Au Niger, les autorités militaires ont choisi la fermeté. Une trentaine d’acteurs du secteur du transport routier viennent d’être lourdement sanctionnés pour avoir refusé de participer à une opération jugée stratégique : l’acheminement de carburant vers le Mali voisin, confronté à une crise énergétique sur fond d’insécurité jihadiste.
Dans un communiqué officiel, le ministère nigérien des Transports a annoncé le retrait définitif des autorisations d’exercer de 14 opérateurs spécialisés dans le transport d’hydrocarbures. Dix-neuf chauffeurs routiers ont, quant à eux, perdu leur permis de conduire, tandis qu’un autre opérateur s’est vu infliger une suspension d’un an. Pour les autorités, ces professionnels ont manqué à une obligation légale en refusant d’exécuter une réquisition de l’État.
Le ministre des Transports, le colonel-major Abdourahamane Amadou, a qualifié ce refus « d’infraction grave », estimant que les sanctions s’inscrivent dans le cadre du respect des règles régissant le secteur et de l’engagement du Niger envers ses partenaires régionaux.
Un contexte sécuritaire explosif au Mali
Cette affaire s’inscrit dans un contexte régional particulièrement tendu. Le Mali, également dirigé par un régime militaire, a été frappé à l’automne dernier par une pénurie aiguë de carburant. Celle-ci faisait suite à un blocus imposé par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), organisation jihadiste affiliée à Al-Qaïda, perturbant gravement les circuits d’approvisionnement.
Face à cette situation, Niamey avait décidé d’apporter un soutien logistique à Bamako. Environ 82 camions-citernes avaient ainsi été mobilisés pour parcourir près de 1.400 kilomètres, sous protection militaire, afin d’alimenter la capitale malienne en carburant.
Les routiers dénoncent une décision « injuste »
Mais cette démonstration de solidarité régionale ne fait pas l’unanimité. Les syndicats de transporteurs nigériens ont exprimé leur colère face à ce qu’ils jugent être une sanction disproportionnée. Le Syndicat démocratique des routiers du Niger (SDRN) s’est dit particulièrement choqué par le retrait pur et simple des permis de conduire.
Son responsable, Moussa Niandou, estime que les autorités auraient dû, en amont, chercher à comprendre les raisons du refus des chauffeurs. Selon lui, les conducteurs redoutent avant tout les dangers liés à l’insécurité persistante sur certains axes routiers, régulièrement ciblés par des groupes armés.
Une solidarité régionale sous contrainte
L’affaire illustre les tensions croissantes entre impératifs sécuritaires, solidarité politique et réalités économiques dans le Sahel. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso, désormais réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont renforcé leur coopération militaire, allant jusqu’à annoncer la création d’une force conjointe de 5.000 soldats.
Malgré ces efforts coordonnés, l’insécurité continue de perturber lourdement les activités logistiques. Au Mali, les difficultés d’approvisionnement en carburant refont surface. À l’aéroport international de Bamako, plusieurs vols ont récemment été annulés ou reportés, faute de kérosène disponible, soulignant la fragilité persistante des chaînes d’approvisionnement dans la région.
Thom Biakpa




