En l’espace de quelques jours, Gianni Infantino est passé d’un ambitieux projet de transformation économique de la FIFA à une crise susceptible d’ébranler son avenir à la tête de l’organisation. L’abandon de FIFA Forward Enterprise (FFE), annoncé le 31 juillet, n’a pas mis fin aux tensions. Au contraire, il semble avoir ouvert une nouvelle séquence où se mêlent menaces judiciaires, contestation politique et remise en cause de sa gouvernance.
Le premier signal est venu de l’UEFA. Vendredi 31 juillet dernier, l’instance européenne a officiellement demandé au président de la FIFA de conserver l’ensemble des documents liés au projet FFE, laissant entendre qu’une procédure judiciaire pourrait être engagée. Selon le Telegraph, cette mise en demeure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à examiner les conditions dans lesquelles cette réforme a été élaborée puis présentée aux fédérations.
Le projet FFE avait pour ambition de créer une filiale commerciale chargée de gérer les principales compétitions de la FIFA avec l’entrée d’investisseurs privés au capital. L’objectif affiché était de lever 4,2 milliards de dollars d’ici la fin de l’année avant de redistribuer l’intégralité des bénéfices aux 211 associations membres.
Mais cette ouverture du capital a rapidement suscité une vive opposition. Parmi les investisseurs évoqués figurait notamment le fonds Thrive Eternal, fondé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, lui-même proche de Donald Trump. Cette perspective a alimenté les critiques de plusieurs dirigeants du football mondial, déjà préoccupés par les relations de plus en plus étroites entre Gianni Infantino et l’entourage de l’ancien président américain.
L’UEFA a alors pris la tête de la contestation. Avec ses 55 fédérations membres, elle a menacé de boycotter les compétitions de la FIFA tant que le projet ne serait pas définitivement abandonné et assorti de garanties juridiques. La Concacaf puis la Confédération asiatique ont ensuite rejoint cette opposition, isolant progressivement le président de la FIFA.
Face à cette pression grandissante, Gianni Infantino a finalement annoncé le retrait du projet, estimant qu’il avait provoqué des divisions incompatibles avec l’objectif d’unité du football mondial. Ce recul n’a toutefois pas suffi à apaiser les tensions.
Selon le Guardian, une partie du Conseil de la FIFA chercherait désormais à réunir les 19 voix nécessaires sur 37, afin de convoquer une réunion extraordinaire.
Plusieurs membres souhaiteraient obtenir des explications publiques sur la gouvernance du président suisse et, pour certains, ouvrir la voie à une remise en cause de son maintien à la tête de l’organisation.
Cette mobilisation dépasserait d’ailleurs le seul dossier FFE. Toujours selon le quotidien britannique, les critiques se sont intensifiées après la décision controversée de lever la suspension de Folarin Balogun durant la Coupe du monde. Des appels téléphoniques attribués à Donald Trump auraient précédé cette décision, poussant certains responsables de la FIFA à réclamer une enquête indépendante. Plusieurs administrateurs envisageraient même de demander le départ d’Infantino si celui-ci refusait une telle investigation.
Parallèlement, l’UEFA reproche également à la FIFA les méthodes employées pour tenter d’obtenir le soutien des fédérations au projet FFE. Dans un communiqué, l’organisation européenne affirme qu’une échéance aurait été imposée aux associations membres, avec la menace de perdre un paiement exceptionnel en cas de refus. Pour Aleksander Čeferin et ses équipes, cette méthode traduit une opposition de plus en plus profonde au sein du football international.
La pression pourrait désormais prendre une dimension institutionnelle. Le Telegraph indique que l’UEFA aurait laissé entendre que Gianni Infantino devait envisager un départ volontaire, faute de quoi une procédure prévue par les statuts de la FIFA pourrait être activée. En vertu de l’article 25, 43 fédérations suffisent pour exiger la convocation d’un Congrès extraordinaire. Avec ses 55 membres, l’UEFA dépasse déjà ce seuil. Une majorité absolue des 211 associations, soit 106 voix, serait ensuite nécessaire pour adopter une éventuelle motion de destitution.
Les premiers soutiens commencent également à s’effriter. La Football Association of Wales a retiré son appui à une nouvelle candidature d’Infantino, dénonçant des insuffisances en matière de gouvernance, de processus décisionnels et de leadership. La Fédération anglaise a ensuite adopté la même position, revenant sur la lettre de soutien qu’elle avait précédemment adressée au président de la FIFA.
Ce changement de climat est d’autant plus marquant qu’il intervient quelques semaines seulement après que plus de 200 fédérations avaient officiellement soutenu une nouvelle candidature d’Infantino pour l’élection prévue en mars 2027, où il demeure, à ce stade, le seul candidat déclaré.
Réélu en mai 2025 pour ce qui devait être son troisième et dernier mandat, Gianni Infantino avait fait de la restauration de l’image de la FIFA et du développement mondial du football les priorités de son action. Pourtant, l’épisode FIFA Forward Enterprise rappelle les difficultés déjà rencontrées en 2019, lorsque le Conseil de la FIFA avait rejeté un projet d’investissement de 25 milliards de dollars destiné à développer la Coupe du monde des clubs, sous l’impulsion des fédérations européennes.
À cette contestation interne s’ajoute enfin une procédure pénale toujours ouverte en Suisse concernant les soupçons de collusion avec l’ancien procureur fédéral Michael Lauber dans le prolongement de l’affaire Fifagate. Autant d’éléments qui placent aujourd’hui Gianni Infantino dans la période la plus délicate de sa présidence, alors qu’il lui reste un an à accomplir avant l’échéance prévue de son dernier mandat.
Thom Biakpa




