Chargement des indices boursiers africains...
Nom de votre média

Soudan: Washington bloque le visa d’Abdel Fattah al-Burhan à la veille de son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU

À la veille de son intervention annoncée devant l’Assemblée générale de l’ONU, le chef de l’armée soudanaise Abdel Fattah al-Burhan serait toujours privé de visa américain. Washington conditionnerait son entrée aux États-Unis à l’acceptation d’une trêve de trois mois au Soudan, une décision qui suscite des inquiétudes au sein de l’ONU et soulève des interrogations sur les obligations américaines envers les représentants des États membres.

Par Thomas Biakpa
Publié le 24 septembre 2026
Lecture : 4 min
Soudan: Washington bloque le visa d’Abdel Fattah al-Burhan à la veille de son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU

Le chef de l’armée soudanaise Abdel Fattah al-Burhan serait toujours privé de visa américain/AP

Publicité

Format Pavé

300 x 250 px

Alors qu’il était attendu devant l’Assemblée générale des Nations unies pour son intervention, le chef de l’armée soudanaise et président du Conseil souverain, le général Abdel Fattah al-Burhan, se retrouve au cœur d’un bras de fer diplomatique avec Washington. Selon plusieurs sources diplomatiques, les autorités américaines auraient refusé de lui délivrer un visa d’entrée sur leur territoire.

Le déplacement du dirigeant soudanais à New York, prévu dans le cadre de la session de l’Assemblée générale de l’ONU, est ainsi compromis. D’après ces mêmes sources, l’administration américaine aurait lié l’octroi du visa à une condition précise : l’acceptation par Abdel Fattah al-Burhan d’une trêve de trois mois dans la guerre qui oppose, depuis avril 2023, l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR).

Washington réclame une trêve

La question d’un cessez-le-feu constitue depuis longtemps l’un des principaux points de désaccord entre les protagonistes du conflit soudanais. Abdel Fattah al-Burhan s’est à plusieurs reprises montré hostile à certaines propositions de trêve, considérant qu’une suspension des combats pourrait permettre aux FSR de réorganiser leurs forces et de préparer de nouvelles offensives.

Dans ce contexte, la position affichée par Washington semble traduire une volonté d’accentuer la pression sur les dirigeants des deux camps, afin d’obtenir une pause humanitaire.

Mardi 22 septembre, le département d’État américain a d’ailleurs adopté un ton particulièrement ferme à l’égard des autorités militaires soudanaises comme des FSR. Son porte-parole, Tommy Pigott, a déclaré que ni les Forces armées soudanaises, ni les Forces de soutien rapide, ni leurs dirigeants respectifs ne constituaient un pouvoir « légitime et constitutionnel » au Soudan.

Cette prise de position dépasse la seule question du conflit militaire. Elle remet également en lumière la manière dont Washington considère les structures de pouvoir actuellement en place à Khartoum et, notamment, le rôle d’Abdel Fattah al-Burhan à la tête du Conseil souverain.

Une décision qui soulève des interrogations à l’ONU

Le refus de visa attribué au dirigeant soudanais intervient alors même que les États-Unis accueillent le siège des Nations unies et sont liés à l’organisation par un accord définissant les conditions d’accès au territoire américain pour les représentants des États membres.
Selon les dispositions de cet accord, Washington est tenu de faciliter l’entrée des représentants étrangers participant aux travaux des Nations unies et de leur délivrer les visas nécessaires sans « entrave ni retard ».

La situation d’Abdel Fattah al-Burhan suscite donc des inquiétudes au sein de l’organisation internationale. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a fait part mardi soir de sa vive préoccupation face à la non-délivrance du document permettant au dirigeant soudanais de se rendre aux États-Unis.

Au-delà du cas personnel du général al-Burhan, cette affaire pose ainsi une question plus large sur les obligations des États-Unis en tant que pays hôte du siège des Nations unies.

Un possible conflit avec les obligations internationales

Pour Romuald Sciora, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), la décision américaine constituerait une violation des engagements internationaux pris par Washington. Selon lui, les accords conclus entre les Nations unies et les États-Unis ne permettraient pas à Washington de refuser arbitrairement l’accès au territoire américain à un représentant d’un État membre participant aux travaux de l’organisation.

Le chercheur estime également que les considérations liées à la sécurité ne suffiraient pas, à elles seules, à justifier une telle décision.
Cette interprétation est toutefois au cœur d’un débat diplomatique et juridique qui dépasse le seul déplacement du dirigeant soudanais. D’un côté, Washington entend maintenir la pression sur les responsables du conflit soudanais et obtenir des engagements en faveur d’une trêve humanitaire. De l’autre, les règles régissant la présence des représentants des États membres au siège de l’ONU imposent aux États-Unis des obligations particulières en tant que pays hôte.

À la veille de la prise de parole prévue d’Abdel Fattah al-Burhan devant l’Assemblée générale, l’affaire place donc les Nations unies face à une situation délicate : comment concilier les exigences diplomatiques liées à la guerre au Soudan avec les engagements internationaux qui encadrent le fonctionnement de l’organisation sur le territoire américain ?