Tanzanie : un accord de cinq ans pour numériser les manuels scolaires, avec quatre ouvrages en première phase
Signé le 23 octobre à Dodoma, le partenariat entre le Tanzania Institute of Education et l’UCSAF doit rapprocher contenus pédagogiques, accès numérique et formation. Un pilote sur quatre manuels du secondaire est annoncé, mais sa diffusion à grande échelle reste à construire.

Les responsables du TIE et de l’UCSAF lors de la signature de leur accord de coopération destiné à accélérer la production de ressources pédagogiques numériques en Tanzanie.
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Le projet part d’un constat simple : étendre les réseaux et installer des équipements ne suffit pas à transformer l’enseignement si les élèves ne disposent pas de contenus adaptés et si les professeurs ne sont pas préparés à les utiliser. Les deux organismes veulent donc rapprocher infrastructure, production pédagogique et formation aux compétences numériques. Il s’agit à ce stade d’un cadre de coopération et d’un programme initial, pas d’un déploiement achevé dans les écoles.
Quatre manuels pour ouvrir le chantier

La première phase doit porter sur quatre ouvrages de Form Three, une année du secondaire tanzanien. D’après The Respondent, les matières retenues sont les études commerciales, l’histoire de la Tanzanie et l’éthique, l’anglais et les mathématiques. Le média annonce un projet pilote de trente jours, du 28 octobre au 25 novembre 2026. Le quotidien public Daily News confirme le principe de quatre manuels à actualiser et numériser, sans détailler dans son article le même calendrier opérationnel.
Les supports envisagés ne se limiteraient pas à des fichiers PDF. Les informations rapportées évoquent l’intégration de vidéos, d’enregistrements audio, d’animations et d’exercices interactifs. Une telle approche peut offrir des moyens supplémentaires d’expliquer des notions complexes, de revoir un cours à son rythme ou de vérifier sa compréhension. Son intérêt dépendra toutefois de la qualité pédagogique, de la facilité d’accès et de la compatibilité avec les appareils réellement disponibles dans les établissements.
Le choix de la Form Three n’est pas anodin. À ce niveau, les élèves doivent consolider des acquis qui pèseront sur la suite de leur parcours secondaire. Pour les autorités, produire des contenus numériques validés par l’institution nationale responsable des programmes peut également réduire le risque de voir se multiplier des ressources non conformes aux curricula officiels.
Une répartition des rôles entre financement et pédagogie
Selon les informations rendues publiques lors de la signature, l’UCSAF apportera un appui financier et participera à la coordination des activités. Le TIE mobilisera son expertise en matière de programmes, de conception des supports et de contrôle de leur qualité. Les responsables ont également évoqué le renforcement des plateformes de diffusion et la préparation de lignes directrices pour la formation aux compétences numériques.
La directrice générale du TIE, Aneth Komba, a présenté la coopération comme un moyen d’améliorer l’accès aux ressources et les pratiques d’enseignement. Le directeur général de l’UCSAF, Mulembwa Munaku, a insisté sur les limites d’une politique qui se concentrerait uniquement sur la couverture des réseaux : sans contenus utiles et sans compétences, les infrastructures ne produisent pas automatiquement de meilleurs apprentissages.
Cette articulation institutionnelle constitue le cœur du projet. Un manuel numérique doit rester un outil d’enseignement, conçu à partir d’objectifs d’apprentissage, et non un simple produit technologique. Il faudra notamment définir les responsabilités de mise à jour, les procédures de validation, les droits d’utilisation et les modalités de distribution dans les écoles publiques et privées.
L’accès hors ligne et le handicap, deux tests décisifs
La numérisation promet d’élargir l’accès aux cours, mais elle peut aussi reproduire les inégalités existantes. Tous les élèves ne disposent pas d’un téléphone adapté, d’une tablette, d’un ordinateur ou d’une connexion stable. Les contenus devront pouvoir fonctionner dans des contextes de faible débit et, lorsque cela est possible, être consultés hors ligne ou partagés à l’échelle d’un établissement.
The Respondent indique que le pilote doit tenir compte des besoins des apprenants en situation de handicap. Cette ambition suppose des choix techniques précis : fichiers lisibles par des technologies d’assistance, textes alternatifs pour les images, sous-titrage des vidéos, navigation simple et formats compatibles avec différents terminaux. L’accessibilité ne pourra être jugée qu’à partir des produits livrés et de leur utilisation effective.
La question linguistique est tout aussi importante. Les disciplines, les niveaux et les pratiques scolaires n’emploient pas tous les mêmes langues d’enseignement. La qualité des traductions, la cohérence du vocabulaire et l’adéquation aux examens devront être contrôlées. Un support interactif attractif mais imprécis sur le plan scientifique ou pédagogique pourrait compliquer le travail des enseignants au lieu de le faciliter.
Cinq ans pour mesurer davantage que des fichiers produits
L’accord prévoit aussi l’élaboration de lignes directrices pour des programmes de renforcement des compétences numériques. Cette dimension sera déterminante : un enseignant formé peut intégrer les ressources à sa préparation, adapter les exercices et suivre les difficultés des élèves ; sans accompagnement, le même matériel risque de rester sous-utilisé. Le temps de formation, l’assistance technique et la maintenance doivent donc être considérés comme des dépenses de fonctionnement durables.
Les autorités n’ont pas communiqué, dans les sources examinées, de budget global consolidé, de nombre d’établissements bénéficiaires ni d’objectif national chiffré d’élèves touchés. Ces données seront nécessaires pour apprécier la portée réelle de l’accord. Elles permettront également de distinguer la réussite d’un pilote de son éventuelle généralisation, beaucoup plus exigeante en financement et en organisation.
Pour le TIE et l’UCSAF, le premier jalon sera la livraison de quatre manuels numériques de qualité, suivie de leur expérimentation auprès des utilisateurs. Le succès du partenariat ne se mesurera pas seulement au nombre de contenus mis en ligne, mais à leur disponibilité, à leur accessibilité et à leur contribution démontrable aux apprentissages. La signature du 23 octobre ouvre ce chantier ; elle n’en constitue pas encore le résultat.
