Quatre ans après avoir été mise à l’écart à la suite d’un coup d’État militaire, la Guinée fait son retour sur la scène diplomatique africaine. Réuni le 22 janvier à Addis-Abeba, le Conseil paix et sécurité de l’Union africaine (UA) a annoncé la levée des sanctions frappant le pays depuis septembre 2021, estimant que l’élection présidentielle de décembre 2025 marque la fin de la transition politique.
La suspension de la Guinée avait été décidée après la chute du président Alpha Condé, renversé par un groupe de militaires conduit par le colonel devenu général, Mamadi Doumbouya. À l’époque, l’UA, fidèle à sa doctrine de tolérance zéro face aux changements anticonstitutionnels de pouvoir, avait exclu le pays de ses instances.
Une élection décisive mais controversée
L’élection présidentielle organisée fin décembre a été au cœur de la décision de l’Union africaine. Le scrutin a consacré la victoire écrasante de Mamadi Doumbouya, crédité de 86,72 % des voix selon les chiffres officiels. Dirigeant de facto du pays depuis le putsch, il a ainsi été confirmé à la tête de l’État par les urnes.
Cette candidature n’a cependant pas fait l’unanimité. Durant la transition, le chef de la junte avait promis que ni lui ni les autres membres du régime militaire ne se présenteraient à l’issue du processus. Une promesse abandonnée en cours de route, alimentant les critiques de l’opposition et de la société civile.
Un retour institutionnel sous surveillance
Si la levée des sanctions marque un tournant diplomatique pour Conakry, elle ne dissipe pas les inquiétudes entourant la situation intérieure du pays. Le climat politique demeure tendu, avec des libertés publiques largement restreintes. Depuis 2022, les manifestations sont interdites, plusieurs partis politiques ont été suspendus et les organisations de défense des droits humains dénoncent une gouvernance autoritaire.
Cette réalité contraste avec la reconnaissance institutionnelle accordée par l’UA, qui privilégie avant tout le retour formel à l’ordre constitutionnel.
L’Union africaine à l’épreuve des transitions militaires
Le cas guinéen s’inscrit dans un contexte continental marqué par la multiplication des coups d’État. Ces dernières années, l’UA a suspendu plusieurs pays, dont Madagascar et la Guinée-Bissau, tandis que le Mali et le Burkina Faso restent exclus de l’organisation.
En avril 2025, le Gabon avait déjà bénéficié d’une levée de sanctions après la fin de sa transition politique.
Basée à Addis-Abeba, l’Union africaine tente ainsi de trouver un équilibre délicat entre principes démocratiques et réalités politiques, dans un continent où les transitions militaires restent fréquentes.
Thom Biakpa




