La route semblait ordinaire. Une de ces longues artères poussiéreuses de l’ouest malien, où les camions avancent en file indienne, chargés de carburant indispensable à la survie économique du pays. Puis tout a basculé.
Jeudi dernier, un convoi de camions-citernes a été stoppé net par des hommes armés. En quelques minutes, le transport s’est transformé en piège mortel. Les chauffeurs, civils sans protection, ont été extraits de leurs véhicules. Selon des sources locales et sécuritaires, au moins quinze d’entre eux ont été exécutés à bout portant. Les yeux bandés. Sans sommation.
Les assaillants, identifiés comme des combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont ensuite méthodiquement incendié ou détruit des dizaines de camions. Le carburant, ressource vitale, est parti en fumée au milieu du désert, laissant derrière lui des carcasses calcinées et des corps sans vie.
Cette attaque ne relève pas du hasard. Dans un Mali sous tension permanente, les convois logistiques sont devenus des cibles de choix. Toucher le carburant, c’est frapper l’économie, ralentir les déplacements, désorganiser l’État et rappeler, par la terreur, qui contrôle réellement certaines portions du territoire.
Après plusieurs semaines de relative accalmie, cette opération marque un retour brutal des offensives jihadistes. Elle s’inscrit dans une stratégie bien connue : multiplier les coups spectaculaires pour démontrer une capacité de nuisance intacte, malgré les opérations militaires en cours.
Depuis plus de dix ans, le Mali vit au rythme de cette guerre diffuse. D’abord cantonnée au nord, puis au centre, l’insécurité s’étend désormais vers l’ouest. Les axes routiers, censés relier les villes et ravitailler les populations, sont devenus des zones à haut risque. Ceux qui y travaillent, chauffeurs, transporteurs, convoyeurs, paient souvent le prix le plus lourd.
Le bilan de cette attaque pourrait encore s’alourdir. Mais une certitude demeure : sur ces routes, chaque convoi est désormais un pari, et chaque trajet, une traversée sous menace.
Thom Biakpa




