Quelques jours après la clôture officielle de la transition militaire, le président guinéen Mamadi Doumbouya a posé les premiers jalons de son mandat de sept ans en procédant à une nomination partielle de son gouvernement. Le décret présidentiel, lu lundi 2 février à la télévision nationale, consacre une recomposition ciblée de l’exécutif, avec un accent particulier mis sur des ministères régaliens clés.
Sur les 27 ministères annoncés dans la nouvelle architecture gouvernementale, 18 ont d’ores et déjà été pourvus, auxquels s’ajoutent deux secrétaires généraux. Cette approche graduelle laisse entrevoir une volonté de garder une marge de manœuvre politique dans la formation complète de l’équipe gouvernementale.
La Primature, symbole de stabilité politique
En amont de ces nominations, le chef de l’État avait confirmé Amadou Oury Bah au poste de Premier ministre, le 27 janvier. Déjà en fonction depuis février 2024, ce dernier apparaît comme un pilier de stabilité dans un paysage politique encore marqué par les séquelles de la transition. Sa reconduction traduit une préférence assumée pour la continuité, dans un contexte où la légitimité institutionnelle du pouvoir reste scrutée par l’opinion publique et les partenaires internationaux.
La Justice confiée à une figure du dossier du 28 septembre 2009
La nomination d’Ibrahima Sory Tounkara au ministère de la Justice constitue l’un des signaux politiques les plus forts de ce remaniement. Magistrat chevronné, il s’est imposé sur la scène nationale en présidant le tribunal chargé du procès du massacre du 28 septembre 2009, un dossier emblématique de la lutte contre l’impunité en Guinée.
Ce procès historique, tenu entre 2024 et 2025, portait sur les violences meurtrières commises lors d’un rassemblement de l’opposition à Conakry, ayant fait au moins 156 morts, des centaines de blessés et plus d’une centaine de victimes de violences sexuelles. La condamnation de l’ancien dirigeant militaire Moussa Dadis Camara à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité avait alors été saluée comme une avancée judiciaire majeure.
Sécurité et Finances : des portefeuilles sous haute surveillance
Les changements opérés aux ministères de la Sécurité et des Finances confirment l’importance stratégique accordée à ces secteurs. Ils sont au cœur des préoccupations liées à la stabilité interne, à la réforme de l’appareil sécuritaire et au redressement économique du pays, dans un environnement marqué par des attentes élevées de la population et de la communauté internationale.
Un pouvoir consolidé, des attentes persistantes
Élu lors de la présidentielle du 28 décembre, Mamadi Doumbouya entame ainsi son premier mandat présidentiel après avoir accédé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2021. Si la transition militaire est désormais officiellement close, le maintien de l’ancien chef de la junte à la tête de l’État continue de nourrir le débat sur l’avenir démocratique de la Guinée.
La formation progressive de ce gouvernement apparaît donc comme un exercice d’équilibre : consolider l’autorité de l’État, rassurer les partenaires extérieurs et répondre, au moins partiellement, aux aspirations démocratiques d’une société guinéenne en quête de réformes durables.
Thom Biakpa




