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RDC : Une enquête révèle que jusqu’à 5 000 tonnes d’uranium auraient été exportées clandestinement avec le cobalt vers la Chine entre 2000 et 2024

Une enquête internationale publiée le 30 juillet 2026 par Lighthouse Reports, en partenariat avec le Financial Times et Le Monde, révèle qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium auraient quitté clandestinement la République démocratique du Congo (RDC) vers la Chine entre 2000 et 2024, mêlées aux exportations de cobalt.

Cette révélation repose sur un mémo confidentiel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), daté de 2009, ainsi que sur une étude scientifique publiée dans la revue Nature Communications. Selon les chercheurs, l’uranium présent naturellement dans les minerais de cobalt du Katanga n’aurait pas été systématiquement retiré avant l’exportation, malgré l’interdiction d’exporter ce minerai stratégique depuis la RDC.

Une immense filière tournée vers la Chine

Depuis le début des années 2000, la RDC est devenue le premier producteur mondial de cobalt, un métal indispensable à la fabrication des batteries des véhicules électriques, des composants électroniques et de nombreuses technologies de pointe.

Au fil des années, la quasi-totalité de cette production a pris la direction de la Chine. En 2023, le pays assurait déjà le raffinage de près de 80 % du cobalt mondial, tandis qu’environ 95 % du cobalt congolais y était exporté pour être transformé.

Selon l’enquête, c’est dans ce flux massif de minerai que des quantités importantes d’uranium auraient également été acheminées, sans être déclarées comme telles.

Entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium

Pour estimer les volumes exportés, des chercheurs spécialisés en ingénierie nucléaire et en géologie ont analysé la composition des minerais du Katanga, les données de production des principales mines et plusieurs collections d’échantillons géologiques.

Leurs conclusions sont frappantes : entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium auraient été exportées avec les cargaisons d’hydroxyde de cobalt entre 2000 et 2024.

Même l’estimation la plus basse représente une quantité considérable. Les scientifiques estiment qu’elle pourrait alimenter un réacteur nucléaire d’une puissance d’un gigawatt pendant une dizaine d’années, voire davantage. En revanche, l’enquête ne permet pas de déterminer si cet uranium a effectivement été récupéré ou utilisé une fois arrivé en Chine.

Des contrôles jugés insuffisants

Les investigations montrent que les autres sous-produits issus de l’exploitation minière congolaise font généralement l’objet d’un suivi par les autorités. L’uranium constituerait cependant une exception.

Les journalistes ont également étudié les importations de produits chimiques nécessaires à l’extraction de l’uranium du cobalt. Leurs analyses suggèrent que les capacités de traitement installées en RDC n’étaient pas suffisantes pour retirer l’ensemble de l’uranium contenu dans les minerais exportés, laissant penser qu’une partie importante de ce métal radioactif aurait quitté le pays avec les cargaisons destinées à la Chine.

Une affaire aux enjeux stratégiques

Cette enquête relance les interrogations sur la gestion des ressources minières congolaises et sur le contrôle des matières radioactives circulant dans le commerce international.

Si les exportations de cobalt vers la Chine se comptent en millions de tonnes sur les deux dernières décennies, la présence potentielle de 2 000 à 5 000 tonnes d’uranium dans ces expéditions confère une nouvelle dimension à cette filière, au croisement des enjeux économiques, énergétiques et géopolitiques.

Le principal site minier cité dans l’enquête, propriété du groupe chinois CMOC, conteste toutefois l’ensemble des conclusions avancées par les journalistes et les chercheurs.

Thom Biakpa

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