La présidente Samia Suluhu Hassan a été réélue sans surprise à 97,6% des voix / wikipédia
Trois jours après un scrutin marqué par des tensions et des violences sporadiques, la Commission électorale nationale de Tanzanie a proclamé, ce samedi 1er novembre, la réélection de la présidente sortante Samia Suluhu Hassan. Selon les chiffres officiels, la cheffe de l’État a remporté 97,66 % des suffrages, un score écrasant qui la maintient à la tête du pays pour un second mandat.
Une victoire attendue, mais sans véritable suspense
Le résultat n’a guère surpris les observateurs politiques. Depuis plusieurs mois, Samia Suluhu Hassan avait consolidé son pouvoir en marginalisant toute opposition crédible. Plusieurs figures de l’opposition avaient été arrêtées, contraintes à l’exil ou empêchées de mener campagne. Dans ce contexte, la victoire quasi totale de la présidente ne faisait plus guère de doute.
Son score, digne d’un plébiscite, est perçu par certains analystes comme le signe d’un affaiblissement du pluralisme démocratique en Tanzanie. « Une élection sans véritable compétition ne peut être qualifiée de victoire populaire », confie un politologue tanzanien, interrogé sous couvert d’anonymat.
Un taux de participation en question
Si la Commission électorale n’a pas encore communiqué de chiffre officiel concernant la participation, plusieurs observateurs internationaux ont fait état d’un engouement très limité des électeurs. Des bureaux de vote sont restés presque vides, notamment dans les grandes villes. « Les urnes paraissaient désertes », rapporte un correspondant de RFI à Dar-es-Salaam, qui évoque un climat de désintérêt mêlé de peur.
Des violences et des contestations
Dès le jour du scrutin, des manifestations et des heurts ont éclaté dans plusieurs régions. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des électeurs s’emparant d’urnes pour disperser les bulletins, dénonçant des irrégularités massives. Les autorités ont rapidement déployé des forces de sécurité, procédant à plusieurs arrestations.
Ces tensions rappellent les dérives autoritaires du régime précédent, dirigé par John Magufuli, dont Samia Suluhu Hassan était la vice-présidente. Arrivée au pouvoir en 2021 à la suite du décès soudain de Magufuli, elle avait initialement promis d’assouplir le climat politique et de rouvrir l’espace démocratique.
Une élection symbolique pour la présidente
C’est la première élection à laquelle Samia Suluhu Hassan se soumettait en tant que candidate. En 2021, elle avait accédé au pouvoir par succession constitutionnelle, devenant la première femme présidente de Tanzanie et l’une des rares dirigeantes en Afrique de l’Est. Son second mandat, acquis par les urnes, devait symboliser une légitimation politique. Mais les conditions du scrutin ternissent cette ambition.
Calme précaire à Dar-es-Salaam
Au lendemain de l’annonce des résultats, la capitale économique Dar-es-Salaam affichait un calme apparent. Toutefois, plusieurs ambassades étrangères ont appelé leurs ressortissants à la prudence, recommandant d’éviter tout déplacement non essentiel. Les opposants, eux, dénoncent un « simulacre électoral » et promettent de maintenir la pression « pacifiquement ».
Une réélection entre continuité et défiance
Samia Suluhu Hassan entame donc un nouveau mandat fort de chiffres impressionnants, mais dans un climat de méfiance populaire et de crise de légitimité. Si elle veut restaurer la confiance, la présidente devra désormais prouver que cette victoire ne marque pas la fin du pluralisme, mais le début d’un véritable dialogue national.
Thom Biakpa




