La défaite de trop aura fait basculer toute une sélection. Éliminé sans la moindre victoire dès la phase de groupes de la CAN 2025, le Gabon ne s’est pas contenté d’un simple constat d’échec sportif. En quelques heures, l’État a tranché : l’équipe nationale est suspendue, son staff dissous et deux de ses cadres historiques, Pierre-Emerick Aubameyang et Bruno Ecuele Manga, écartés.
Une décision spectaculaire, annoncée le mercredi 31 décembre sur la télévision nationale par le ministre par intérim de la Jeunesse et des Sports, Simplice-Désiré Mamboula. Rarement un revers sportif aura déclenché une réaction politique d’une telle ampleur.
Une sortie de compétition sans appel
Sur le terrain, les Panthères n’ont jamais su exister. Trois matches, trois défaites, et une élimination actée avant même la dernière rencontre. Le revers face au Mozambique (3-2), le 28 décembre, avait déjà condamné le Gabon, rendant le match contre la Côte d’Ivoire, championne en titre, presque anecdotique malgré un score accroché (3-2).
Mais aux yeux des autorités gabonaises, ce bilan dépasse le cadre du sport. Il est interprété comme un affront national, un symbole d’un mal plus profond.
Une sanction politique assumée
Dans un communiqué au ton sévère, le gouvernement évoque une prestation « déshonorante » et justifie la suspension de l’équipe nationale « jusqu’à nouvel ordre ». La mesure s’accompagne d’un grand ménage : staff technique remercié, cadres historiques mis à l’écart, et remise en question globale du fonctionnement de la sélection.
La vidéo officielle, brièvement retirée puis remise en ligne le 1er janvier, confirme que l’exécutif assume pleinement cette décision, malgré les réactions qu’elle suscite.
Le président monte au créneau
Le sujet s’est rapidement imposé au Conseil des ministres. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a dénoncé des « manquements structurels persistants », pointant une absence de vision, une mauvaise gestion des ressources et une gouvernance sportive défaillante.
Plus sévère encore, le chef de l’État a évoqué une « érosion de la fibre patriotique » au sein de la sélection, une accusation lourde de sens dans un pays où l’équipe nationale est traditionnellement perçue comme un symbole d’unité.
Un football à reconstruire
En suspendant sa sélection, le Gabon envoie un message clair : l’échec ne sera plus toléré sans conséquences. Cette décision, quasiment sans précédent à ce niveau, ouvre désormais une période d’incertitude.
Refondation du football, réforme des instances, nouvelle génération de joueurs ? Rien n’est encore défini, mais une chose est sûre : la CAN 2025 marque une rupture profonde pour les Panthères.
Plus qu’une élimination, le Gabon traverse désormais une crise institutionnelle du sport roi, dont l’issue pourrait façonner durablement l’avenir du football national.
Thom Biakpa




