Habituellement, dès l’aube, Fada N’Gourma bruisse des cris de bétail et des négociations animées entre éleveurs et commerçants venus de toute la région. Mais depuis dimanche dernier, quelque chose a changé. Le plus grand marché à bétail du Burkina Faso, véritable carrefour économique de l’Est et au-delà des frontières, a tourné au ralenti. Pas d’attaque visible, pas de combats. Juste l’absence.
La veille, un message audio attribué au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à al-Qaïda, avait circulé. Une consigne claire : plus aucun approvisionnement du marché, plus aucun échange, sous peine de représailles. En quelques heures, la peur a fait ce que les armes n’ont pas eu besoin de faire. Les routes se sont vidées. Les troupeaux sont restés à l’écart. Le blocus, sans coup de feu, a commencé.
Selon les habitants et les acteurs du marché joints par un média français, aucune nouvelle bête n’est entrée dans la ville, et aucune n’en est sortie. « Ici, tout le monde a peur », confie un habitué, résumant un sentiment largement partagé. Le marché n’est pas officiellement fermé, mais il est paralysé. Et pour une ville qui vit de ces échanges, l’effet est immédiat.
Le Jnim justifie cette pression en accusant les forces armées burkinabè et leurs supplétifs civils, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), de graves exactions : exécutions sommaires, arrestations arbitraires et vols de bétail. Des accusations récurrentes dans cette région où les opérations militaires sont fréquentes, et où le groupe jihadiste multiplie lui aussi les attaques contre des positions militaires, l’université, ou par des enlèvements de soldats.
Pris entre deux feux, les civils paient le prix fort. D’un côté, la menace jihadiste qui impose ses règles par la peur. De l’autre, la suspicion permanente de l’armée, qui voit parfois dans la population locale des relais ou des soutiens à l’ennemi. Une situation étouffante, où chaque déplacement, chaque activité économique devient un risque.
« Sans ce marché, beaucoup de gens ne pourront pas rester vivre ici », alerte un habitant de Fada. Car au-delà de la ville, c’est toute une chaîne régionale qui vacille : le marché à bétail de Fada N’Gourma alimente de nombreux autres centres au Burkina Faso et dans les pays voisins. Son asphyxie menace bien plus qu’un simple lieu d’échange : elle fragilise un pilier de survie pour des milliers de familles.
À Fada, le silence du marché résonne désormais comme un avertissement. Celui d’un conflit qui, sans forcément se montrer, continue de grignoter le quotidien et les moyens de subsistance des populations.
Thom Biakpa




