Ouganda : plus de 4 000 revendeurs de Wi-Fi informels vers une possible régularisation
Après avoir dénoncé la revente non autorisée d’accès à Internet, le régulateur ougandais a ouvert des consultations avec les opérateurs concernés. Une nouvelle formule de licence pourrait reconnaître ces microentreprises sans renoncer à la protection des consommateurs et à la sécurité des réseaux.

Un point d’accès Wi-Fi informel dans un quartier de Kampala. Plus de 4 000 micro-distributeurs ougandais, qui revendent des connexions à bas prix à 1,5 million d’utilisateurs, négocient actuellement leur légalisation avec le régulateur des télécoms
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Un marché informel devenu impossible à ignorer
Dans les universités, les centres commerciaux et certains quartiers résidentiels ougandais, de petits opérateurs achètent des forfaits Internet auprès de fournisseurs établis, puis les redistribuent à des clients via des points d’accès Wi-Fi. Le modèle répond à une demande de connectivité de proximité, mais il fonctionne souvent en dehors des licences exigées pour la commercialisation de services de télécommunications. L’Uganda Communications Commission (UCC) estime à environ 4 000 le nombre de prestataires non autorisés concernés. Ce chiffre provient d’une évaluation du régulateur rendue publique à la mi-octobre 2026, et non d’un recensement indépendant de toutes les microentreprises numériques du pays.
Le 13 octobre, dans un communiqué publié sur son site le 15, l’UCC annonçait une orientation répressive. Elle dénonçait notamment les risques pour les consommateurs, l’absence de traçabilité, la concurrence faite aux opérateurs agréés et les recettes fiscales potentiellement perdues. L’autorité avançait une estimation de 148 milliards de shillings ougandais de manque à gagner fiscal annuel. Il s’agit d’une estimation administrative dont la méthode détaillée n’est pas exposée dans le communiqué consulté : elle ne doit pas être assimilée à une perte budgétaire auditée.
Des discussions qui changent le ton du régulateur
La séquence a toutefois évolué après une rencontre avec les représentants des revendeurs. Selon Nile Post, le 21 octobre, l’UCC a temporairement suspendu les mesures d’application pendant l’examen d’un cadre de régularisation. Dans un entretien publié le 23 octobre par Daily Monitor, le porte-parole Ibrahim Bbosa indique que plus de 4 000 participants ont pris part à une réunion consultative et qu’un portail de recensement en ligne doit permettre d’identifier les activités, les équipements et les zones desservies. Ces chiffres décrivent des déclarations de l’autorité ; ils ne prouvent pas que tous les opérateurs aient déjà obtenu un statut légal.
La piste étudiée est celle d’une autorisation adaptée aux petits revendeurs, parfois présentée comme une licence communautaire. Une commission de concertation doit examiner les modalités envisageables. L’autorité insiste sur un point : le gel temporaire des contrôles n’équivaut pas à une amnistie générale. Tant qu’un nouveau régime n’a pas été approuvé, les obligations prévues par la législation restent applicables. La possibilité de légalisation est donc une perspective réglementaire, non une réforme déjà entrée en vigueur.
Un arbitrage entre prix bas, fiscalité et protection
La controverse porte aussi sur les prix. Dans son communiqué, l’UCC compare un gigaoctet vendu en moyenne 2 000 shillings par les opérateurs agréés à une offre de 1 000 shillings chez certains revendeurs informels. Le régulateur y voit une concurrence déloyale parce que les coûts fiscaux et réglementaires ne seraient pas équivalents. Mais la différence de prix révèle également une demande réelle de forfaits abordables. Une politique de formalisation qui alourdirait excessivement les charges des petites structures pourrait supprimer une partie de l’offre de proximité au lieu de l’améliorer.
Les enjeux de sécurité ne peuvent pas être écartés pour autant. Un accès public mal administré peut faciliter des abus, tandis qu’un fournisseur non identifiable complique les plaintes, la protection des données et le règlement des litiges. Ces risques doivent être distingués des infractions effectivement constatées : la simple utilisation d’un point Wi-Fi informel ne prouve pas qu’une fraude bancaire ou une interception ait eu lieu. Un futur dispositif pourrait exiger une identification des prestataires, des obligations minimales de qualité, des procédures de recours et des standards de cybersécurité proportionnés à leur taille.
La formalisation comme politique d’entrepreneuriat numérique
L’affaire dépasse ainsi la seule question des licences. Les revendeurs de quartier illustrent la naissance d’une économie numérique de microservices, qui complète parfois les réseaux des grands opérateurs dans des lieux où la demande est concentrée. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu consiste à transformer ces activités en entreprises traçables et contributrices, sans imposer aux plus petites les mêmes coûts qu’aux opérateurs nationaux d’infrastructures. Des règles claires pourraient aussi faciliter l’accès aux services bancaires et aux contrats commerciaux.
Les prochaines étapes seront décisives : publication du cadre de licence, montant des droits éventuels, modalités d’enregistrement, obligations techniques et calendrier de transition. Le nombre d’acteurs effectivement enregistrés permettra de mesurer si la consultation a produit un marché plus formel. À ce stade, l’Ouganda n’a pas légalisé automatiquement 4 000 revendeurs ; il explore une solution pour encadrer une activité déjà présente à grande échelle. La différence entre discussion et décision doit rester au cœur du suivi éditorial.
