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vendredi, juillet 17, 2026
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Give-Back : Quand les alumni financent l’avenir de leur école

Le 25 juin 2026, l’École polytechnique a annoncé une contribution de 50 millions d’euros de Bernard Arnault, diplômé de la promotion 1969. Ce financement permettra de construire un Institut de mathématiques et de sciences fondamentales qui devrait ouvrir à l’horizon 2030 et accueillir près de 400 enseignants-chercheurs, doctorants et postdoctorants. Le futur centre travaillera notamment sur des disciplines stratégiques pour l’intelligence artificielle, les technologies quantiques et la cybersécurité.

Cette annonce rappelle la capacité des anciens élèves à modifier durablement la trajectoire de leur établissement. Dans les grandes universités américaines, le « give back » ne se limite pas à un geste symbolique de reconnaissance. Il finance des bourses, attire des chercheurs, construit des laboratoires, soutient l’innovation et permet aux universités d’investir dans des projets scientifiques dont les effets se mesurent parfois sur plusieurs décennies.

Michael Bloomberg en constitue probablement l’exemple le plus emblématique. Diplômé de Johns Hopkins en 1964, il avait effectué un premier don de cinq dollars l’année de sa sortie. Son engagement a progressivement pris une tout autre dimension. En 2001, l’École d’hygiène et de santé publique de Johns Hopkins est devenue la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, en reconnaissance de son soutien financier et de son engagement envers la santé publique. Cette école ne constitue donc pas une initiative périphérique portant simplement le nom d’un donateur. Elle est l’une des composantes majeures de l’université et porte depuis vingt-cinq ans l’empreinte institutionnelle de son alumnus.

Bloomberg a ensuite consacré 1,8 milliard de dollars, en 2018, à l’aide financière des étudiants de premier cycle. Ce don a permis à Johns Hopkins d’adopter durablement une politique d’admission ne tenant plus compte des capacités financières des candidats. En 2024, une nouvelle contribution d’un milliard de dollars a notamment rendu les études de médecine gratuites pour les étudiants issus de familles gagnant moins de 300 000 dollars par an, avec une prise en charge supplémentaire des frais de vie pour les familles disposant de revenus inférieurs à 175 000 dollars.

D’autres alumni ont suivi des trajectoires comparables. Kenneth Griffin a accordé 300 millions de dollars à la Faculty of Arts and Sciences de Harvard en 2023, portant alors son soutien cumulé à l’université à plus de 500 millions de dollars. David Tepper, diplômé de Carnegie Mellon en 1982, a engagé plus de 125 millions de dollars au profit de son université. Ses contributions ont permis de rebaptiser et de doter la Tepper School of Business, puis de financer le vaste Tepper Quadrangle, conçu comme un espace de rencontre entre les différentes disciplines de l’université.

Carl Icahn, diplômé de Princeton en 1957, a donné 20 millions de dollars pour la construction d’un laboratoire consacré à la génomique. Le bâtiment porte aujourd’hui son nom et abrite des activités de recherche interdisciplinaires. Il a aussi fait un autre don de 200 millions de dollars à la Mount Sinai School of Medicine de New York aujourd’hui rebaptisée Icahn School of Medicine.

À ces dons d’anciens étudiants s’ajoute une philanthropie académique plus large. Leonard Blavatnik, qui n’est pas diplômé d’Oxford, a engagé 75 millions de livres sterling pour permettre la création de la Blavatnik School of Government. L’université a complété cette contribution par 26 millions de livres et la mise à disposition du terrain. Le cas Blavatnik montre qu’un réseau universitaire mature peut aussi mobiliser des entrepreneurs, des fondations et des partenaires extérieurs à sa communauté d’anciens élèves.

Une université au cœur de l’histoire ivoirienne

En Côte d’Ivoire, une institution possède théoriquement toutes les caractéristiques nécessaires pour développer une puissance comparable, adaptée aux réalités nationales. Il s’agit de l’Université Félix Houphouët-Boigny.

L’établissement est l’héritier du Centre d’enseignement supérieur d’Abidjan créé en 1959, devenu Université d’Abidjan en 1963, puis Université nationale de Côte d’Ivoire en 1977. Il a ensuite porté le nom d’Université de Cocody avant de devenir l’Université Félix Houphouët-Boigny. Les diplômés de ces différentes périodes appartiennent donc à une même histoire institutionnelle, même lorsque leurs diplômes portent des appellations différentes.

