La disparition brutale de Seif al-Islam Kadhafi marque un tournant potentiellement décisif dans une Libye déjà minée par les divisions. Le fils de l’ancien dirigeant libyen a été tué mardi 3 février à Zenten, dans l’ouest du pays, lors d’une attaque ciblée menée par un groupe armé non identifié. Les circonstances de sa mort, soigneusement préparées, soulignent la fragilité persistante du paysage sécuritaire libyen.
Une opération préparée avec précision
Selon les informations communiquées par son avocat français, Me Marcel Ceccaldi, Seif al-Islam Kadhafi a été abattu à son domicile par un commando composé de quatre hommes. Les assaillants auraient neutralisé les dispositifs de surveillance avant de pénétrer dans la résidence et d’exécuter leur cible. Ces éléments, confirmés par son conseiller Abdullah Othman Abdurrahim sur la chaîne Libya al-Ahrar, laissent peu de place au doute quant au caractère prémédité de l’attaque. À ce stade, ni l’identité des auteurs ni leurs motivations n’ont été établies.
Des alertes sécuritaires restées sans suite
Cette mort survient dans un contexte de menaces sécuritaires connues mais non prises en compte. Me Ceccaldi a indiqué avoir été informé, une dizaine de jours avant l’assassinat, de risques croissants pesant sur la sécurité de son client. Le chef de la tribu Kadhafi avait même proposé de renforcer sa protection. Une offre que Seif al-Islam aurait déclinée, sans que les raisons de ce refus ne soient précisées.
Un héritier devenu paria puis candidat
Longtemps considéré comme l’héritier politique de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam avait tenté d’incarner une figure réformatrice au sein du régime avant 2011. Cette image s’est effondrée lors du soulèvement populaire, lorsqu’il avait publiquement menacé les opposants d’une répression sanglante. Arrêté la même année, il fut détenu à Zenten, puis condamné à mort en 2015 au terme d’un procès vivement critiqué par la communauté internationale, avant de bénéficier d’une amnistie.
Sa réapparition sur la scène politique en 2021, avec le dépôt surprise de sa candidature à l’élection présidentielle, avait ravivé les tensions. Soutenu par les nostalgiques de l’ancien régime, il incarnait à la fois une alternative pour certains et un obstacle majeur pour d’autres. Le scrutin, finalement avorté, n’a jamais permis de mesurer son véritable poids électoral.
Une mort aux conséquences politiques incertaines
Pour l’analyste libyen Emad Badi, l’assassinat de Seif al-Islam Kadhafi pourrait profondément reconfigurer les équilibres politiques. Sa disparition est susceptible de le transformer en figure martyre pour une frange importante de la population, tout en levant un verrou dans le processus électoral libyen. Une double dynamique qui pourrait accentuer à la fois la mobilisation de ses partisans et les rivalités existantes.
Les réactions du camp de l’ancien régime ont été immédiates. Moussa Ibrahim, ancien porte-parole de Mouammar Kadhafi, a dénoncé un acte « perfide », affirmant que Seif al-Islam aspirait à une Libye unifiée et souveraine. Pour ses proches, cet assassinat symbolise l’élimination d’un espoir politique.
Une instabilité chronique toujours à l’œuvre
Quinze ans après la chute du régime Kadhafi, la Libye demeure profondément fragmentée entre deux pouvoirs concurrents : le gouvernement d’unité nationale basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, et l’autorité parallèle de Benghazi, dominée par le maréchal Khalifa Haftar. Dans ce contexte de rivalités politiques, militaires et tribales, l’assassinat de Seif al-Islam Kadhafi risque de raviver les tensions et d’ouvrir une nouvelle phase d’incertitude pour un pays en quête de stabilité.
Thom Biakpa




