RDC : la SNEL présente aux investisseurs émiratis plusieurs milliards de dollars de projets électriques
À Dubaï, la Société nationale d’électricité congolaise a présenté, le 21 octobre, un portefeuille de projets hydroélectriques, solaires et de réseaux à des investisseurs des Émirats arabes unis. Le communiqué diffusé le 23 octobre chiffre plusieurs opérations envisagées, mais ne fait état d’aucun engagement financier nouveau conclu lors de la rencontre.

Signature de l’Accord de Partenariat Économique Global (APEG) entre la RDC et les Émirats arabes unis.
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Une vitrine d’investissement pour l’électricité congolaise
La Société nationale d’électricité (SNEL) de la République démocratique du Congo cherche des partenaires pour accélérer la production et le transport d’électricité. Réunie le 21 octobre 2026 à Dubaï avec Invest Africa, l’entreprise publique a présenté à des représentants émiratis de la finance, de l’énergie et des infrastructures un portefeuille de projets couvrant l’hydroélectricité, le solaire, le stockage, les interconnexions régionales et les compteurs intelligents. Les organisateurs ont rendu compte de cette démarche le 23 octobre.
La rencontre avait pour objet d’ouvrir des discussions avec des investisseurs potentiels. Elle ne correspond pas à la signature d’un contrat de financement ni à une décision finale d’investissement. Cette distinction est essentielle : les montants avancés sont des estimations de projets à développer, et non des sommes déjà mobilisées. Le communiqué de la SNEL et d’Invest Africa ne précise ni calendrier contractuel global, ni prêteurs retenus, ni répartition définitive des risques.
Trois centrales hydroélectriques mises en avant
Parmi les actifs présentés figurent Luapula, projeté à 800 mégawatts pour un investissement estimé à 1,68 milliard de dollars, Kibombo, évalué à 246 mégawatts et 662 millions de dollars, ainsi que Wanie Rukula, annoncé à 688 mégawatts pour 3,4 milliards de dollars. Ensemble, ces trois projets représentent une capacité théorique de 1 734 mégawatts et des besoins d’investissement affichés d’environ 5,74 milliards de dollars. Il s’agit de caractéristiques de projets, pas de centrales en service.
Le portefeuille comprend également une enveloppe indicative d’environ 4 milliards de dollars de développement photovoltaïque. Additionner ces annonces donne une idée de l’échelle des ambitions, mais pas un montant de financement acquis. Les projets nécessiteront des études techniques, des accords fonciers et environnementaux, des contrats d’achat d’électricité, des garanties et des solutions de raccordement. Les coûts annoncés pourront évoluer à mesure que leur conception sera précisée.
Un potentiel hydraulique immense, une capacité encore limitée
D’après la présentation relayée par Invest Africa, la RDC disposerait d’un potentiel hydroélectrique estimé à 167 gigawatts répartis sur quelque 3 350 sites identifiés. Le complexe d’Inga représenterait à lui seul environ 44 gigawatts de potentiel. En regard, la capacité hydroélectrique installée à l’échelle nationale est évaluée à seulement 4,6 gigawatts. Ces ordres de grandeur, fournis par les promoteurs du portefeuille, illustrent l’écart entre ressource naturelle et infrastructures réellement disponibles.
Transformer ce potentiel en courant utilisable implique davantage que de construire des barrages. Il faut renforcer les lignes à haute tension, réduire les pertes techniques et commerciales, améliorer la maintenance et sécuriser les recettes de vente. Une centrale isolée, même puissante, ne garantit pas une alimentation fiable si le réseau ne peut acheminer son énergie vers les villes et les zones industrielles. La modernisation des équipements de mesure et de facturation constitue donc un volet central de la stratégie présentée.
Cuivre et cobalt : l’électricité comme condition industrielle
Les organisateurs ont particulièrement insisté sur les besoins du secteur minier. L’extraction et surtout la transformation locale du cuivre et du cobalt requièrent une alimentation électrique abondante et régulière. Les coupures et le recours à des groupes thermiques renchérissent les coûts de production et compliquent la planification des investissements industriels. La disponibilité d’une énergie compétitive pourrait, à terme, améliorer l’attractivité des activités de raffinage et de transformation sur le territoire congolais.
La SNEL a mis en avant un coût actualisé de production de l’ordre de 32 dollars par mégawattheure pour certaines ressources hydroélectriques, ainsi qu’une production de base décrite comme très largement décarbonée. Ces chiffres proviennent de la communication de présentation aux investisseurs ; ils ne doivent pas être assimilés au tarif moyen payé par tous les consommateurs ni à un audit indépendant du réseau. La rentabilité effective dépendra des coûts de transport, des pertes et des conditions contractuelles.
Des solutions de court terme en parallèle
La recherche de capitaux pour de grands projets s’accompagne de mesures destinées à accroître l’offre à plus brève échéance. Le communiqué évoque ainsi un partenariat avec l’entreprise turque Karpowership pour préparer une centrale électrique flottante à Matadi, d’une capacité initiale annoncée d’environ 134 mégawatts, destinée à soutenir notamment l’approvisionnement de Kinshasa. Le document ne confirme pas sa mise en service effective à la date du 23 octobre.
Ce type de solution peut répondre à une urgence de capacité, mais ses coûts et ses conditions d’approvisionnement doivent être évalués séparément des investissements renouvelables de longue durée. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu consiste à éviter que les réponses transitoires retardent les travaux de réseau et les projets structurels. Les investisseurs, eux, attendront une visibilité sur les contrats, les tarifs, la solvabilité des acheteurs et les règles de règlement des différends.
De la présentation au bouclage financier
La rencontre de Dubaï marque une étape de prospection internationale pour la SNEL, sous la conduite de son directeur général Teddy Lwamba Muba. Invest Africa prévoit de poursuivre les échanges avec des partenaires intéressés. La prochaine information décisive ne sera pas une nouvelle présentation de portefeuille, mais l’identification de projets ayant franchi les étapes de faisabilité, d’attribution, de garanties et de bouclage financier.
La RDC dispose d’un argument industriel puissant : la demande d’électricité liée aux minerais critiques et aux besoins des ménages. Elle doit néanmoins convertir cet avantage en projets bancables, en infrastructures raccordées et en service régulier. À ce stade, les milliards de dollars évoqués correspondent à une ambition d’investissement documentée, non à un financement déjà obtenu. C’est cette frontière entre potentiel, négociation et réalisation qui devra guider le suivi éditorial.