Cette continuité permet de mesurer l’étendue exceptionnelle de sa communauté. L’université a formé des personnalités qui ont exercé ou exercent encore des responsabilités majeures dans la politique, l’administration, la diplomatie, l’armée, la banque, le droit, la recherche et les institutions panafricaines.

Laurent Gbagbo y a obtenu une licence d’histoire en 1969, à l’époque de l’Université d’Abidjan. Patrick Achi a obtenu une maîtrise de physique à l’Université nationale de Côte d’Ivoire en 1979, avant de poursuivre sa formation à Supélec et à Stanford. Ces deux anciens Premiers responsables de l’État appartiennent à des familles politiques différentes, ce qui montre précisément pourquoi un réseau d’alumni ne devrait être ni partisan ni rattaché à un régime.

Simone Gbagbo, diplômée en lettres modernes et ancienne universitaire, est également liée à l’Université d’Abidjan par son parcours académique et professionnel. Le général Philippe Mangou, ancien chef d’état-major des armées et ancien ambassadeur, y a obtenu un DEUG en droit lorsque l’établissement portait le nom d’Université de Cocody.

La communauté dépasse largement les frontières ivoiriennes. Faustin-Archange Touadéra, mathématicien devenu président de la République centrafricaine, a effectué une partie de sa formation supérieure en mathématiques à l’Université d’Abidjan. Sa présence dans cette histoire donne au futur réseau d’alumni de l’UFHB une dimension immédiatement régionale et diplomatique.

Dans le domaine de la politique économique et de l’administration publique, Nialé Kaba a obtenu une maîtrise en sciences économiques à l’Université d’Abidjan-Cocody en 1989. Elle occupe depuis janvier 2026 les fonctions de ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Adama Diawara, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a obtenu à l’Université de Cocody un DUES en mathématiques-physique en 1982, puis une maîtrise de physique en 1985, avant d’y poursuivre une carrière d’enseignant-chercheur.

L’ancienne ministre Mariatou Koné y a étudié la sociologie jusqu’à la maîtrise. Jean-Claude Kassi Brou, ancien président de la Commission de la CEDEAO et actuel gouverneur de la BCEAO, possède également une maîtrise de l’Université nationale de Côte d’Ivoire. Plusieurs autres ministres, anciens ministres, magistrats, parlementaires, universitaires et hauts fonctionnaires ont suivi tout ou partie de leur cursus dans cet établissement.

La finance africaine est également représentée. Jean-Louis Ekra, ancien président et président du conseil d’administration d’Afreximbank, a étudié à l’Université d’Abidjan avant de poursuivre son cursus à la Stern School of Business de New York University. Félix Bikpo, figure de la banque et du financement des petites et moyennes entreprises africaines, est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université nationale de Côte d’Ivoire avant de s’envoler pour la France et obtenir le master in management de l’ESSEC Business School.

Dans le domaine juridique, Michel Brizoua-Bi, avocat d’affaires et arbitre international, a obtenu une maîtrise en droit des affaires à l’Université d’Abidjan, avant de poursuivre sa formation à Toulouse et à Harvard.

Un réseau potentiellement sans équivalent en Côte d’Ivoire

Pris individuellement, ces parcours sont déjà remarquables. Réunis au sein d’une même organisation, ils pourraient constituer le réseau d’alumni le plus influent de Côte d’Ivoire et probablement l’un des plus puissants de l’espace universitaire francophone africain.

Cette affirmation ne repose pas uniquement sur le prestige des noms. Elle découle de la diversité des leviers que ces anciens peuvent mobiliser. Le réseau compterait d’anciens chefs d’État, un chef d’État étranger en exercice, des dirigeants d’institutions régionales, des ministres, des diplomates, des hauts fonctionnaires, des banquiers, des avocats, des universitaires, des médecins et des entrepreneurs. Peu d’organisations ivoiriennes pourraient réunir une telle concentration de pouvoir politique, économique, scientifique et relationnel.

La principale richesse de ce réseau ne serait d’ailleurs pas financière. Elle résiderait dans sa capacité à ouvrir des portes, à créer des partenariats, à attirer des chercheurs, à faciliter des stages, à accompagner des étudiants, à mobiliser la diaspora et à connecter l’UFHB avec les institutions dans lesquelles travaillent ses anciens.

