Face aux incertitudes croissantes entourant l’accès au marché américain, le Kenya opère un virage stratégique en direction de la Chine. Nairobi a annoncé la conclusion d’un accord commercial majeur avec Pékin, permettant à plus de 98 % des produits kényans d’entrer sur le marché chinois sans droits de douane.
L’annonce a été faite le jeudi 15 janvier par le ministre kényan du Commerce, Lee Kinyanjui. Selon les termes de l’accord, 98,2 % des exportations kényanes en particulier les produits agricoles, bénéficieront d’un accès préférentiel à la Chine. Une mesure présentée par le gouvernement comme un moyen de diversifier ses partenaires commerciaux et de corriger les déséquilibres dans ses échanges extérieurs.
Cette décision intervient dans un contexte délicat pour le commerce extérieur kényan. Les exportations vers les États-Unis sont désormais soumises à une hausse de 10 % des droits de douane, même si cette augmentation reste la plus faible appliquée par Washington à ses partenaires. Surtout, le pays a été confronté à l’expiration en septembre de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un dispositif clé qui offrait un accès sans droits de douane au marché américain pour plusieurs pays africains.
Si la Chambre des représentants américaine a approuvé, le mardi 13 janvier, une prolongation de trois ans de l’AGOA, le texte n’a pas encore été adopté par le Sénat, laissant planer une incertitude sur l’avenir de cet accord. Pourtant, les États-Unis demeurent un partenaire commercial majeur pour le Kenya. Sur les neuf premiers mois de 2025, les exportations kényanes vers les États-Unis ont atteint près de 400 millions d’euros, contre environ 89 millions d’euros vers la Chine sur la même période.
Les autorités kényanes assurent néanmoins que l’accord avec Pékin ne remet pas en cause leur engagement en faveur de l’AGOA. « Nous ne voyons aucune contradiction entre l’élargissement de l’accès au marché chinois et notre volonté ferme de renouveler l’AGOA », a déclaré le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Korir Sing’oei, sur le réseau social X.
L’accord avec la Chine doit encore être ratifié par le Parlement kényan. Son élaboration aurait, selon certains médias locaux, été retardée par des pressions américaines, des accusations fermement rejetées par le gouvernement kényan, qui les juge « totalement infondées ».
Aux États-Unis, la montée en puissance de la Chine en Afrique suscite des inquiétudes. Le sénateur James Risch avait déjà appelé l’an dernier à une enquête sur les relations commerciales entre Nairobi et Pékin, tandis que le républicain Jason Smith a récemment exhorté le Congrès à finaliser rapidement la prolongation de l’AGOA, estimant que la Chine investit massivement pour renforcer son influence économique sur le continent africain.
Pour le Kenya, l’enjeu est désormais clair : sécuriser ses exportations, réduire sa dépendance à un seul marché et s’adapter à un environnement commercial international de plus en plus concurrentiel.
Thom Biakpa




