer la croissance, faciliter l’accès des jeunes à l’emploi, relever le niveau des apprentissages scolaires et renforcer l’intégrité des institutions.
L’ampleur de ces ambitions traduit la volonté de répondre à des préoccupations qui touchent directement la vie quotidienne des Marocains. Mais elle souligne également l’étendue des attentes auxquelles le nouvel exécutif doit faire face.
Si la majorité parlementaire devrait faciliter l’adoption du programme gouvernemental, le véritable défi se situera dans son application. Les objectifs annoncés devront se traduire par des mesures concrètes, des résultats vérifiables et des améliorations perceptibles pour les citoyens.
Dans un pays où l’abstention électorale a atteint 62 % lors des dernières législatives, la capacité du gouvernement à tenir ses engagements constituera un élément essentiel de sa crédibilité.
Au terme de ce quinquennat, le bilan de Fatima Ezzahra El Mansouri sera ainsi jugé autant sur les performances économiques du Maroc que sur les progrès sociaux réalisés et la confiance que les institutions auront réussi à regagner auprès de la population.