Mais le potentiel ne deviendra une force réelle qu’à certaines conditions. La première serait de soustraire le réseau aux appartenances politiques. Laurent Gbagbo, Patrick Achi, Nialé Kaba, Philippe Mangou ou les anciens ministres issus de périodes différentes doivent pouvoir y siéger en tant qu’anciens étudiants et non comme représentants de camps politiques. L’université doit constituer le dénominateur commun.

La deuxième condition serait de disposer d’une véritable base de données. L’UFHB devrait être capable d’identifier ses anciens par promotion, faculté, secteur professionnel, pays de résidence et domaine d’expertise. Des chapitres pourraient ensuite être organisés par UFR, par génération, par profession et par zone géographique.

La troisième condition serait la confiance. Une Fondation UFHB Alumni devrait disposer d’une gouvernance autonome, de comptes audités, d’un comité d’investissement, de règles strictes sur les conflits d’intérêts et d’un rapport annuel accessible au public. Chaque donateur devrait pouvoir connaître le montant collecté, les projets financés et les résultats obtenus.

Passer des retrouvailles au financement du savoir

Le « give back » ne suppose pas que chaque ancien élève soit milliardaire. À titre d’illustration, 20 000 diplômés donnant chacun 5 000 francs CFA par mois mobiliseraient 1,2 milliard de francs CFA par an. Une campagne réunissant plusieurs générations, la diaspora et quelques grands donateurs pourrait atteindre des montants beaucoup plus importants.

Les financements pourraient être dirigés vers des objectifs précis. Une partie servirait à constituer un fonds de dotation dont seuls les revenus seraient dépensés. Une autre financerait des bourses sociales et d’excellence, des laboratoires, des bibliothèques numériques, des chaires de recherche, des séjours internationaux, des programmes doctoraux et un fonds d’amorçage pour les projets scientifiques ou entrepreneuriaux des étudiants.

Le dispositif pourrait commencer par un cercle fondateur réunissant une cinquantaine de personnalités reconnues, choisies pour représenter les différentes générations, disciplines et sensibilités. Leur première mission ne serait pas nécessairement de réaliser elles-mêmes les plus gros dons, mais de donner de la crédibilité au projet, de mobiliser leurs réseaux et d’installer une culture de contribution régulière.

Une journée annuelle du don, des campagnes dédiées à chaque faculté et des projets clairement documentés permettraient ensuite d’élargir la mobilisation. Les contributions non financières devraient également être valorisées. Un avocat peut offrir des heures de formation, un médecin accueillir des internes, un dirigeant recruter des stagiaires, un diplomate faciliter un partenariat, un chercheur codiriger une thèse et un entrepreneur accompagner une start-up étudiante.

Des universités africaines ont déjà commencé à professionnaliser cette relation. L’Université du Cap dispose d’équipes chargées de la philanthropie, du suivi des donateurs et de la présentation de projets d’investissement. L’Université du Ghana a confié à une direction spécialisée la construction de son réseau d’alumni et la mobilisation de ressources financières ou matérielles. Elle a également lancé en 2026 une plateforme mondiale destinée à connecter ses anciens.

L’enjeu n’est donc pas d’importer mécaniquement un modèle américain. Il consiste à l’adapter à une culture africaine dans laquelle les personnes qui réussissent soutiennent déjà leur famille, leur village, leur communauté religieuse ou leur région d’origine. L’université doit devenir, elle aussi, une communauté envers laquelle on conserve une responsabilité.

L’Université Félix Houphouët-Boigny a formé une partie significative de l’élite politique, administrative, économique et intellectuelle ivoirienne. Elle a également accueilli des étudiants devenus des responsables influents dans d’autres pays africains. Pourtant, cette puissance demeure largement dispersée.

La fédérer ne résoudrait pas toutes les difficultés de l’université. Mais elle pourrait lui donner des moyens supplémentaires, renforcer son autonomie, accélérer la modernisation de ses infrastructures et replacer ses anciens étudiants au cœur de son avenir.

Bloomberg, Griffin, Tepper, Icahn ou Arnault montrent ce que quelques grandes fortunes peuvent accomplir. Le cas de l’UFHB pourrait démontrer autre chose. Une université africaine peut se transformer non seulement grâce à un don exceptionnel, mais aussi grâce à la mobilisation organisée de plusieurs générations de diplômés décidés à rendre à leur établissement une partie de ce qu’il leur a donné.

 

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