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ZLECAf, le vrai problème de l’Afrique n’est plus seulement les droits de douane

La suppression des tarifs ouvre les marchés. Elle ne suffit pas à faire circuler les marchandises, les services et les capitaux. La prochaine bataille de l’intégration africaine est celle des systèmes qui doivent fonctionner ensemble.

Par la Rédaction
Publié le 26 août 2026
Lecture : 3 min
ZLECAf, le vrai problème de l’Afrique n’est plus seulement les droits de douane

Carte du continent africain indiquant le statut de participation et d’intégration des États membres au sein du marché unique de la ZLECAf.

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La Zone de libre-échange continentale africaine a créé ce qui manquait depuis longtemps au continent : un cadre politique commun pour construire un grand marché. Mais la signature d’un accord et la baisse progressive des droits de douane ne transforment pas automatiquement cinquante-quatre économies en un espace économique intégré. Dans un rapport présenté en août 2026, la Banque mondiale insiste précisément sur ce déplacement du problème : l’enjeu est désormais l’interopérabilité des douanes, du transport, des normes, des paiements, des services, de l’énergie, de la finance et des données.

Pour une entreprise, la frontière économique commence bien avant le tarif. Elle apparaît lorsqu’un camion attend plusieurs jours à un poste de contrôle, lorsqu’un certificat de conformité n’est pas reconnu dans le pays voisin, lorsqu’un paiement transfrontalier est coûteux, lorsqu’un transporteur ne peut pas librement opérer au-delà de son marché national ou lorsqu’une entreprise doit dupliquer ses procédures administratives dans chaque juridiction. Ces frictions peuvent annuler l’avantage créé par une réduction des droits de douane. Elles pénalisent surtout les PME, qui n’ont ni les équipes juridiques ni la trésorerie permettant d’absorber des délais imprévisibles.

Les systèmes qui doivent devenir interopérables pour que la ZLECAf fonctionne pleinement. Source : Banque mondiale, Integrating Africa – From Threads to Hubs, 2026.

L’enjeu est aussi industriel. Le commerce intra-africain reste minoritaire dans le commerce total du continent, mais il est plus diversifié et davantage orienté vers les produits manufacturés que les exportations vers le reste du monde. C’est précisément pour cette raison que la ZLECAf peut être un instrument de transformation : une filière agroalimentaire, pharmaceutique, textile ou automobile n’a pas nécessairement besoin qu’un seul pays maîtrise toute la chaîne. Elle a besoin que plusieurs pays puissent se répartir les étapes de production sans que chaque passage de frontière recrée des coûts prohibitifs.

La Banque mondiale propose ainsi de raisonner à trois niveaux. Au niveau national, les gouvernements peuvent simplifier les inspections, moderniser les guichets uniques, ouvrir davantage les services logistiques et réduire les obstacles réglementaires. Au niveau régional, les communautés économiques peuvent harmoniser les standards, organiser les corridors, rendre les paiements interopérables et construire des marchés électriques transfrontaliers. Au niveau continental, l’Union africaine et le secrétariat de la ZLECAf doivent fournir des règles communes, des mécanismes de règlement des différends et une cohérence d’ensemble.

La réussite de la ZLECAf se mesurera donc moins au nombre de lignes tarifaires libéralisées qu’à une question très concrète : une entreprise africaine peut-elle vendre, payer, transporter et produire dans plusieurs pays avec une prévisibilité proche de celle d’un marché domestique ? Lorsque la réponse deviendra oui, l’intégration commerciale commencera réellement à produire de l’industrialisation, des investissements et des emplois.