Soudan : Près de 800 femmes détenues par l’armée sur fond d’accusations de collaboration avec les FSR
Au Soudan, près de 800 femmes sont détenues par l’armée pour des soupçons de collaboration avec les Forces de soutien rapide (FSR). Des arrestations qui, selon l’organisation Siha, visent parfois des civiles dont les actes relevaient de la vie quotidienne dans des zones contrôlées par les paramilitaires.

Des femmes et des enfants soudanais déplacées, rassemblées dans un camp près de la ville de Tawila, dans le nord du Darfour, le 11 février 2025 /AFP
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La reprise de plusieurs territoires par l’armée soudanaise s’accompagne d’une vague d’arrestations visant des femmes accusées d’avoir entretenu des liens avec les Forces de soutien rapide (FSR). L’organisation de défense des droits des femmes Siha estime qu’environ 800 d’entre elles sont actuellement détenues dans plusieurs prisons du pays.
Ces arrestations concernent notamment des femmes originaires de zones qui étaient auparavant sous le contrôle des paramilitaires. Après le retour de l’armée dans ces localités, certaines habitantes ont été soupçonnées d’avoir aidé ou soutenu les FSR.
Les lieux de détention sont notamment situés à Omdurman, El-Obeid, dans le Kordofan-Nord, ainsi qu’à Kassala et Al-Qadarif.
Interrogée, Hala al-Karib, directrice régionale de Siha, a indiqué qu’une partie importante des accusations repose sur des activités qui relevaient avant tout de la survie quotidienne.
Certaines femmes auraient été arrêtées pour avoir préparé des repas destinés aux combattants ou leur avoir vendu du thé dans la rue. Le cas de Kadamallah Abdel-Ghani illustre cette situation.
Cette enseignante aurait tenté de négocier avec des membres des FSR lorsqu’ils contrôlaient Khartoum-Nord, dans le but d’obtenir l’autorisation de rétablir l’approvisionnement en eau de son quartier. Une démarche que les autorités auraient ensuite considérée comme un acte de collaboration.
Siha estime ainsi que des femmes sont parfois poursuivies moins pour des actes militaires que pour avoir continué à vivre et à travailler dans des territoires contrôlés par les paramilitaires.
L’organisation souligne toutefois que les abus ne sont pas exclusivement imputés aux forces gouvernementales. Dans les territoires contrôlés par les FSR, des femmes ont également été arrêtées ou accusées de collaboration avec l’armée. Dans plusieurs cas, leurs proches ignorent même leur lieu de détention.
Une différence demeure néanmoins, selon Siha. Dans les zones reprises par l’armée, les organisations de défense des droits humains peuvent accéder à certaines détenues. Ces dernières peuvent également recevoir des visites et bénéficier d’une assistance juridique, ce qui reste impossible dans de nombreux secteurs contrôlés par les paramilitaires.
Pour Hala al-Karib, cette situation s’inscrit dans un contexte plus ancien de criminalisation des femmes au Soudan. La guerre actuelle aurait ainsi aggravé une vulnérabilité déjà présente dans le système judiciaire et social du pays.
Depuis le début du conflit entre l’armée soudanaise et les FSR, les populations civiles sont prises entre deux forces rivales. Pour les organisations de défense des droits humains, les femmes figurent parmi les premières victimes de cette dynamique, qu’elles soient accusées de soutenir un camp ou l’autre.
