La scène politique ougandaise traverse une nouvelle zone de turbulences. Au lendemain de la réélection de Yoweri Museveni pour un septième mandat, des déclarations incendiaires de son fils, Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée, ont ravivé les craintes d’une escalade de la violence politique dans un pays déjà sous tension.
Sur le réseau social X, le général Muhoozi Kainerugaba a tenu des propos d’une rare brutalité à l’encontre de Bobi Wine, principal opposant au régime. Se félicitant de la mort de 22 personnes qu’il qualifie de « terroristes » affiliés au parti d’opposition Plateforme d’unité nationale (NUP), il a publiquement exprimé le souhait que Bobi Wine soit « le 23e ». Des mots qui, au-delà de la provocation, s’apparentent à un appel explicite à la violence.
Une parole militaire hors de tout cadre institutionnel
Habitué des sorties controversées sur les réseaux sociaux, Muhoozi Kainerugaba a cette fois franchi un seuil supplémentaire. Mêlant références religieuses, menaces à peine voilées et exaltation personnelle, il s’est autoproclamé « prophète de Dieu », affirmant avoir prédit la large victoire électorale de son père. Il a également annoncé vouloir « débarrasser » l’Ouganda de la NUP, décrivant le principal parti d’opposition comme une anomalie à effacer.
Le général est allé jusqu’à tenter de dissocier formellement son père de ses propos, déclarant « exonérer » le président Museveni de la responsabilité de ce qu’il pourrait infliger à Bobi Wine. Une mise en scène qui interroge, tant Muhoozi Kainerugaba est perçu comme l’un des piliers du système au pouvoir et un possible héritier politique.
Une réélection contestée et un climat de peur
Âgé de 81 ans, Yoweri Museveni a été déclaré vainqueur du scrutin présidentiel avec plus de 71 % des voix, selon la commission électorale. Au pouvoir depuis près de quatre décennies, l’ancien chef rebelle s’offre ainsi un nouveau mandat, dans un contexte marqué par des accusations récurrentes de fraudes, de répression de l’opposition et de restriction des libertés publiques.
Face à lui, Bobi Wine, ancien musicien devenu figure emblématique de la contestation, a recueilli près de 25 % des suffrages. Il rejette catégoriquement les résultats et affirme vivre dans la clandestinité. Selon ses déclarations, son domicile aurait été pris pour cible par les forces de sécurité, tandis que sa famille serait privée de nourriture et menacée.
Dans un message publié sur X, l’opposant a directement mis en cause les propos du chef de l’armée, qu’il considère comme des menaces de mort explicites. Il a appelé les forces déployées autour de sa résidence à se retirer et exhorté la communauté nationale et internationale à ne pas détourner le regard.
Un signal alarmant pour l’avenir politique du pays
Les déclarations de Muhoozi Kainerugaba ne sont pas seulement un dérapage verbal : elles illustrent la porosité inquiétante entre pouvoir politique, appareil militaire et rhétorique de l’intimidation. Alors que l’Ouganda s’enfonce dans un cycle électoral de plus en plus contesté, ces propos renforcent les craintes d’un durcissement autoritaire et d’une marginalisation accrue de toute opposition.
Dans ce contexte explosif, le silence ou l’absence de désaveu clair de la part des institutions pourrait peser lourdement sur la crédibilité de l’État ougandais et sur la sécurité de ses opposants politiques.
Thom Biakpa




