La phase de groupes de cette Coupe d’Afrique des nations au Maroc a livré son verdict, avec son lot de certitudes, de surprises et de frustrations. Sur les terrains, les stars ont assumé leur statut, certaines nations ont écrit l’histoire, tandis qu’en coulisses, l’organisation et l’ambiance ont parfois laissé perplexes.
Les anciens ont encore de l’or dans les jambes
Malgré leur âge relativement avancé, Mohamed Salah (33 ans), Sadio Mané (33 ans) et Riyad Mahrez (34 ans) n’étaient pas venus au Maroc pour faire de la figuration. Leaders techniques, visages emblématiques de leurs sélections, les trois hommes ont répondu présent dès la phase de groupes. Mahrez termine co-meilleur buteur avec trois réalisations, Salah a fait parler son sang-froid avec deux buts dont un décisif dans les ultimes secondes face au Zimbabwe, et Mané, buteur et passeur, a guidé le Sénégal en tête d’un groupe relevé. L’expérience n’a décidément pas d’âge.
Des terrains à la hauteur de l’événement
Rarement les pelouses d’une CAN n’auront été aussi unanimement saluées. Malgré des pluies abondantes en fin d’année, les terrains marocains ont tenu bon. À Rabat, un nouveau système d’absorption a fait merveille, et ailleurs, la qualité des surfaces a permis aux équipes les plus techniques d’exprimer pleinement leur jeu. Un détail ? Pas vraiment, tant il a pesé dans la qualité globale des rencontres.
El Kaabi, l’art de la bicyclette
Il n’aura fallu que quelques minutes à Ayoub El Kaabi pour marquer les esprits. Entré en jeu lors du match d’ouverture contre les Comores, l’attaquant marocain a fait chavirer le stade avec une bicyclette somptueuse. Titulaire par la suite, il a remis ça contre la Zambie, avec une nouvelle reprise acrobatique, avant de s’offrir un doublé. Aux côtés de Brahim Diaz, El Kaabi s’impose comme l’un des symboles de ce début de tournoi côté marocain.
Le Bénin et le Mozambique, invités inattendus
Cette CAN a aussi souri aux outsiders. Le Bénin, rebaptisé Guépards, a enfin mis fin à une interminable série noire en décrochant sa première victoire en phase finale face au Botswana. Le Mozambique, de son côté, a signé un succès historique contre le Gabon dans un match spectaculaire. Trois points chacun, et une qualification pour les huitièmes parmi les meilleurs troisièmes : l’histoire s’écrit parfois à petits pas, mais elle s’écrit quand même.
Le Cameroun, surprise bien organisée
Peu nombreux étaient ceux qui voyaient le Cameroun rivaliser à ce point dans un groupe relevé. Deuxième derrière la Côte d’Ivoire, les Lions Indomptables ont impressionné par leur cohésion et leur engagement. En peu de temps, David Pagou a bâti un collectif solide, capable de travailler sans relâche, porté par quelques individualités marquantes, Bryan Mbeumo en tête. Une performance inattendue, mais loin d’être volée. Mais tout n’a pas été à la hauteur
Une qualification qui interroge
Voir une équipe accéder aux huitièmes de finale avec seulement deux points laisse un goût étrange. Battue par le Nigeria, tenue en échec par l’Ouganda et la Tunisie, la Tanzanie a tout de même validé son billet pour la phase à élimination directe. Le format, une fois encore, pose question.
Le naufrage du Gabon
Annoncé comme un possible trouble-fête après une campagne qualificative impressionnante pour la Coupe du monde, le Gabon a sombré. Trois matchs, trois défaites, et une élimination sans appel. Cette sortie marque probablement la dernière CAN de Pierre-Emerick Aubameyang, dans un climat déjà tendu, aggravé par des décisions politiques fortes : dissolution du staff et mise à l’écart de plusieurs joueurs. Une fin brutale, difficile à comprendre.
Un calendrier mal inspiré
Déplacée à plusieurs reprises, la CAN s’est finalement tenue entre le 21 décembre et le 18 janvier, en pleine période de fortes pluies au Maroc. Un choix dicté par les contraintes du calendrier international, mais dont les conséquences ont été visibles : tribunes parfois clairsemées, fanzones désertées, ferveur atténuée. Le spectacle y a perdu en intensité hors des stades.
Une ambiance en demi-teinte
Le sélectionneur sud-africain Hugo Broos n’a pas mâché ses mots. Comparée aux CAN du Gabon ou de la Côte d’Ivoire, celle-ci manque de vie dans les rues. En dehors des abords immédiats des stades, la fièvre du tournoi peine à gagner les quartiers de Tanger, Rabat ou Casablanca. Un contraste frappant pour une compétition censée faire vibrer tout un pays.
Arbitrage sous tension
Comme souvent, l’arbitrage s’est retrouvé au cœur des débats. Penalties contestés, VAR défaillante, cartons rouges incompris : les polémiques se sont multipliées dès la phase de groupes. Les sorties médiatiques acerbes de certains sélectionneurs témoignent d’un climat tendu. Reste à espérer que la suite de la compétition se déroule dans davantage de sérénité.
Thom Biakpa




