Pendant des décennies, le diamant a été pour le Botswana bien plus qu’une ressource minière : un moteur de développement, un stabilisateur budgétaire et un symbole de réussite économique en Afrique australe.
Aujourd’hui, ce pilier vacille. L’accumulation de diamants invendus, révélée par la stratégie budgétaire 2026-2027 du gouvernement, met en lumière une fragilité structurelle longtemps masquée par la prospérité du secteur.
Avec près de 12 millions de carats stockés fin 2025, presque le double du seuil autorisé, le Botswana se retrouve confronté à un paradoxe inquiétant : produire abondamment une richesse que le marché mondial n’absorbe plus. Cette situation ne relève pas d’un simple ralentissement conjoncturel, mais d’un changement profond dans l’équilibre de l’industrie diamantaire.
Une dépendance devenue vulnérabilité
Deuxième producteur mondial après la Russie, le Botswana tire environ un tiers de son produit intérieur brut de l’extraction de diamants. Cette dépendance, longtemps perçue comme un avantage comparatif, devient aujourd’hui un facteur de vulnérabilité économique. Faute de débouchés suffisants, la production devrait rester stable, non par stratégie, mais par contrainte : les stocks sont trop élevés pour justifier une extraction supplémentaire.
Le choc est d’autant plus brutal que les principaux marchés, notamment les États-Unis et la Chine se détournent progressivement des diamants naturels. Les consommateurs privilégient de plus en plus les pierres de synthèse, moins onéreuses et perçues comme plus éthiques, obligeant les détaillants à réduire leurs commandes de diamants bruts.
Des prix en chute libre et des finances sous pression
La baisse attendue du prix du diamant brut illustre cette perte de dynamisme : autour de 99 dollars le carat, contre près de 129 dollars l’année précédente. À ce recul s’ajoutent les menaces extérieures, notamment les droits de douane américains de 15 % et ceux, potentiellement plus élevés, sur des marchés clés comme l’Inde. Autant de facteurs qui rognent les marges et compromettent les recettes futures.
Conséquence directe : les revenus miniers du Botswana s’effondrent. Pour l’exercice 2025-2026, ils sont estimés à 10,3 milliards de pulas, très loin de la moyenne historique de plus de 25 milliards. Le ministère des Finances ne cache pas son pessimisme, évoquant un déficit susceptible de s’inscrire durablement dans le paysage économique du pays.
Une crise aux effets macroéconomiques durables
Au-delà du secteur minier, c’est l’ensemble de l’économie botswanaise qui vacille. Après une contraction de 3 % l’an dernier, une nouvelle baisse proche de 1 % est attendue en 2025. La diminution des réserves de change et de l’épargne publique réduit la capacité de l’État à amortir le choc, limitant ses marges de manœuvre budgétaires et monétaires.
Pour un pays dont 70 % du territoire est désertique et qui a bâti son ascension économique sur l’exploitation de ses ressources minières depuis les années 1960, le défi est existentiel. La crise actuelle pose une question centrale : comment réinventer un modèle de croissance trop étroitement lié à un produit dont la valeur et l’attractivité ne sont plus garanties ?
Un tournant stratégique en vue
Dans ce contexte incertain, le Botswana s’intéresse de près à l’avenir de De Beers, le géant mondial du diamant, alors qu’Anglo American se retire du capital. Cette possible prise de participation traduit une volonté de peser davantage sur la chaîne de valeur et de reprendre la main sur un secteur clé.
Mais cette stratégie suffira-t-elle à compenser la transformation rapide du marché mondial du diamant ? À mesure que les pierres artificielles gagnent du terrain et que la demande se fragmente, le Botswana est confronté à une réalité implacable : même les ressources les plus précieuses peuvent perdre leur éclat si l’économie qui les porte ne se diversifie pas à temps.
Thom Biakpa




