Namibie : la croissance revue à 2,3 %, le budget sous pression des recettes minières
Le gouvernement namibien a abaissé le 22 octobre sa prévision de croissance pour 2026, de 3,1 % à 2,3 %, et réduit de 1,5 milliard de dollars namibiens son estimation de recettes. La révision budgétaire révèle la fragilité des revenus tirés des diamants, alors que la dette publique devrait atteindre 68,7 % du PIB.

La ministre namibienne des Finances, Ericah Shafudah, lors de la présentation de la revue budgétaire de mi-parcours devant l’Assemblée nationale.
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Une révision qui dépasse la seule prévision de croissance
La Namibie doit composer avec une conjoncture moins favorable qu’espéré. Dans sa revue budgétaire de mi-parcours présentée le jeudi 22 octobre 2026 devant l’Assemblée nationale, la ministre des Finances Ericah Shafudah a ramené la prévision de croissance réelle de 3,1 % à 2,3 % pour l’année en cours. La différence, de 0,8 point, traduit une activité inférieure aux attentes au premier semestre. Le chiffre demeure une projection gouvernementale, et non un résultat définitif de l’exercice.
Le ministère conserve une trajectoire d’amélioration graduelle : 2,6 % de croissance en 2027, 3 % en 2028 et 3,3 % en 2029. Cette perspective dépend notamment de projets miniers, de cours favorables pour l’uranium et l’or et d’une reprise de la consommation si l’inflation et les taux d’intérêt se modèrent. Elle ne signifie pas que ces moteurs produiront automatiquement les résultats attendus. La faiblesse de la demande mondiale, les prix des carburants et les aléas climatiques restent des risques identifiés par l’exécutif.
La chute des recettes diamantaires fragilise le Trésor

La révision la plus spectaculaire concerne les revenus miniers. Les recettes publiques totales prévues pour l’exercice 2026-2027 passent de 89,6 à 88,1 milliards de dollars namibiens, soit une réduction de 1,5 milliard. Les impôts et redevances provenant des mines sont ramenés de 6,1 à 5,2 milliards. Pour les diamants, l’écart est particulièrement marqué : les recettes fiscales et redevances, qui avaient atteint 5,8 milliards en 2023-2024, ne sont plus attendues qu’à 414 millions pour 2026-2027.
Cette dégradation illustre le risque d’une forte dépendance budgétaire à quelques matières premières. Le marché mondial du diamant subit une demande moins dynamique et des transformations structurelles, tandis que l’uranium et l’or offrent, pour l’instant, des perspectives plus favorables. Le gouvernement évoque la diversification par l’agriculture, la transformation locale, les services et les énergies renouvelables. Mais la transition vers des sources de recettes plus stables demandera des investissements, des compétences et du temps.
Une dette proche de 69 % du PIB
Le déficit public prévu reste fixé à 5,5 % du PIB pour l’exercice, soit environ 16,3 milliards de dollars namibiens. En revanche, la dette publique est désormais projetée à 68,7 % du PIB, contre 65,2 % dans le budget présenté en février. Les intérêts devraient absorber 17,5 % des recettes, une proportion qui réduit les marges pour financer de nouveaux services publics ou infrastructures. Ces ratios concernent des prévisions de fin d’exercice, pas une dette déjà constatée à ce niveau.
Le gouvernement prévoit d’augmenter l’enveloppe des crédits budgétaires soumis à autorisation parlementaire de 87,9 à 88,6 milliards de dollars namibiens. Cette hausse de 700 millions ne doit pas être confondue avec la dépense publique totale, qui comprend aussi les engagements statutaires et est révisée à 105 milliards. Au 30 septembre, les dépenses réalisées ou engagées représentaient 53,5 % des crédits initiaux ; l’exécution des dépenses de développement n’atteignait que 42 %. Cette situation soulève aussi la question de la capacité à transformer les allocations votées en projets exécutés.
Agriculture, santé et formation : des arbitrages concrets
La revue budgétaire ne se limite pas aux agrégats macroéconomiques. Une enveloppe de 179 millions de dollars namibiens est proposée pour lutter contre l’épizootie de fièvre aphteuse, financée par une réduction de 2 % des plafonds de dépenses des administrations. Le gouvernement prévoit également 535 millions supplémentaires pour le régime de couverture médicale des fonctionnaires et 41 millions pour les besoins liés à 456 internes en médecine et odontologie. Il s’agit de propositions budgétaires soumises au processus parlementaire.
Le bilan de l’exécutif met en avant des financements agricoles de 366,9 millions de dollars namibiens accordés par Agribank à 544 clients entre avril et août 2026. Dans l’enseignement supérieur, les aides aux frais d’inscription et de scolarité concerneraient environ 87 000 étudiants éligibles. Un fonds pour les projets portés par des jeunes indique avoir décaissé 110,2 millions à fin septembre, mais les 7 110 emplois associés sont des créations attendues, non des postes déjà vérifiés.
Le défi : financer la diversification sans fragiliser les équilibres
Pour les entreprises, le message est double. Les autorités entendent poursuivre les réformes de l’investissement et améliorer les délais d’obtention des autorisations, tout en surveillant de près les dépenses publiques. Le texte gouvernemental évoque aussi la préparation d’une stratégie de recettes et d’une stratégie de gestion de la dette avant février 2027. Ces documents seront déterminants pour apprécier la crédibilité de la consolidation annoncée.
À court terme, la Namibie doit absorber la baisse des revenus diamantaires sans interrompre les investissements nécessaires à sa transformation. À moyen terme, elle devra démontrer que l’essor espéré des autres activités minières et de nouvelles filières se traduit par des emplois, des exportations et des recettes fiscales durables. La présentation du 22 octobre constitue une mise à jour des prévisions et une proposition d’ajustement budgétaire : elle ne vaut ni approbation définitive de tous les crédits, ni preuve d’une reprise économique acquise.
